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Tendinite et taux d’incapacité : reconnaissance en maladie professionnelle et recours

La tendinite figure parmi les troubles musculo-squelettiques (TMS) les plus fréquemment déclarés en maladie professionnelle. Lorsqu’elle devient chronique ou laisse des séquelles, un taux d’incapacité permanente peut être attribué. Ce taux conditionne directement le montant de l’indemnisation versée par la CPAM. Comprendre les mécanismes de reconnaissance, les barèmes applicables et les voies de recours permet à la victime de défendre efficacement ses droits.

Qu’est-ce qu’une tendinite d’origine professionnelle ?

Une tendinite correspond à une inflammation du tendon, provoquée par une sollicitation excessive ou répétée. Elle touche principalement les articulations du poignet, du coude, de la main et de l’épaule. Dans le contexte professionnel, elle résulte de gestes répétitifs, de postures contraignantes ou d’efforts prolongés.

Femme ayant une tendinite au poignet
Femme ayant une tendinite au poignet

Certaines professions sont particulièrement exposées à la tendinite :

  • Les agents d’entretien et techniciens de surface
  • Les hôtesses et hôtes de caisse
  • Les opérateurs sur chaîne de montage
  • Les maçons, peintres en bâtiment et carreleurs
  • Les secrétaires et travailleurs sur écran (tendinite du poignet)

Dans la majorité des cas, le repos et un traitement adapté permettent une guérison complète. Toutefois, une tendinite mal soignée ou récidivante peut évoluer vers une tendinopathie chronique et laisser des séquelles permanentes.

La tendinite, première maladie professionnelle en France

La tendinite fait partie des affections périarticulaires inscrites au tableau n°57 du régime général des maladies professionnelles. Elle représente à elle seule une part importante des TMS déclarés chaque année, ce qui facilite les démarches de reconnaissance auprès de la CPAM.

Tendinite et tendinopathie : quelle différence ?

Il est important de distinguer la tendinite de la tendinopathie. La tendinite désigne une inflammation aiguë du tendon, généralement réversible. La tendinopathie, en revanche, correspond à une dégénérescence progressive du tendon, résultant d’une usure sur le long terme.

Une tendinite non traitée ou insuffisamment prise en charge peut évoluer vers une tendinopathie chronique. Cette évolution aggrave le pronostic fonctionnel et peut justifier l’attribution d’un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) plus élevé lors de la consolidation.

⚠️ Ne pas négliger une tendinite récidivante

Une tendinite qui revient régulièrement malgré le traitement peut être le signe d’une tendinopathie chronique. Il est essentiel de consulter un médecin spécialiste et de faire constater l’aggravation par certificat médical. Ces éléments seront déterminants pour l’évaluation du taux d’incapacité.

Durée d’arrêt de travail pour une tendinite professionnelle

La durée de l’arrêt de travail varie selon la localisation de la tendinite, sa gravité et le poste occupé par le salarié. En moyenne, un arrêt de travail pour tendinite professionnelle dure environ un mois.

Cependant, certaines formes plus sévères — notamment les tendinites de l’épaule (coiffe des rotateurs) ou les tendinites opérées — peuvent nécessiter un arrêt de trois à six mois, voire davantage en cas de complications post-opératoires.

📊 Durées moyennes d'arrêt pour tendinite

  • Tendinite du poignet ou du coude : 3 à 6 semaines
  • Tendinite de l’épaule (coiffe des rotateurs) : 2 à 4 mois
  • Tendinite opérée : 3 à 6 mois selon la localisation

Comment faire reconnaître une tendinite en maladie professionnelle ?

La reconnaissance d’une tendinite en maladie professionnelle suit une procédure précise auprès de la CPAM. Cette reconnaissance ouvre droit à une prise en charge intégrale des soins et, en cas de séquelles, à une indemnisation sous forme de rente ou de capital.

Les étapes de la déclaration

1. Obtenir un certificat médical initial (CMI) : le médecin traitant ou le médecin du travail établit un certificat décrivant la pathologie et son lien avec l’activité professionnelle.

