Les travailleurs agricoles exposés aux rongeurs peuvent contracter une infection à hantavirus dans le cadre de leur activité. Le tableau 56 du régime agricole des maladies professionnelles encadre la reconnaissance de cette pathologie. Comprendre les conditions de ce tableau est essentiel pour engager les démarches de reconnaissance et obtenir une indemnisation au titre de la maladie professionnelle.
Qu’est-ce que le hantavirus ?
Le hantavirus désigne une famille de virus appartenant au genre Orthohantavirus. Le nom provient de la rivière Hantaan en Corée du Sud, où le virus a été identifié pour la première fois dans les années 1970. Ces virus sont hébergés naturellement par certaines espèces de rongeurs : campagnols, mulots, rats.

La transmission à l’être humain se fait principalement par inhalation de particules contaminées provenant de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés. Un simple contact avec de la poussière souillée dans un local fermé peut suffire à provoquer la contamination.
Les symptômes initiaux ressemblent à ceux d’une grippe sévère : fièvre élevée, douleurs musculaires, céphalées intenses. L’évolution peut cependant être bien plus grave. Deux formes cliniques principales sont reconnues :
- La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) : atteinte rénale pouvant nécessiter une dialyse temporaire, présente principalement en Europe.
- Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) : détresse respiratoire aiguë, forme plus rare mais potentiellement mortelle.
Les premiers signes d’une infection à hantavirus sont souvent confondus avec une grippe banale. Tout travailleur agricole présentant une fièvre persistante accompagnée de douleurs lombaires ou de troubles urinaires après une exposition à des rongeurs doit consulter rapidement un médecin en signalant son activité professionnelle.
En France, la forme la plus fréquente est la FHSR, causée par le virus Puumala. Plusieurs centaines de cas sont déclarés chaque année, avec une prédominance dans le quart nord-est du pays (Ardennes, Picardie, Franche-Comté).
Tableau 56 : conditions de reconnaissance de la maladie professionnelle
Le tableau 56 du régime agricole fixe les critères permettant la reconnaissance des infections professionnelles à hantavirus comme maladie professionnelle. Il définit trois éléments indispensables : la désignation de la maladie, le délai de prise en charge et la liste des travaux exposants.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Toute infection aiguë par hantavirus, notamment le syndrome grippal algique et l’insuffisance rénale aiguë, confirmée par la présence d’immunoglobulines spécifiques dans le sérum prélevé pendant la maladie | 2 mois |
Désignation de la maladie et délai de prise en charge
Le tableau vise les manifestations cliniques liées à une infection par les virus du groupe hantavirus, notamment :
- Fièvre hémorragique avec syndrome rénal
- Syndrome pulmonaire à hantavirus
Le délai de prise en charge correspond à la période maximale entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie. Pour le tableau 56, ce délai est fixé à 60 jours.
Ce décret a créé le tableau 56 des maladies professionnelles du régime agricole, reconnaissant officiellement les infections à hantavirus contractées dans le cadre d’une activité agricole.
Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer la maladie
La reconnaissance repose sur une liste limitative. Cela signifie que seuls les travaux expressément mentionnés permettent une prise en charge automatique. Sont visés les travaux exposant aux rongeurs et à leurs déjections :
- Travaux effectués en forêt
- Travaux de manipulation et de sciage du bois
- Travaux exposant à des poussières ou à de la terre souillées par les déjections de rongeurs
- Travaux dans des locaux susceptibles d’abriter des rongeurs (granges, hangars, silos)
Un ouvrier forestier du régime agricole travaille quotidiennement en forêt dans les Ardennes. Après plusieurs semaines d’activité de débardage, il développe une fièvre à 39 °C accompagnée de douleurs lombaires. Le diagnostic médical confirme une fièvre hémorragique avec syndrome rénal due au virus Puumala. L’exposition aux rongeurs forestiers entre dans la liste limitative du tableau 56 et le délai de 60 jours est respecté. La reconnaissance en maladie professionnelle est obtenue.
Démarches pour faire reconnaître une infection à hantavirus en maladie professionnelle
La victime d’une infection à hantavirus doit suivre un processus précis pour obtenir la reconnaissance. La première étape consiste à effectuer une déclaration de maladie professionnelle auprès de la caisse de Mutualité sociale agricole (MSA) dont relève le travailleur.
Le dossier doit comporter :
- Le formulaire de déclaration de maladie professionnelle (cerfa n° 12044)
- Un certificat médical initial décrivant précisément la pathologie et mentionnant le lien possible avec l’activité professionnelle
- Les résultats sérologiques confirmant l’infection à hantavirus
Pour approfondir les étapes complètes de cette procédure, il est utile de consulter le guide sur les démarches de reconnaissance d’une maladie professionnelle.
La déclaration de maladie professionnelle doit être effectuée dans un délai de deux ans à compter de la date de cessation du travail ou de la date à laquelle la victime a été informée du lien possible entre sa maladie et son activité. Passé ce délai, la demande peut être déclarée irrecevable.
Que faire si les conditions du tableau ne sont pas remplies ?
Il arrive que la maladie soit bien liée au travail sans que toutes les conditions du tableau 56 soient strictement réunies. Par exemple, le délai de prise en charge peut être dépassé, ou l’activité exercée ne figure pas dans la liste limitative.
Dans ce cas, le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce comité évalue si la maladie est directement et essentiellement causée par le travail habituel de la victime. L’accompagnement par un professionnel du droit est alors fortement recommandé pour constituer un dossier solide.
