Le tableau 74 du régime général de la Sécurité sociale recense les affections professionnelles provoquées par le furfural et l’alcool furfurylique. Ces substances chimiques, utilisées dans l’industrie, peuvent entraîner des pathologies graves chez les travailleurs exposés. Comprendre ce tableau est essentiel pour toute personne souhaitant faire reconnaître une maladie professionnelle liée à ces agents toxiques et engager les démarches d’indemnisation adaptées.

Qu’est-ce que le furfural et l’alcool furfurylique ?
Le furfural (ou 2-furaldéhyde) est un aldéhyde organique obtenu à partir de la transformation de matières végétales riches en pentoses, comme les épis de maïs, la bagasse de canne à sucre ou les coques de céréales. C’est un liquide incolore à jaunâtre, à l’odeur caractéristique d’amande, qui devient brun à l’exposition à l’air.
L’alcool furfurylique est un dérivé du furfural, obtenu par réduction chimique. Il se présente sous forme de liquide incolore à ambré, également doté d’une odeur prononcée.
Ces deux substances sont classées comme toxiques. Elles pénètrent dans l’organisme par inhalation, par contact cutané ou par ingestion accidentelle. Le furfural est très réglementé, notamment en parfumerie et en cosmétique, en raison de ses effets nocifs sur la santé.
Le furfural peut provoquer des étourdissements, de l’euphorie, des maux de tête intenses, des irritations des voies respiratoires et des yeux. Une exposition prolongée peut entraîner des lésions cutanées et des troubles respiratoires chroniques. L’alcool furfurylique présente des risques similaires, notamment en cas d’exposition répétée.
Contenu du tableau 74 : maladies et délais de prise en charge
Le tableau 74 des maladies professionnelles du régime général identifie précisément les pathologies reconnues comme liées à l’exposition au furfural et à l’alcool furfurylique. La reconnaissance en maladie professionnelle ouvre droit à une prise en charge intégrale des soins et à une indemnisation spécifique.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Rhinite récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par test | 7 jours |
| Asthme objectivé par explorations fonctionnelles respiratoires récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmé par test | 7 jours |
| Conjonctivite récidivant après nouvelle exposition | 7 jours |
| Dermite eczématiforme récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par un test épicutané | 15 jours |
Le tableau prévoit les affections suivantes :
- Irritation des yeux et des voies respiratoires – délai de prise en charge de 5 jours
- Dermites irritatives (lésions cutanées dues au contact direct) – délai de prise en charge de 7 jours
- Rhinite récidivante – délai de prise en charge de 7 jours
- Asthme ou dyspnée asthmatiforme (difficulté respiratoire de type asthme) – délai de prise en charge de 7 jours
- Eczéma allergique récidivant – délai de prise en charge de 15 jours
Le délai de prise en charge correspond à la durée maximale entre la fin de l’exposition à la substance et la première constatation médicale de la maladie. Si ce délai est dépassé, la reconnaissance automatique au titre du tableau n’est plus possible. Il reste cependant un recours devant le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).
Travaux susceptibles de provoquer ces affections
Le tableau 74 établit une liste indicative des principaux travaux exposant aux émanations de furfural et d’alcool furfurylique. Il s’agit des activités où ces substances sont utilisées comme :
- Solvants ou réactifs dans l’industrie chimique
- Agents de synthèse des pesticides, de médicaments ou de matières plastiques, en particulier pour la préparation et l’utilisation de moules en fonderie
- Accélérateurs de vulcanisation du caoutchouc
Les travailleurs de la fonderie, de l’industrie chimique, de la fabrication de résines et de l’industrie du caoutchouc sont les plus concernés. Ces métiers impliquent souvent une exposition régulière et prolongée.
Un ouvrier travaillant depuis 8 ans dans une fonderie utilisant des moules à base de résines furaniques développe un eczéma allergique persistant aux mains et aux avant-bras. Son médecin traitant constate la pathologie. L’eczéma récidive à chaque reprise du travail. La maladie est déclarée dans les 15 jours suivant la fin de l’exposition. Ce cas entre dans le cadre du tableau 74 et peut faire l’objet d’une reconnaissance en maladie professionnelle.
Faire reconnaître une maladie professionnelle liée au furfural
La reconnaissance d’une maladie professionnelle au titre du tableau 74 repose sur trois conditions cumulatives : la pathologie doit figurer dans le tableau, le délai de prise en charge doit être respecté, et l’activité professionnelle doit correspondre aux travaux listés.
Les étapes de la déclaration
La victime doit d’abord obtenir un certificat médical initial (CMI) décrivant précisément la pathologie constatée. Ce certificat est indispensable pour engager la procédure.
La déclaration de maladie professionnelle est ensuite transmise à la CPAM, accompagnée du certificat médical. La caisse dispose d’un délai de 120 jours pour instruire le dossier et rendre sa décision. Il est fortement recommandé de demander son dossier médical complet dès le début de la procédure.
Dans le cadre d’une maladie professionnelle, la victime peut se faire assister par un médecin expert conseil indépendant lors de l’expertise médicale. Ce professionnel défend les intérêts de la victime et veille à ce que l’évaluation du taux d’incapacité soit juste.