2. Remplir la déclaration de maladie professionnelle : la victime dispose d’un délai de 15 jours après la cessation du travail pour adresser la déclaration à la CPAM, accompagnée du certificat médical. Le formulaire Cerfa de déclaration est disponible en ligne ou auprès de la caisse.

3. Instruction par la CPAM : la caisse vérifie que les conditions du tableau de maladie professionnelle sont réunies (diagnostic, délai de prise en charge, liste des travaux exposants).

⚖️ Article L461-1 du Code de la sécurité sociale

Toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau est présumée d’origine professionnelle. La victime n’a pas à prouver le lien de causalité si les conditions du tableau sont remplies.

Que se passe-t-il si les conditions du tableau ne sont pas remplies ?

Si la tendinite ne remplit pas tous les critères du tableau (délai dépassé, travail non listé), le dossier peut être transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Dans ce cas, la maladie doit entraîner une incapacité permanente d’au moins 25 % ou avoir provoqué le décès du salarié.

Le délai total de reconnaissance est de trois mois en procédure classique, étendu à six mois lorsque le CRRMP est saisi. Au-delà de ce délai, le silence de la CPAM vaut acceptation tacite.

💡 Cas pratique : tendinite de l'épaule chez un peintre en bâtiment

Un peintre en bâtiment de 52 ans développe une tendinite chronique de la coiffe des rotateurs après 20 ans d’activité. Son médecin établit un certificat médical initial. La déclaration est transmise à la CPAM avec le formulaire de maladie professionnelle. Le tableau n°57 prévoit cette pathologie pour les travaux comportant des mouvements répétés du bras au-dessus du plan des épaules. La CPAM reconnaît la maladie professionnelle en deux mois. Après consolidation, un taux d’IPP de 15 % est attribué, ouvrant droit à une rente trimestrielle.

Taux d’incapacité permanente pour une tendinite : tableau n°57

Le tableau n°57 des maladies professionnelles du régime général concerne les « affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail ». La tendinite y figure parmi les pathologies les plus courantes.

DÉSIGNATION DES MALADIES DÉLAI
de prise en charge
LISTE LIMITATIVE DES TRAVAUX
susceptibles de provoquer ces maladies
– UNE –    
Epaule    
Tendinopathie aiguë non rompue non calcifiante avec ou sans enthésopathie de la coiffe des rotateurs. 30 jours Travaux comportant des mouvements ou le maintien de l’épaule sans soutien en abduction (**) avec un angle supérieur ou égal à 60° pendant au moins 3 h 30 par jour en cumulé.
Tendinopathie chronique non rompue non calcifiante avec ou sans enthésopathie de la coiffe des rotateurs objectivée par IRM (*). 6 mois (sous réserve d’une durée d’exposition de 6 mois) Travaux comportant des mouvements ou le maintien de l’épaule sans soutien en abduction (**) :

 

– avec un angle supérieur ou égal à 60° pendant au moins deux heures par jour en cumulé

ou

– avec un angle supérieur ou égal à 90° pendant au moins une heure par jour en cumulé.

Rupture partielle ou transfixiante de la coiffe des rotateurs objectivée par IRM (*). 1 an (sous réserve d’une durée d’exposition d’un an) Travaux comportant des mouvements ou le maintien de l’épaule sans soutien en abduction (**) :

 

– avec un angle supérieur ou égal à 60° pendant au moins deux heures par jour en cumulé

ou

– avec un angle supérieur ou égal à 90° pendant au moins une heure par jour en cumulé.

(*) Ou un arthroscanner en cas de contre-indication à l’IRM.

 

(**) Les mouvements en abduction correspondent aux mouvements entraînant un décollement des bras par rapport au corps.

– B –    
Coude    
Tendinopathie d’insertion des muscles épicondyliens associée ou non à un syndrome du tunnel radial. 14 jours Travaux comportant habituellement des mouvements répétés de préhension ou d’extension de la main sur l’avant-bras ou des mouvements de pronosupination.
Tendinopathie d’insertion des muscles épitrochléens 14 jours Travaux comportant habituellement des mouvements répétés d’adduction ou de flexion et pronation de la main et du poignet ou des mouvements de pronosupination.
Hygroma : épanchement des bourses séreuses ou atteintes inflammatoires des tissus sous-cutanés des zones d’appui du coude.

