L’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle est reconnue comme maladie professionnelle au titre du tableau 26 du régime général de la Sécurité sociale. Ce gaz, longtemps utilisé comme fumigant dans l’agriculture et l’industrie, provoque des atteintes neurologiques sévères pouvant entraîner une incapacité permanente. Lorsqu’un salarié développe une pathologie liée à cette exposition, il est essentiel de connaître les conditions de reconnaissance et les recours possibles pour obtenir une indemnisation adaptée.

Qu’est-ce que le bromure de méthyle ?
Le bromure de méthyle (CH₃Br), aussi appelé bromométhane, est un composé chimique organique halogéné. Il se présente sous la forme d’un gaz incolore, inodore à faible concentration et extrêmement toxique. Contrairement à de nombreux gaz dangereux, il est ininflammable, ce qui a longtemps favorisé son utilisation industrielle.
Pendant des décennies, le bromure de méthyle a été massivement employé comme agent de fumigation pour traiter les sols agricoles, les denrées alimentaires destinées à l’exportation et les structures de stockage. Il servait également dans la fabrication de produits chimiques et pharmaceutiques.
Le bromure de méthyle est classé substance appauvrissant la couche d’ozone. Le protocole de Montréal a progressivement restreint son usage. En France et dans l’Union européenne, son utilisation est aujourd’hui quasiment interdite, sauf dérogations très encadrées. Toutefois, des travailleurs ayant été exposés par le passé peuvent encore déclarer une maladie professionnelle.
Le caractère insidieux de ce gaz réside dans le fait qu’il est difficilement détectable sans appareillage spécifique. Une exposition même brève à des concentrations élevées peut entraîner des conséquences graves, parfois irréversibles.
Symptômes et pathologies liés à l’intoxication au bromure de méthyle
L’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle se manifeste par des troubles neurologiques qui constituent le cœur du tableau 26. Les symptômes varient en fonction de l’intensité et de la durée de l’exposition.
Intoxication aiguë
Lors d’une exposition massive et soudaine, la victime peut présenter :
- Des troubles visuels (diplopie, baisse de l’acuité visuelle)
- Des vertiges, céphalées et nausées
- Des tremblements et convulsions
- Un coma dans les cas les plus graves
Intoxication chronique
Une exposition prolongée à des doses plus faibles peut générer :
- Des polynévrites (atteintes des nerfs périphériques)
- Des troubles de la mémoire et de la concentration
- Des tremblements intentionnels
- Des troubles de l’équilibre et de la coordination
Les symptômes de l’intoxication chronique au bromure de méthyle peuvent apparaître progressivement et être confondus avec d’autres pathologies neurologiques. Il est indispensable de signaler toute exposition passée au médecin traitant et au médecin du travail pour orienter correctement le diagnostic.
Tableau 26 : conditions de reconnaissance en maladie professionnelle
Le tableau 26 du régime général de la Sécurité sociale fixe les conditions cumulatives permettant la reconnaissance automatique de l’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI de prise en charge |
|---|---|
| Troubles encéphalo-médullaires : Tremblements intentionnels. Myoclonies. Crises épileptiformes. Ataxies. Aphasie et dysarthrie. Accès confusionnels. Anxiété pantophobique. Dépression mélancolique. | 7 jours |
| Troubles oculaires : Amaurose ou amblyopie. Diplopie. | 7 jours |
| Troubles auriculaires :Hyperacousie. Vertiges et troubles labyrinthiques. | 7 jours |
| Accidents aigus (en dehors des cas considérés comme accidents du travail) : Crises épileptiques. Coma. | 7 jours |
Lorsqu’un salarié présente une maladie figurant dans un tableau de maladies professionnelles et qu’il a été exposé au risque décrit, la maladie est présumée d’origine professionnelle. La victime n’a pas à prouver le lien de causalité entre son travail et sa pathologie.
