Les violences domestiques touchent chaque année des centaines de milliers de personnes en France. Face à cette situation, il est essentiel de connaître les démarches concrètes pour se protéger, faire valoir ses droits et engager les recours adaptés. Porter plainte, demander une ordonnance de protection, trouver un hébergement d’urgence : chaque étape compte pour sortir du cycle des violences. Cette page détaille les actions à entreprendre, les dispositifs existants et les recours juridiques accessibles aux victimes.
Qu’est-ce que les violences domestiques ?
Les violences domestiques désignent l’ensemble des actes de violence commis au sein du foyer par un membre de la famille, un conjoint, un ex-partenaire ou toute personne vivant sous le même toit. Elles peuvent prendre plusieurs formes, souvent cumulées.
Les violences physiques sont les plus visibles : coups, gifles, brûlures, bousculades. Mais les violences domestiques ne se limitent pas aux atteintes corporelles. Les violences psychologiques — insultes répétées, humiliations, menaces, isolement social — constituent également une infraction pénale. Les violences sexuelles au sein du couple, y compris le viol conjugal, sont punies par la loi. Enfin, les violences économiques — privation de ressources, contrôle des dépenses, interdiction de travailler — sont un levier de domination fréquemment utilisé.
Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 270 000 victimes de violences conjugales sont enregistrées chaque année. En 2023, 143 personnes sont décédées sous les coups de leur partenaire ou ex-partenaire. On estime que seules 25 % des victimes portent plainte.
Il est important de comprendre que le cycle des violences domestiques s’installe progressivement. Il alterne phases de tension, explosion, rémission et lune de miel, rendant la prise de conscience et le départ particulièrement difficiles. Se demander si l’on est victime est déjà un premier pas essentiel.
Les violences commises au sein du couple constituent une circonstance aggravante. La loi reconnaît les violences habituelles sur conjoint, concubin ou partenaire pacsé, y compris après la séparation. L’emprise psychologique est désormais prise en compte dans l’appréciation des faits.
Que faire immédiatement en cas de danger ?
Lorsqu’une personne est en danger immédiat, la priorité absolue est de se mettre en sécurité et d’alerter les secours.
Appeler les numéros d’urgence
En cas de danger imminent, il convient de contacter :
- Le 17 (police secours) : pour une intervention immédiate des forces de l’ordre
- Le 15 (SAMU) : en cas de blessures nécessitant des soins
- Le 114 (numéro d’urgence par SMS) : pour les personnes qui ne peuvent pas téléphoner, particulièrement adapté aux situations de violences domestiques
- Le 3919 (Violences Femmes Info) : ligne d’écoute nationale, anonyme et gratuite
Si la victime ne peut pas téléphoner en toute sécurité, l’envoi d’un SMS au 114 permet d’alerter les secours en silence. Il est également possible de se rendre directement dans un commissariat ou une gendarmerie, ou de demander de l’aide à un voisin, un commerçant ou un pharmacien (dispositif d’alerte en pharmacie).
Faire constater les blessures
Il est impératif de faire constater médicalement toute blessure, même légère. Un certificat médical de constatation de coups et blessures constitue une preuve essentielle pour la suite de la procédure. Ce document peut être établi par un médecin traitant, aux urgences hospitalières, ou dans une unité médico-judiciaire (UMJ).
Le certificat mentionne la nature des lésions et fixe une incapacité totale de travail (ITT), qui conditionne la qualification pénale de l’infraction et les peines encourues par l’agresseur.
Une victime peut tout à fait déposer plainte sans certificat médical préalable. Cependant, ce document renforce considérablement le dossier. Il est recommandé de le faire établir le plus rapidement possible après les faits, car les traces de coups s’estompent.
Porter plainte : une étape clé du recours
Le dépôt de plainte est un acte fondamental qui déclenche l’action pénale. Il permet d’engager des poursuites contre l’auteur des violences et ouvre la voie à une indemnisation.
Comment porter plainte pour violences domestiques ?
La victime peut déposer plainte de plusieurs manières :
- Au commissariat ou en gendarmerie : la plainte est reçue et transmise au procureur de la République. Les forces de l’ordre ne peuvent pas refuser de prendre une plainte.
