Les pathologies du genou liées à l’activité professionnelle représentent une part importante des maladies inscrites aux tableaux des maladies professionnelles. Gonalgies chroniques, lésions méniscales, atteintes ligamentaires ou blocages articulaires : ces affections peuvent entraîner une incapacité permanente ouvrant droit à indemnisation. Encore faut-il connaître le barème applicable, les étapes de la reconnaissance et les voies de recours en cas de refus. Cette page détaille l’ensemble de ces éléments pour permettre à la victime d’agir efficacement.

Barème indicatif du taux d’incapacité pour le genou
Le taux d’incapacité permanente partielle (IPP) attribué à une maladie professionnelle du genou repose sur un barème indicatif prévu par la réglementation. Ce barème guide le médecin-conseil de la CPAM, mais il ne s’impose pas de manière absolue.
Le taux d’incapacité permanente est déterminé compte tenu d’un barème indicatif d’invalidité. Le médecin chargé de l’évaluation conserve la liberté de s’écarter des chiffres du barème lorsqu’un cas présente un caractère particulier, à condition de motiver sa décision.
L’examen du genou se fait toujours par comparaison avec le côté sain. L’extension complète correspond au repère 0° et la flexion maximale atteint environ 150°. Le médecin recherche également les mouvements anormaux (latéralité, tiroir, ressaut) et mesure l’éventuelle atrophie du quadriceps à 15 cm au-dessus du bord supérieur de la rotule.
Blocage du genou : taux d’incapacité
Lorsque le genou reste bloqué dans une position fixe, le taux varie selon l’angle de blocage :
- Rectitude (position favorable) : 30 %
- De 5° à 25° : 35 %
- De 25° à 50° : 40 %
- De 50° à 80° : 50 %
- Au-delà de 80° : 60 %
- Déviation en valgum ou en varum : 10 à 15 % en supplément (sans dépasser le taux prévu pour l’amputation du tiers inférieur de la cuisse)
Plusieurs atteintes fonctionnelles du genou peuvent coexister. Dans ce cas, les taux s’additionnent, sous réserve de ne pas dépasser le plafond correspondant à la perte totale de fonction du membre.
Limitation des mouvements du genou
Quand le genou conserve une mobilité partielle mais limitée, le barème distingue les déficits d’extension et de flexion :
Déficit d’extension :
- Extension déficitaire de 5° à 25° : 5 %
- Extension déficitaire de 25° : 15 %
- Extension déficitaire de 45° : 30 %
Déficit de flexion :
- Flexion limitée à 110° : 5 %
- Flexion limitée à 90° : 15 %
- Flexion limitée à 45° : 25 %
Mouvements anormaux et laxité ligamentaire
La présence de mouvements anormaux traduit une instabilité articulaire. Le barème prévoit :
- Laxité ligamentaire (latéralité, tiroir, etc.) : 5 à 35 %
- Blocage ou dérobement intermittent, apprécié selon les signes objectifs cliniques (atrophie musculaire, arthrose, examens para-cliniques) : 5 à 15 %
Ces taux s’ajoutent le cas échéant à ceux attribués pour les autres atteintes fonctionnelles du genou.
Atteintes de la rotule
- Rotule anormalement mobile (rupture d’ailerons rotuliens) : 10 %
- Luxation récidivante : 15 %
- Patellectomie (ablation de la rotule) : 5 %
À ce taux s’ajoutent les autres taux fixés pour l’atteinte fonctionnelle du genou.
Hydarthrose chronique du genou
L’hydarthrose (épanchement liquidien dans l’articulation) peut être :
- Légère : 5 %
- Récidivante, avec amyotrophie marquée : 15 %
Autres atteintes graves du genou
- Corps étranger traumatique : évalué selon les pertes fonctionnelles et blocages constatés
- Pseudarthrose consécutive à une résection du genou : 50 %
- Genou ballant : 60 %
Un opérateur logistique de 48 ans souffre d’une gonarthrose bilatérale après 20 ans de manutention avec port de charges lourdes et positions accroupies prolongées. Sa pathologie figure au tableau 79 des maladies professionnelles (lésions chroniques du ménisque). Après expertise, le médecin-conseil retient une limitation de flexion à 90° (15 %) et une laxité ligamentaire modérée (10 %), soit un taux global de 25 %. Ce taux lui ouvre droit à une rente d’incapacité permanente versée par la CPAM.