Désignation des maladies et délais de prise en charge
Le tableau 26 distingue plusieurs formes cliniques de l’intoxication :
- Troubles neurologiques aigus : convulsions, coma – délai de prise en charge de 7 jours
- Troubles neurologiques subaigus et chroniques : polynévrites, tremblements, troubles psychiques – délai de prise en charge de 30 jours
Le délai de prise en charge correspond à la période maximale entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie. Si ce délai est dépassé, la reconnaissance reste possible mais nécessite un passage devant le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP).
Liste indicative des travaux exposants
Le tableau 26 énumère les principaux travaux susceptibles de provoquer une intoxication au bromure de méthyle :
- Préparation et manipulation du bromure de méthyle ou de produits en contenant
- Fabrication de produits chimiques et pharmaceutiques utilisant le bromure de méthyle comme réactif
- Remplissage et utilisation d’extincteurs au bromure de méthyle
- Opérations de désinsectisation et de dératisation par fumigation
- Traitement des denrées alimentaires avant exportation
Le terme « indicatif » signifie que la liste des travaux n’est pas exhaustive. Si un salarié a été exposé au bromure de méthyle dans un contexte professionnel non mentionné dans le tableau, il peut tout de même obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle, à condition de remplir les autres critères.
Démarches de reconnaissance et recours en cas de refus
La déclaration de maladie professionnelle doit être effectuée auprès de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) à l’aide du formulaire Cerfa n° 60-3950. Un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie doit être joint.
La CPAM dispose ensuite d’un délai de 120 jours pour instruire le dossier. Elle peut diligenter une enquête administrative et solliciter l’avis du service médical.
Un ancien technicien ayant travaillé pendant 15 ans dans la désinsectisation de silos agricoles développe des polynévrites des membres inférieurs à l’âge de 55 ans. Bien que son exposition au bromure de méthyle ait cessé depuis 8 ans, les symptômes sont apparus dans le délai de prise en charge de 30 jours après la dernière exposition. La déclaration en maladie professionnelle au titre du tableau 26 est recevable. Après reconnaissance, il obtient un taux d’incapacité permanente de 25 % et une rente trimestrielle.
Que faire en cas de refus de la CPAM ?
En cas de notification de refus, la victime dispose de deux mois pour contester la décision. La procédure se déroule en plusieurs étapes :
- Recours amiable devant la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CPAM
- Recours contentieux devant le pôle social du tribunal judiciaire en cas de rejet par la CRA
À ce stade, l’assistance d’un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est fortement recommandée pour maximiser les chances de succès. L’association peut orienter la victime vers un professionnel compétent via sa permanence d’aide aux victimes.
La faute inexcusable de l’employeur
Si l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié au bromure de méthyle et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour en protéger le salarié, ce dernier peut engager une action en faute inexcusable de l’employeur. Cette procédure permet d’obtenir :
- La majoration de la rente d’incapacité à son maximum
- L’indemnisation de préjudices complémentaires : souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, incidence professionnelle
L’action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur se prescrit par 2 ans à compter de la date de reconnaissance de la maladie professionnelle ou de la date de consolidation. Il est impératif de ne pas laisser ce délai expirer.
L’association Aide aux Victimes de France peut mettre en relation la victime avec un avocat spécialisé en maladie professionnelle pour évaluer les recours possibles : contestation de refus, faute inexcusable, indemnisation complémentaire.
Indemnisation et taux d’incapacité permanente
Lorsque la maladie professionnelle est reconnue, la victime bénéficie de la prise en charge à 100 % des soins liés à sa pathologie et du versement d’indemnités journalières pendant l’arrêt de travail.
Après consolidation (stabilisation de l’état de santé), un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) est fixé par le médecin-conseil de la CPAM. Ce taux détermine le montant de l’indemnisation :
- Taux inférieur à 10 % : versement d’un capital forfaitaire
- Taux égal ou supérieur à 10 % : versement d’une rente viagère
Pour les atteintes neurologiques liées au bromure de méthyle, les taux d’incapacité peuvent varier considérablement selon la gravité des séquelles. Un médecin expert de recours peut être consulté si la victime estime que le taux proposé est sous-évalué.