 

– forme aiguë ;

– forme chronique.

7 jours

 

90 jours

Travaux comportant habituellement un appui prolongé sur la face postérieure du coude.
Syndrome canalaire du nerf ulnaire dans la gouttière épithrochléo-oléocranienne confirmé par électroneuromyographie (EMG) 90 jours (sous réserve d’une durée d’exposition de 90 jours) Travaux comportant habituellement des mouvements répétitifs et/ou des postures maintenues en flexion forcée.

 

Travaux comportant habituellement un appui prolongé sur la face postérieure du coude.

– C –    
Poignet – Main et doigt    
tendinite. 7 jours Travaux comportant de façon habituelle des mouvements répétés ou prolongés des tendons fléchisseurs ou extenseurs de la main et des doigts.
Ténosynovite. 7 jours
Syndrome du canal carpien. 30 jours Travaux comportant de façon habituelle, soit des mouvements répétés ou prolongés d’extension du poignet ou de préhension de la main, soit un appui carpien, soit une pression prolongée ou répétée sur le talon de la main.
Syndrome de la loge de Guyon. 30 jours
– D –    
Genou    
Syndrome de compression du nerf sciatique poplité externe. 7 jours Travaux comportant de manière habituelle une position accroupie prolongée.
Hygromas :    
– hygroma aigu des bourses séreuses ou atteinte inflammatoire des tissus sous-cutanés des zones d’appui du genou ; 7 jours Travaux comportant de manière habituelle un appui prolongé sur le genou.
– hygroma chronique des bourses séreuses. 90 jours Travaux comportant de manière habituelle un appui prolongé sur le genou.
Tendinite sous-quadricipitale ou rotulienne. 7 jours Travaux comportant de manière habituelle des mouvements répétés d’extension ou de flexion prolongées du genou.
Tendinite de la patte d’oie. 7 jours Travaux comportant de manière habituelle des mouvements répétés d’extension ou de flexion prolongées du genou.
– E –    
Cheville et pied    
Tendinite achiléenne. 7 jours Travaux comportant de manière habituelle des efforts pratiqués en station prolongée sur la pointe des pieds.

Le taux d’incapacité permanente partielle (IPP) est fixé par le médecin-conseil de la CPAM après la consolidation, c’est-à-dire lorsque l’état de santé est stabilisé. Ce taux tient compte :

  • De la localisation de la tendinite (épaule, coude, poignet)
  • Du caractère uni- ou bilatéral de l’atteinte
  • De la limitation fonctionnelle résiduelle
  • De l’âge et de la profession de la victime

Barème indicatif des taux d’IPP pour tendinite

À titre indicatif, les taux d’IPP communément attribués varient selon la localisation :

  • Tendinite du poignet : 3 % à 8 %
  • Épicondylite (coude) : 5 % à 10 %
  • Tendinite de la coiffe des rotateurs (épaule) : 8 % à 20 %
  • Tendinopathie chronique avec limitation fonctionnelle importante : 15 % à 25 %
📌 Conséquences du taux d'IPP sur l'indemnisation

  • Taux inférieur à 10 % : versement d’un capital forfaitaire
  • Taux égal ou supérieur à 10 % : versement d’une rente viagère trimestrielle
  • Le taux conditionne également l’accès à certaines protections (maintien dans l’emploi, reclassement)

Contester un taux d’incapacité pour tendinite : les recours possibles

Le taux d’IPP fixé par le médecin-conseil de la CPAM peut sembler insuffisant au regard des séquelles réelles. La victime dispose de plusieurs voies de recours pour le contester.

L’expertise médicale amiable

En cas de désaccord, la victime peut demander une expertise médicale auprès d’un médecin indépendant. Il est fortement recommandé de se faire assister par un médecin expert de recours pour défendre ses intérêts lors de cet examen.

Le recours devant le tribunal judiciaire

Si le désaccord persiste après l’expertise, la victime peut saisir le pôle social du tribunal judiciaire pour contester le taux d’incapacité. L’accompagnement par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est vivement conseillé à ce stade.