En cas de refus par la MSA, la victime dispose de voies de recours. Un recours amiable devant la commission de recours amiable (CRA) doit être exercé dans un délai de deux mois. Si ce recours échoue, une saisine du pôle social du tribunal judiciaire est possible.
Indemnisation des infections professionnelles à hantavirus
Une fois la maladie professionnelle reconnue, la victime bénéficie d’une prise en charge intégrale des frais médicaux liés à la pathologie. Les indemnités journalières en cas d’arrêt de travail sont également plus favorables que celles d’un arrêt maladie classique.
À la date de consolidation — c’est-à-dire le moment où l’état de santé se stabilise — un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) peut être attribué. Ce taux détermine le versement d’un capital ou d’une rente, selon sa hauteur.
Un taux d’IPP inférieur à 10 % donne droit à un capital forfaitaire. À partir de 10 %, la victime perçoit une rente viagère calculée en fonction du taux d’incapacité et du salaire de référence.
Pour les travailleurs confrontés à des séquelles rénales persistantes après une FHSR, le taux d’IPP peut être significatif. Il est important de ne pas accepter un taux sous-évalué. Un médecin-conseil indépendant peut être consulté pour vérifier que l’évaluation correspond à la réalité des séquelles. Des informations complémentaires sur les fièvres hémorragiques avec syndrome rénal au régime général (tableau 96) permettent de comparer les deux régimes.
– Le tableau 56 du régime agricole couvre les infections professionnelles à hantavirus.
– Le délai de prise en charge est de 60 jours.
– La liste des travaux est limitative : forêt, bois, poussières souillées, locaux avec rongeurs.
– En cas de conditions non remplies, le CRRMP peut être saisi.
– La reconnaissance ouvre droit à une prise en charge intégrale et à une indemnisation en fonction du taux d’IPP.
Autres infections professionnelles reconnues en régime agricole
Le hantavirus n’est pas le seul agent infectieux pouvant donner lieu à une reconnaissance en maladie professionnelle dans le monde agricole. D’autres tableaux couvrent des pathologies liées à des expositions professionnelles spécifiques :
- Les infections par les virus des hépatites A, B, C, D et E (tableau 33)
- Les affections respiratoires professionnelles de mécanisme allergique (tableau 45)
Il est également possible de faire le parallèle avec les troubles musculo-squelettiques, qui constituent la première cause de maladie professionnelle en France, tant au régime général qu’au régime agricole.
Pour toute question relative à une maladie professionnelle, il est possible de contacter l’association Aide aux Victimes de France afin d’être orienté vers un accompagnement adapté.
Questions fréquentes
Comment attrape-t-on le hantavirus au travail ?
La contamination survient principalement par inhalation de poussières contaminées par les déjections de rongeurs infectés (urine, excréments, salive). Les travailleurs forestiers, les bûcherons et les personnes intervenant dans des locaux abritant des rongeurs sont les plus exposés.
Quel est le délai pour déclarer une infection à hantavirus en maladie professionnelle ?
La déclaration doit être faite dans un délai de deux ans à compter de la cessation du travail ou de la date à laquelle la victime a eu connaissance du lien entre la maladie et son activité. Le délai de prise en charge du tableau 56 est de 60 jours entre la fin de l’exposition et l’apparition de la maladie.
Que faire si l'activité exercée ne figure pas dans la liste du tableau 56 ?
Si les conditions du tableau ne sont pas strictement remplies, le dossier peut être examiné par le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce comité apprécie au cas par cas le lien direct et essentiel entre la maladie et le travail.
L'infection à hantavirus est-elle reconnue au régime général ?
Oui. Le tableau 96 du régime général couvre les fièvres hémorragiques avec syndrome rénal dues aux agents infectieux du groupe hantavirus. Les conditions diffèrent légèrement de celles du tableau 56 du régime agricole.
Quelle indemnisation peut obtenir un travailleur agricole reconnu en maladie professionnelle pour hantavirus ?
La victime bénéficie de la prise en charge à 100 % des frais médicaux, d’indemnités journalières majorées pendant l’arrêt de travail et, après consolidation, d’un capital ou d’une rente en fonction du taux d’incapacité permanente attribué.
Témoignages
— Thierry M., ouvrier forestier, ArdennesJ’ai chopé le hantavirus en travaillant en foret pendant l’automne 2022. Au debut je pensais que c’etait une grosse grippe, mais au bout de 5 jours j’étais à l’hopital avec les reins qui lachaient. La MSA a reconnu la maladie pro grace au tableau 56, j’ai eu 8 semaines d’arret et un taux d’IPP de 5%. C’est pas énorme mais au moins les soins sont pris en charge a 100%.
— Sophie L., exploitante agricole, AisneMon mari a été contaminé en nettoyant une vieille grange pleine de crottes de mulots. On savait même pas que ça existait le hantavirus… C’est en cherchant sur internet qu’on a trouvé avf.fr et ils nous ont expliqué les démarches pour la declaration. La MSA a accepté assez vite parceque le tableau correspondait exactement. Merci pour l’aide car seuls on aurait surement laissé tomber.
— Laurent D., bucheron, Haute-MarneDiagnostiqué fievre hemorragique avec syndrome renal en mars 2023. 3 semaines d’hospitalisation, dialyse pendant 10 jours. Mon médecin traitant connaissait pas bien les maladies pro, c’est l’association qui m’a orienté vers un medecin conseil pour le taux d’incapacité. Resultat : 12% d’IPP et une rente. Faut pas hesiter à se faire accompagner, les demarches c’est compliqué quand on est pas du milieu.