Les polynévrites sévères des membres inférieurs consécutives à une intoxication au bromure de méthyle peuvent justifier un taux d’IPP de 20 à 40 %. Pour un salaire annuel de référence de 25 000 €, un taux de 30 % correspond à une rente annuelle d’environ 5 625 €, majorable en cas de faute inexcusable.
Références légales du tableau 26
- Tableau n° 26 du régime général – Consulter sur Légifrance
- Créé par Décret 85-1353 du 17 décembre 1985, art. 1 – JORF du 21 décembre 1985
– Le bromure de méthyle est un gaz neurotoxique dont l’usage est aujourd’hui très restreint, mais les expositions passées peuvent encore donner lieu à des déclarations.
– Le tableau 26 couvre les atteintes neurologiques aiguës (délai de 7 jours) et chroniques (délai de 30 jours).
– La liste des travaux exposants est indicative : d’autres situations professionnelles peuvent être prises en compte.
– En cas de refus de reconnaissance, un recours devant la CRA puis le tribunal judiciaire est possible.
– La faute inexcusable de l’employeur permet une indemnisation majorée.
Questions fréquentes
Le bromure de méthyle est-il encore utilisé en France ?
Son usage est quasiment interdit en France depuis l’application du protocole de Montréal. Toutefois, des dérogations exceptionnelles existent pour certains traitements phytosanitaires en quarantaine. Les travailleurs exposés par le passé conservent leurs droits à la reconnaissance en maladie professionnelle.
Quel est le délai pour déclarer une maladie professionnelle liée au bromure de méthyle ?
La déclaration doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical initial établissant le lien possible avec l’activité professionnelle. Le délai de prise en charge inscrit au tableau 26 est de 7 jours pour les troubles aigus et de 30 jours pour les troubles chroniques.
Peut-on obtenir une indemnisation complémentaire en cas de faute de l'employeur ?
Oui. Si l’employeur avait conscience du danger ou aurait dû en avoir conscience et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires, la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir la majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices personnels complémentaires.
Que faire si la CPAM refuse de reconnaître la maladie professionnelle ?
La victime dispose de deux mois pour saisir la Commission de Recours Amiable (CRA). En cas de nouveau refus, un recours contentieux peut être engagé devant le pôle social du tribunal judiciaire. L’accompagnement par un avocat spécialisé est vivement recommandé à ce stade.
Un travailleur retraité peut-il déclarer une maladie professionnelle liée au bromure de méthyle ?
Oui, la déclaration est possible même après la cessation d’activité ou le départ en retraite, à condition de respecter le délai de prescription de 2 ans à compter de la première constatation médicale de la maladie.
Témoignages
— Jean-Pierre M., ancien agent de désinsectisation, 62 ansJai travaillé 20 ans dans la fumigation de silos à grains, on utilisait le bromure de méthyle sans vraiment de protection.. juste un masque basique. A 58 ans j’ai commencé à avoir des tremblements et des problèmes de mémoire. Mon médecin traitant pensait à Parkinson au début. C’est un neurologue qui a fait le lien avec mon ancien métier. Grâce à l’association avf.fr j’ai été mis en contact avec un avocat qui a monté mon dossier. Maladie pro reconnue, taux de 30%, et on attaque en faute inexcusable maintenant.
— Sandrine L., épouse d'un ancien technicien agricoleMon mari a été exposé au bromure de méthyle pendant des années quand il traitait les serres. La CPAM a d’abord refusé le dossier en disant que le délai était dépassé. On a fait un recours avec l’avocat conseillé par l’association et le tribunal nous a donné raison. Il touche une rente maintenant, environ 1 800€ par trimestre, c’est pas énorme mais ca aide bien vu qu’il peut plus travailler.
— Marc D., 55 ans, ancien ouvrier en usine chimiqueMoi jfaisais la maintenance des extincteurs au bromure de methyle dans les années 90. On savait même pas que c’était dangereux à l’époque. Polynévrite aux deux jambes diagnostiquée en 2021. Jai mis du temps à comprendre que c’était lié à mon ancien boulot. L’avocat que jai trouvé via AVF a été super efficace, dossier accepté en 4 mois. Je regrette juste de pas avoir fait la démarche plus tôt.