La faute inexcusable de l’employeur

Lorsque l’employeur avait conscience du danger lié aux gestes répétitifs et n’a pas pris les mesures de prévention nécessaires, la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices (souffrances endurées, préjudice d’agrément, perte de revenus).

Rôle de l'avocat dans la contestation du taux d'IPP

Un avocat spécialisé peut analyser le dossier médical, identifier les séquelles sous-évaluées et organiser la défense devant le tribunal. Le recours à un professionnel est particulièrement important lorsque le taux attribué conditionne le passage du capital à la rente (seuil de 10 %).

📞 Un taux d'incapacité sous-évalué pour une tendinite professionnelle ?

L’association AVF peut orienter la victime vers un avocat spécialisé en dommage corporel pour contester un taux d’incapacité insuffisant ou engager une action en faute inexcusable de l’employeur.

Le placement du capital indemnitaire après indemnisation

Lorsqu’un capital est versé en réparation d’une tendinite professionnelle, il est important d’en assurer une gestion prudente. Un placement adapté des indemnités permet de préserver le capital dans le temps et de sécuriser l’avenir financier de la victime.

FAQ – Tendinite, taux d’incapacité et maladie professionnelle

Questions fréquentes


Quel est le taux d'incapacité moyen pour une tendinite professionnelle ?

Le taux d’IPP varie selon la localisation et la gravité. Il est généralement compris entre 3 % et 20 %. Une tendinite du poignet donne lieu à un taux de 3 à 8 %, tandis qu’une atteinte de la coiffe des rotateurs peut atteindre 15 à 20 %.


Peut-on contester le taux d'incapacité fixé par la CPAM ?

Oui. La victime peut demander une expertise médicale amiable, puis saisir le pôle social du tribunal judiciaire si le désaccord persiste. L’assistance d’un médecin expert de recours et d’un avocat est recommandée.


Quel est le délai pour déclarer une tendinite en maladie professionnelle ?

La déclaration doit être adressée à la CPAM dans un délai de 15 jours suivant la cessation du travail. Le certificat médical initial doit accompagner cette déclaration.


Que se passe-t-il si la tendinite ne figure pas exactement dans le tableau n°57 ?

Le dossier peut être transmis au CRRMP, qui évalue le lien entre la maladie et l’activité professionnelle. Le délai de décision est alors porté à six mois. Il faut cependant que la maladie entraîne une incapacité d’au moins 25 %.


La tendinite professionnelle peut-elle donner lieu à une rente ?

Oui, si le taux d’incapacité permanente est égal ou supérieur à 10 %. En dessous de ce seuil, un capital forfaitaire est versé. En cas de faute inexcusable de l’employeur, la rente peut être majorée.


Témoignages

J’ai eu une tendinite au coude droit qui a été reconnue maladie pro, mais la CPAM m’a donné un taux de 5% alors que j’arrive plus à porter quoi que ce soit sans douleur. J’ai contacté avf.fr qui m’a mis en relation avec un avocat spécialisé. Il a fait réévaluer mon taux à 12%, du coup j’ai eu droit à une rente au lieu du petit capital. Ça change tout pour moi financièrement.

— Nathalie, 48 ans, agent d'entretien

Tendinite à l’épaule gauche depuis 3 ans, opération il y a 18 mois et toujours des douleurs. Mon dossier maladie pro a trainé 4 mois avant d’être accepté. L’avocat m’a aidé à monter un dossier de faute inexcusable parce que mon patron savait que les conditions de travail étaient pas bonnes. J’ai obtenu 15% d’IPP majoré + indemnisation complémentaire. Faut pas lacher.

— Philippe, 55 ans, carreleur

Honnêtement au début je savais meme pas que ma tendinite au poignet pouvait etre déclarée en maladie professionnelle. C’est une collègue qui m’a dit d’aller sur avf.fr. Ils m’ont expliqué les étapes, j’ai pu faire la déclaration dans les temps et maintenant c’est reconnu avec un taux de 8%. Les soins sont pris en charge à 100% et j’ai touché un capital. Merci beaucoup.

— Sandra, 39 ans, opératrice de production