- Par courrier : en adressant une lettre au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent.
- En ligne via la pré-plainte : la plateforme de pré-plainte en ligne permet de préparer le dépôt, mais un passage en commissariat reste nécessaire pour la validation.
Mme D., 34 ans, subit des violences physiques et psychologiques de la part de son conjoint depuis trois ans. Après une agression particulièrement violente, elle se rend aux urgences où un certificat médical est établi (ITT de 8 jours). Elle dépose plainte le lendemain. Le procureur ordonne une mesure d’éloignement immédiate du conjoint. Mme D. obtient parallèlement une ordonnance de protection auprès du juge aux affaires familiales. Elle est orientée vers un avocat pour engager une procédure d’indemnisation de ses préjudices.
Les suites de la plainte
Après le dépôt de plainte, le procureur de la République décide des suites à donner : classement sans suite, mesures alternatives (rappel à la loi, médiation pénale), ou poursuites pénales. La victime peut consulter l’ensemble des dispositifs judiciaires disponibles pour connaître toutes les options.
Si l’affaire est classée sans suite, la victime conserve le droit de saisir directement le tribunal par citation directe ou de déposer une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction.
Le délai de prescription pour les violences conjugales est de 6 ans à compter des faits (délit). En cas de violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente, ce délai peut être porté à 20 ans (crime). Il est recommandé d’agir le plus rapidement possible pour préserver les preuves.
Demander une ordonnance de protection
L’ordonnance de protection est un dispositif civil prévu par l’article 515-9 du Code civil. Elle permet de protéger rapidement la victime, sans attendre l’issue de la procédure pénale.
Le juge aux affaires familiales peut la délivrer en urgence, dans un délai de 6 jours à compter de la saisine. Cette ordonnance peut prévoir :
- L’interdiction pour l’agresseur d’entrer en contact avec la victime
- L’éviction du conjoint violent du domicile
- L’attribution du domicile à la victime
- Des mesures relatives à l’exercice de l’autorité parentale
- Le port d’un bracelet anti-rapprochement
- L’attribution du Téléphone Grave Danger (TGD)
Lorsque les violences exercées au sein du couple ou par un ancien partenaire mettent en danger la victime ou un enfant, le juge aux affaires familiales peut délivrer en urgence une ordonnance de protection. La violation de cette ordonnance est punie de 2 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende.
Pour obtenir cette mesure, l’accompagnement par un avocat est vivement recommandé. Ce dernier prépare la requête, réunit les preuves et représente la victime devant le juge.
Trouver un hébergement sécurisé et un accompagnement
Quitter le domicile est souvent l’étape la plus difficile. Plusieurs solutions existent pour assurer la sécurité de la victime et de ses enfants.
Les solutions d’hébergement d’urgence
Des structures d’hébergement d’urgence accueillent les victimes de violences domestiques, avec ou sans enfants. Il est possible de contacter :
- Le 115 (numéro d’urgence sociale) pour une orientation immédiate
- Les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) spécialisés
- Les associations locales d’aide aux victimes
La victime peut anticiper en préparant un sac contenant les documents essentiels : pièce d’identité, livret de famille, carte Vitale, relevés bancaires, ordonnances médicales, certificats médicaux, preuves des violences (photos, messages). Ce sac peut être confié à une personne de confiance ou déposé dans un lieu sûr.
Se faire accompagner
Plusieurs acteurs peuvent accompagner la victime dans ses démarches :
- Les associations d’aide aux victimes proposent un soutien juridique, psychologique et administratif
- Un avocat spécialisé en droit pénal et droit de la famille guide la victime dans ses recours
- Un médecin expert de recours peut évaluer les séquelles et optimiser l’indemnisation
L’entourage joue aussi un rôle essentiel. Savoir comment aider un proche victime de violences peut faire toute la différence.
Les peines encourues par l’agresseur
Les violences domestiques sont sévèrement punies par la loi. Les peines varient selon la gravité des faits et l’ITT constatée :
- Violences ayant entraîné une ITT ≤ 8 jours : 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende
- Violences ayant entraîné une ITT > 8 jours : 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende
- Violences habituelles : jusqu’à 10 ans d’emprisonnement
- Violences ayant entraîné la mort : réclusion criminelle à perpétuité
La qualité de conjoint, concubin ou partenaire pacsé constitue systématiquement une circonstance aggravante. Pour en savoir plus sur les sanctions applicables, consulter la page ce que risque l’agresseur.