Comment faire reconnaître une maladie professionnelle du genou
La reconnaissance d’une maladie professionnelle du genou suit une procédure précise en plusieurs étapes. Il est essentiel de respecter les délais et de constituer un dossier médical solide.
Étape 1 : le diagnostic médical et la déclaration
La victime doit d’abord obtenir un diagnostic clinique établi par son médecin traitant ou un spécialiste. Le médecin rédige un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et son lien possible avec l’activité professionnelle. La déclaration de maladie professionnelle doit être adressée à la CPAM dans un délai de 15 jours suivant l’arrêt de travail.
La CPAM adresse ensuite un formulaire complémentaire à remplir, accompagné des volets d’arrêt et de l’attestation de salaire de l’employeur.
Le non-respect du délai de 15 jours pour déclarer la maladie professionnelle à la CPAM peut entraîner un retard dans la prise en charge, voire un refus. Il est impératif d’engager les démarches dès la première consultation médicale.
Étape 2 : vérification des critères du tableau
La CPAM vérifie si la pathologie du genou figure dans la liste des pathologies des tableaux des maladies professionnelles. Si tous les critères sont réunis (nature de la maladie, délai de prise en charge, durée d’exposition, liste limitative des travaux), la reconnaissance intervient de manière quasi automatique.
En revanche, lorsque la pathologie ne figure pas dans un tableau ou que les conditions ne sont pas intégralement remplies, le dossier peut être transmis au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), à condition que l’incapacité permanente partielle atteigne au moins 25 %.
Étape 3 : enquête du CRRMP
Le CRRMP est composé d’un médecin régional, d’un médecin régional du travail et d’un spécialiste universitaire ou hospitalier compétent dans le domaine de l’affection déclarée. Ce comité détermine si l’apparition de la maladie est directement causée par les conditions de travail habituelles de la victime.
Un expert peut se rendre sur le lieu de travail pour analyser les postes occupés, les gestes répétitifs et les contraintes physiques subies.
Étape 4 : délais de réponse de la CPAM
La CPAM dispose de 3 mois pour statuer sur le caractère professionnel de la maladie. Lorsque l’intervention du CRRMP est nécessaire, la caisse doit en informer le demandeur dans ce même délai de 3 mois. L’enquête du CRRMP repousse de 3 mois supplémentaires le délai de rendu de la décision.
Si la CPAM ne rend pas sa décision dans le délai imparti (3 mois sans enquête, 6 mois avec enquête du CRRMP), un accord tacite s’applique : la maladie professionnelle est automatiquement reconnue. Ce mécanisme protège la victime contre les lenteurs administratives.
Étape 5 : notification de la décision
La décision finale est notifiée par courrier. En cas de reconnaissance, la victime bénéficie de la prise en charge intégrale de ses soins et, selon le taux d’IPP retenu, d’une indemnité en capital (taux inférieur à 10 %) ou d’une rente d’incapacité permanente (taux égal ou supérieur à 10 %).
- Le barème des taux d’incapacité du genou est indicatif : le médecin peut s’en écarter en motivant sa décision.
- Le taux varie de 5 % à 60 % selon la gravité de l’atteinte (blocage, limitation, laxité, genou ballant).
- La déclaration doit être faite à la CPAM dans un délai de 15 jours.
- En cas de hors-tableau, le CRRMP intervient si le taux d’IPP est d’au moins 25 %.
- Le silence de la CPAM au-delà du délai légal vaut accord tacite.
Que faire en cas de refus ou de taux sous-évalué
Il arrive que la CPAM refuse la reconnaissance de la maladie professionnelle ou attribue un taux d’incapacité inférieur à la réalité des séquelles. Dans ces situations, la victime dispose de plusieurs voies de recours.
