L’exposition professionnelle aux hydrocarbures aliphatiques halogénés peut provoquer des pathologies graves : atteintes hépatiques, troubles neurologiques, lésions rénales ou encore cancers. Le tableau 12 des maladies professionnelles du régime général encadre la reconnaissance et l’indemnisation de ces affections. Comprendre ce tableau est une étape essentielle pour toute victime souhaitant faire valoir ses droits et engager un recours adapté.
Que sont les hydrocarbures aliphatiques halogénés ?
Les hydrocarbures aliphatiques halogénés sont des composés chimiques dérivés d’hydrocarbures dans lesquels un ou plusieurs atomes d’hydrogène ont été remplacés par des atomes d’halogène (chlore, brome, fluor ou iode). Ce processus de substitution modifie profondément les propriétés de la molécule.

Ces substances sont très utilisées dans l’industrie en raison de leurs propriétés de solvants puissants et de leur caractère généralement ininflammable. On les retrouve notamment dans :
- L’industrie pharmaceutique et chimique
- Le dégraissage des métaux et le nettoyage industriel
- La fabrication de réfrigérants et de propulseurs
- L’industrie textile (nettoyage à sec)
- La fabrication de peintures, vernis et colles
Malgré leur utilité industrielle, ces substances sont très toxiques. Une exposition prolongée ou répétée peut provoquer des maladies professionnelles reconnues par la Sécurité sociale.
De nombreux travailleurs manipulent ces substances sans protection adéquate. Même une exposition à faible dose, mais répétée sur plusieurs années, peut entraîner des pathologies graves. Il est essentiel de signaler toute exposition à son médecin du travail.
Liste des hydrocarbures aliphatiques halogénés concernés par le tableau 12
Le tableau 12 vise précisément les substances suivantes :
- Dichlorométhane
- Trichlorométhane (chloroforme)
- Tribromométhane
- Triiodométhane
- Tétrabromométhane
- Chloroéthane
- 1,1-dichloroéthane et 1,2-dichloroéthane
- 1,2-dibromoéthane
- 1,1,1-trichloroéthane et 1,1,2-trichloroéthane
- 1,1,2,2-tétrabromoéthane
- Pentachloroéthane
- 1-bromopropane et 2-bromopropane
- 1,2-dichloropropane
- Trichloroéthylène et tétrachloroéthylène
- Dichloro-acétylène
- Trichlorofluorométhane et divers dérivés fluorés
Chaque substance est associée à des pathologies spécifiques et à des délais de prise en charge distincts, détaillés dans le tableau réglementaire.
Affections professionnelles provoquées par les hydrocarbures aliphatiques halogénés : le tableau 12
Le tableau 12 du régime général recense l’ensemble des affections reconnues comme maladies professionnelles lorsqu’elles résultent de l’exposition aux hydrocarbures aliphatiques halogénés. Il distingue plusieurs catégories de pathologies, désignées par des lettres (A à H), chacune liée à des agents nocifs précis.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| – A – | – A – |
| Troubles cardiaques aigus à type d’hyperexcitabilité ventriculaire ou supraventriculaire et disparaissant après l’arrêt de l’exposition au produit. | 7 jours |
| – B – | – B – |
| Hépatites aiguës cytolytiques à l’exclusion des hépatites virales A, B et C ainsi que des hépatites alcooliques. | 30 jours |
| – C – | – C – |
| Néphropathies tubulaires régressant après l’arrêt de l’exposition. | 30 jours |
| – D – | – D – |
| Polyneuropathhies (après exclusion de la polyneuropathie alcoolique) ou neuropathies trigéminales, confirmées par des examens électrophysiologiques. | |
| – E – | – E – |
| Neuropathies optiques rétrobulbaires bilatérales confirmées par des examens complémentaires, après exclusion de la neuropathie alcoolique. | |
| – F – | – F – |
| Anémies hémolythiques de survenue brutale. | |
| – G – | – G – |
| Aplasies ou hypoplasies médullaires entraînant :- anémies ;- leucopénies ;- neutropénies. | |
| – H – | – H – |
| Manifestations d’intoxication oxycarbonnée résultant du métabolisme du dichlorométhane, avec une oxycarbonémie supérieure à 15 ml/litre de sang, ou une carboxyhémoglobine supérieure à 10 %. |
Pour qu’une maladie soit reconnue comme professionnelle au titre d’un tableau, trois conditions doivent être réunies : la maladie doit figurer dans le tableau, le délai de prise en charge doit être respecté, et le travailleur doit avoir été exposé aux agents nocifs dans le cadre des travaux listés.