- En cas de danger immédiat : appeler le 17 ou envoyer un SMS au 114
- Faire constater les blessures par un médecin le plus tôt possible
- Déposer plainte au commissariat, en gendarmerie ou par courrier au procureur
- Demander une ordonnance de protection au juge aux affaires familiales
- Trouver un hébergement sécurisé via le 115 ou les associations spécialisées
- Se faire accompagner par un avocat pour les recours pénaux et civils
- Les violences domestiques sont un délit (voire un crime) : l’agresseur encourt de lourdes peines
L’Association d’Aide aux Victimes de France peut orienter toute victime de violences domestiques vers un avocat spécialisé pour engager les recours adaptés : dépôt de plainte, ordonnance de protection, constitution de partie civile et demande d’indemnisation.
Questions fréquentes sur les démarches en cas de violences domestiques
Questions fréquentes
Peut-on porter plainte pour violences domestiques sans certificat médical ?
Oui, le dépôt de plainte est possible sans certificat médical. Les forces de l’ordre ne peuvent pas refuser de prendre une plainte. Cependant, un certificat médical de constatation de coups et blessures renforce considérablement le dossier. Il est recommandé de le faire établir le plus tôt possible après les faits.
Quel est le délai pour obtenir une ordonnance de protection ?
Le juge aux affaires familiales doit statuer dans un délai de 6 jours à compter de la fixation de l’audience (loi du 28 décembre 2019). L’ordonnance est valable 6 mois et peut être renouvelée. Elle peut interdire au conjoint violent tout contact et imposer son éloignement du domicile.
La victime peut-elle rester au domicile même si le bail est au nom de l'agresseur ?
Oui, dans le cadre d’une ordonnance de protection, le juge peut attribuer la jouissance du domicile à la victime, même si le bail ou le titre de propriété est au nom de l’agresseur. Cette mesure vise à protéger la victime et les enfants en évitant qu’ils n’aient à quitter leur lieu de vie.
Que faire si la plainte est classée sans suite ?
En cas de classement sans suite, la victime dispose de deux recours : la citation directe devant le tribunal correctionnel (si l’auteur est identifié) ou la plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction. Un avocat spécialisé peut accompagner la victime dans ces démarches pour contester efficacement le classement.
Les violences psychologiques sont-elles punies par la loi ?
Oui, depuis la loi du 9 juillet 2010, le harcèlement moral au sein du couple est un délit puni de 3 à 10 ans d’emprisonnement selon les circonstances. Les insultes répétées, les humiliations, les menaces, l’isolement et le contrôle coercitif sont reconnus comme des formes de violence à part entière.
Témoignages
— Sophie, 38 ans, Île-de-FranceJ’ai mis 4 ans avant de partir. Mon ex me disait que personne me croirait jamais. Quand j’ai fini par appeler le 3919, ils m’ont orienté vers une asso locale et j’ai pu déposer plainte accompagnée. L’ordonnance de protection a été prononcée en 5 jours. Aujourd’hui j’ai un nouveau logement avec mes enfants. Si j’avais su que c’était possible j’aurais agi bien plus tôt.
— Marc, 45 ans, LyonOn parle pas souvent des hommes victimes mais ça existe. Ma femme me frappait et me rabaissait devant les enfants depuis des années. J’ai contacté avf.fr, ils m’ont mis en relation avec un avocat qui a tout de suite compris la situation. J’ai porté plainte, obtenu la garde des enfants. Les violences domestiques c’est pas qu’un truc de femmes, faut oser en parler.
— Nadia, 29 ans, MarseilleMon copain contrôlait tout : mon téléphone, mes sorties, mon compte en banque. Je savais même pas que c’était des violences. C’est une collègue qui m’a dit de regarder sur internet. J’ai trouvé avf.fr et j’ai compris que les violences psychologiques et financières c’est puni par la loi aussi. L’avocate a monté un dossier solide avec les captures d’écran et j’ai obtenu 8000€ de dommages et intérêts. Merci.