Le premier recours consiste à saisir la commission médicale de recours amiable (CMRA) dans un délai de deux mois suivant la notification. Si la décision reste défavorable, un recours contentieux peut être engagé devant le pôle social du tribunal judiciaire.
L’assistance d’un médecin expert de recours est vivement recommandée pour contester un taux d’incapacité. Ce praticien, indépendant de la CPAM, réexamine le dossier médical et peut mettre en évidence des séquelles insuffisamment évaluées.
Les affections péri-articulaires du genou figurant aux tableaux 57 et 79 des maladies professionnelles donnent lieu à des taux d’IPP généralement compris entre 5 % et 20 %. Les atteintes les plus sévères (genou ballant, pseudarthrose) peuvent atteindre 50 à 60 %.
La victime d’une maladie professionnelle du genou dont la demande a été refusée ou dont le taux d’incapacité semble sous-évalué peut être orientée vers un avocat spécialisé en droit du dommage corporel. L’Association d’Aide aux Victimes de France accompagne dans cette mise en relation.
FAQ – Maladie professionnelle du genou
Questions fréquentes
Quels tableaux de maladies professionnelles concernent le genou ?
Les principaux tableaux sont le tableau 57 (affections péri-articulaires provoquées par certains gestes et postures de travail), le tableau 79 (lésions chroniques du ménisque) et le tableau 97 (affections chroniques du rachis lombaire provoquées par des vibrations). Le tableau 57 est le plus fréquemment invoqué pour les pathologies du genou.
Quel est le délai pour déclarer une maladie professionnelle du genou ?
La déclaration doit être transmise à la CPAM dans un délai de 15 jours suivant la cessation du travail ou la constatation de la maladie. Un retard peut compliquer la procédure, mais ne prive pas nécessairement la victime de ses droits si le délai de prescription de deux ans n’est pas dépassé.
Peut-on contester le taux d'incapacité attribué par la CPAM ?
Oui. La victime peut saisir la commission médicale de recours amiable (CMRA) dans les deux mois suivant la notification. En cas de rejet, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. L’appui d’un médecin expert de recours permet souvent de démontrer la sous-évaluation des séquelles.
Que se passe-t-il si la maladie du genou ne figure dans aucun tableau ?
Si la pathologie n’est pas inscrite dans un tableau mais qu’elle entraîne une incapacité permanente d’au moins 25 %, le dossier peut être examiné par le CRRMP. Ce comité évalue le lien direct et essentiel entre la maladie et les conditions de travail.
L'employeur peut-il contester la reconnaissance de la maladie professionnelle ?
Oui. L’employeur peut contester la décision de la CPAM, notamment en invoquant l’absence de lien entre la pathologie et les conditions de travail ou en contestant l’opposabilité de la décision à son égard. La victime n’est toutefois pas affectée par ce recours : ses droits à indemnisation restent acquis.
Témoignages
— Stéphane M., carreleur, 52 ansAprès 25 ans à poser du carrelage à genoux, j’ai eu une gonarthrose aux deux genoux, la CPAM m’a reconnu en maladie pro tableau 57. Par contre le taux d’incapacité c’était 8 % alors que je peux même plus monter un escalier normalement… J’ai fais un recours avec un avocat que avf.fr m’a mis en contact et le taux est passé à 18 %. Ca change tout pour la rente. Faut pas accepter la première proposition sans la faire vérifier.
— Nadia K., aide-soignante, 44 ansJ’ai eu une lésion méniscale au genou droit a force de me lever et m’accroupir auprès des patients. Le médecin du travail pensait pas que ça passerai en maladie pro mais mon médecin traitant a fait le certificat et la CPAM a reconnu. 3 mois d’instruction c’est long mais au final j’ai eu la prise en charge à 100 % et une indemnité. Merci a l’association pour les infos.
— Philippe D., magasinier, 57 ansRefus de la CPAM pour mon genou gauche, soit disant le délai de prise en charge était dépassé. Mon avocat a contesté devant le tribunal et on a gagné, le juge a considéré que les conditions du tableau 57 étaient bien remplies. 14 mois de procédure mais au bout du compte j’ai eu ma reconnaissance et un taux de 15 %. Faut se battre des fois.