Catégorie A – Troubles neurologiques et narcotiques
La catégorie A regroupe les affections liées à l’effet narcotique et neurotoxique de certains solvants halogénés. Les substances concernées incluent le trichlorométhane, le chloroéthane, le trichloroéthylène ou encore le tétrachloroéthylène.
Travaux visés : préparation, emploi et manipulation de ces agents dans tout secteur industriel.
Catégorie B – Atteintes hépatiques
Les hépatites toxiques et les atteintes hépatiques figurent dans cette catégorie. Elles sont provoquées par des substances particulièrement hépatotoxiques comme le trichlorométhane, le 1,2-dichloroéthane ou le pentachloroéthane.
Catégorie C – Atteintes rénales
Les néphropathies (maladies du rein) sont reconnues lorsqu’elles résultent de l’exposition au trichlorométhane, au tétrabromométhane, au 1,2-dibromoéthane ou au pentachloroéthane, entre autres.
Catégorie D – Atteintes du système nerveux périphérique
Les neuropathies périphériques sont associées à l’exposition au 1-bromopropane, au 2-bromopropane ou au dichloro-acétylène, notamment présent comme contaminant du trichloroéthylène.
Catégories E à H – Autres affections spécifiques
Les catégories suivantes couvrent des atteintes variées :
- E – Névrite du trijumeau, liée au dichloro-acétylène
- F – Atteintes des voies biliaires, liées au 1,2-dichloropropane
- G – Atteintes hématologiques et de la fertilité, liées au 2-bromopropane
- H – Atteintes cardiaques, liées au dichlorométhane
Si la pathologie ne figure pas exactement dans le tableau 12, ou si le délai de prise en charge est dépassé, il est possible de saisir le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP). Ce comité peut reconnaître le caractère professionnel de la maladie si un lien direct avec le travail est établi.
Travaux susceptibles de provoquer ces maladies professionnelles
Le tableau 12 associe chaque catégorie de pathologie à une liste indicative de travaux. Il s’agit principalement de la préparation, de l’emploi et de la manipulation des agents chimiques concernés.
Les secteurs d’activité les plus exposés sont :
- L’industrie chimique et pharmaceutique
- Le dégraissage et le nettoyage de pièces métalliques
- Le nettoyage à sec (pressing)
- La fabrication de produits réfrigérants
- La peinture industrielle et le collage
Un salarié travaille depuis 15 ans dans une usine de mécanique de précision où il utilise quotidiennement du trichloroéthylène pour dégraisser les pièces. Il développe une hépatite toxique et des troubles neurologiques. Son médecin traitant établit un certificat médical initial mentionnant l’exposition professionnelle. La déclaration de maladie professionnelle est faite au titre du tableau 12, catégories A et B. La CPAM reconnaît la maladie après instruction du dossier.
Comment obtenir la reconnaissance et l’indemnisation
La démarche de reconnaissance d’une maladie professionnelle au titre du tableau 12 suit un parcours précis. Le salarié ou l’ancien salarié doit constituer un dossier solide pour obtenir une prise en charge et, le cas échéant, une indemnisation complémentaire.
Les étapes clés de la déclaration
- Consulter un médecin qui établira un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et son lien possible avec l’activité professionnelle.
- Déclarer la maladie professionnelle auprès de la CPAM à l’aide du formulaire Cerfa dédié, accompagné du CMI.
- La CPAM instruit le dossier : elle vérifie les conditions du tableau (maladie, délai de prise en charge, exposition professionnelle).
- Recevoir la décision : acceptation ou refus, avec possibilité de contestation.
La déclaration de maladie professionnelle doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien avec l’activité professionnelle. Passé ce délai, le droit à indemnisation peut être perdu.
Contestation et recours en cas de refus
En cas de refus de reconnaissance par la CPAM, plusieurs voies de recours existent. Il est possible de contester la décision devant la Commission de Recours Amiable (CRA), puis, en cas de nouveau refus, de saisir le tribunal judiciaire compétent (pôle social).
Si l’employeur a commis une faute inexcusable — par exemple en ne fournissant pas les équipements de protection nécessaires malgré la connaissance du risque — la victime peut obtenir une majoration de sa rente et une indemnisation complémentaire de ses préjudices, y compris les souffrances endurées et le déficit fonctionnel permanent.