En cas de refus de la CPAM
Si la CPAM refuse la reconnaissance, la victime dispose de voies de recours. Elle peut contester la décision devant la Commission de recours amiable (CRA), puis devant le pôle social du tribunal judiciaire (anciennement TASS).
Il est également possible de saisir le CRRMP si la maladie ne remplit pas strictement les conditions du tableau, mais qu’un lien direct avec l’activité professionnelle est établi.
Toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions prévues par ce tableau est présumée d’origine professionnelle. Lorsque les conditions ne sont pas intégralement remplies, le dossier peut être examiné par le CRRMP.
Indemnisation et faute inexcusable de l’employeur
Une fois la maladie professionnelle reconnue, la victime bénéficie de la prise en charge intégrale des frais médicaux et d’un versement d’indemnités journalières majorées pendant l’arrêt de travail. Si un taux d’incapacité permanente est attribué après consolidation, une rente viagère ou un capital forfaitaire est versé.
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié au furfural et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires, la victime peut engager une procédure en faute inexcusable de l’employeur. Cette action permet d’obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices complémentaires : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d’agrément.
– Le tableau 74 couvre les affections dues au furfural et à l’alcool furfurylique
– Les pathologies concernées : irritations oculaires et respiratoires, dermites, rhinite, asthme, eczéma allergique
– Les délais de prise en charge varient de 5 à 15 jours
– Les secteurs les plus exposés : fonderie, chimie, caoutchouc, fabrication de résines
– La reconnaissance ouvre droit à une indemnisation complète
– La faute inexcusable de l’employeur permet une indemnisation majorée
La victime qui souhaite connaître les pièges à éviter lors d’une procédure de maladie professionnelle peut consulter les ressources dédiées. Se faire accompagner par un avocat spécialisé en accident du travail et maladie professionnelle reste la meilleure garantie d’une indemnisation juste.
L’association Aide aux Victimes de France met en relation les travailleurs exposés au furfural avec des avocats spécialistes de l’indemnisation des maladies professionnelles. La prise de contact est gratuite et sans engagement.
Références légales du tableau 74
- Tableau n° 74 du régime général – Consulter sur Légifrance
- Modifié par le Décret n°2003-110 du 11 février 2003 – art. 2
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 74 des maladies professionnelles ?
Le tableau 74 couvre les irritations des yeux et des voies respiratoires, les dermites irritatives, la rhinite récidivante, l’asthme ou dyspnée asthmatiforme, et l’eczéma allergique récidivant, causés par l’exposition au furfural et à l’alcool furfurylique.
Quels métiers sont les plus exposés au furfural ?
Les travailleurs de la fonderie (moules en résine furanique), de l’industrie chimique, de la fabrication de pesticides et de médicaments, ainsi que de l’industrie du caoutchouc sont les plus concernés par l’exposition au furfural et à l’alcool furfurylique.
Comment déclarer une maladie professionnelle liée au furfural ?
La victime doit obtenir un certificat médical initial décrivant la pathologie, puis transmettre une déclaration de maladie professionnelle à sa CPAM. La caisse dispose de 120 jours pour rendre sa décision. Un accompagnement par un avocat spécialisé est recommandé.
Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance au titre du tableau 74 ?
En cas de refus, la victime peut contester devant la Commission de recours amiable, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire. Si les conditions du tableau ne sont pas strictement remplies, le dossier peut être soumis au CRRMP.
Peut-on engager la faute inexcusable de l'employeur pour une exposition au furfural ?
Oui, si l’employeur avait connaissance du risque lié au furfural et n’a pas pris les mesures de prévention nécessaires. La faute inexcusable permet une majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices complémentaires (souffrances, préjudice esthétique, préjudice d’agrément).
Témoignages
— Thierry, 54 ans, ancien fondeur – Pas-de-CalaisJ’ai travaillé 22 ans en fonderie, exposé tous les jours aux résines et au furfural. J’ai développé un eczema qui revenait sans arrêt aux mains. Mon médecin traitant m’a orienté vers avf.fr et ils m’ont mis en contact avec un avocat spécialisé. Ma maladie pro a été reconnue au titre du tableau 74 et j’ai obtenu un taux d’incapacité de 12%. Sans eux j’aurais jamais su que c’était possible.
— Nadia, 41 ans, technicienne chimie – RhôneJe bossais dans un labo qui utilisait du furfural comme réactif. Au bout de 6 ans j’ai commencé a avoir des crises d’asthme au boulot, j’étouffais litéralement. La CPAM a d’abord refusé mon dossier. L’avocat que l’association m’a trouvé a fait un recours et le CRRMP a reconnu la maladie professionnelle. J’ai aussi obtenu la faute inexcusable parce que l’entreprise avait pas d’aspiration digne de ce nom.
— Marc, 47 ans, opérateur en caoutchouterie – Haute-GaronnePendant 15 ans j’ai manipulé des produits a base d’alcool furfurylique pour la vulcanisation. Des dermites a répétition, le medecin du travail me disait que c’était normal… Quand j’ai enfin fait les démarches grâce a un avocat trouvé via l’association aide aux victimes, j’ai eu la reconnaissance et une rente. Faut pas hésiter a se battre.