– Le tableau 12 couvre les maladies causées par les hydrocarbures aliphatiques halogénés.
– Les pathologies reconnues incluent des atteintes neurologiques, hépatiques, rénales, cardiaques et hématologiques.
– Chaque catégorie (A à H) est liée à des substances et des travaux spécifiques.
– Le délai de déclaration est de 2 ans à compter du certificat médical initial.
– Un recours est possible en cas de refus, y compris pour faute inexcusable de l’employeur.
La reconnaissance d’une maladie professionnelle au titre du tableau 12 peut s’avérer complexe, notamment en cas de refus de la CPAM ou de recherche de faute inexcusable. L’association AVF peut orienter les victimes vers un avocat spécialisé en droit du dommage corporel pour défendre leurs droits et obtenir une juste indemnisation.
Pour en savoir plus
Le tableau 12 est défini par le Code de la sécurité sociale et a été modifié par le décret n°2007-1083 du 10 juillet 2007. Il est consultable dans son intégralité sur Légifrance.
- Tableau n°12 sur Légifrance
- Décret n°2007-1083 du 10 juillet 2007
- Pour toute question complémentaire : Contactez la permanence de l’association
Il est également utile de consulter les autres tableaux des maladies professionnelles pour vérifier si d’autres expositions professionnelles sont concernées. En cas de harcèlement moral lié à la déclaration de maladie professionnelle, des recours spécifiques existent également.
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 12 des maladies professionnelles ?
Le tableau 12 couvre les affections provoquées par les hydrocarbures aliphatiques halogénés : troubles neurologiques, hépatites toxiques, néphropathies, neuropathies périphériques, atteintes cardiaques, troubles de la fertilité et atteintes des voies biliaires, selon la substance en cause.
Comment déclarer une maladie professionnelle liée aux solvants halogénés ?
La victime doit obtenir un certificat médical initial de son médecin, puis adresser une déclaration de maladie professionnelle à la CPAM avec le formulaire Cerfa correspondant. Le délai de déclaration est de 2 ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien avec l’activité professionnelle.
Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance de la maladie professionnelle ?
En cas de refus, il est possible de contester devant la Commission de Recours Amiable (CRA) dans un délai de 2 mois, puis de saisir le tribunal judiciaire (pôle social). Le recours au CRRMP est aussi envisageable si la maladie ne remplit pas toutes les conditions du tableau.
Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur en matière de maladie professionnelle ?
La faute inexcusable est reconnue lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel le salarié était exposé et n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en protéger. Elle permet d’obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices complémentaires (souffrances, préjudice esthétique, perte de qualité de vie).
Un ancien salarié peut-il encore déclarer une maladie professionnelle au titre du tableau 12 ?
Oui. Un ancien salarié, y compris un retraité, peut déclarer une maladie professionnelle si elle est diagnostiquée dans le délai de prise en charge prévu par le tableau, calculé à partir de la fin de l’exposition aux agents nocifs.
Témoignages
— Stéphane L., ancien technicien en nettoyage industriel, 54 ansJ’ai bossé pendant 18 ans avec du trichloréthylène, sans masque les premières années. On nous disait que c’était pas dangereux… Résultat : hépatite toxique à 49 ans. Mon médecin m’a orienté vers avf.fr et ils m’ont mis en contact avec un avocat qui a monté le dossier de faute inexcusable. J’ai obtenu la majoration de rente + 28 000 € d’indemnités complémentaires. Sans eux j’aurais laché l’affaire.
— Nadia K., ancienne ouvrière en pressing, 47 ansJ’ai travaillé 12 ans dans un pressing, exposée au perchloréthylène tous les jours. Des maux de tête, des vertiges, et puis un jour un neurologue m’a diagnostiqué une neuropathie. La CPAM avait d’abord refusé ma déclaration, mais avec l’avocat recommandé par l’association on a contesté devant le tribunal. Maladie professionnelle reconnue au bout de 8 mois de procédure.
— Jean-Marc D., ouvrier en mécanique industrielle, 61 ansJe suis à la retraite depuis 3 ans mais c’est qu’à ce moment que les problèmes de reins sont apparus. Mon généraliste pensait pas que ça pouvait venir du travail, c’est un médecin expert qui a fait le rapprochement avec le 1,2-dichloroéthane que j’utilisais à l’usine. Déclaration faite, maladie pro reconnue tableau 12. Ça m’a aussi ouvert droit à une rente. Je regrette de pas avoir été mieux informé avant.



