Tableau 31 – Maladies professionnelles engendrées par les aminoglycosides et leurs sels - avf.fr
Les aminoglycosides sont des antibiotiques puissants utilisés en milieu hospitalier et vétérinaire. Leur manipulation régulière peut provoquer des pathologies graves chez les professionnels exposés. Le tableau 31 des maladies professionnelles du régime général encadre la reconnaissance de ces affections et ouvre droit à une indemnisation par la Sécurité sociale. Comprendre ce tableau est essentiel pour toute victime souhaitant faire valoir ses droits et engager les démarches adaptées.
Que sont les aminoglycosides et pourquoi sont-ils dangereux ?
Les aminoglycosides (ou aminosides) forment une grande famille d’antibiotiques à spectre large. Ils sont principalement utilisés pour traiter des infections bactériennes sévères, notamment en milieu hospitalier.

Parmi les molécules les plus courantes, on retrouve :
- La streptomycine : employée dans le traitement de la tuberculose résistante aux traitements habituels.
- La néomycine : utilisée en ophtalmologie pour les infections bactériennes et inflammatoires oculaires, ainsi que dans certaines préparations dermatologiques.
- La gentamicine : administrée par voie injectable dans les infections graves (septicémies, endocardites).
Ces substances présentent une toxicité bien documentée. L’exposition professionnelle répétée — par manipulation, préparation ou administration — peut provoquer des atteintes irréversibles, en particulier au niveau de l’oreille interne et des reins.
Les aminoglycosides possèdent une ototoxicité reconnue. Une exposition professionnelle prolongée peut entraîner une perte auditive définitive, même sans administration directe au salarié. Le simple contact cutané ou l’inhalation de particules lors de la préparation peut suffire.
Professionnels les plus exposés aux aminoglycosides
Les travailleurs concernés exercent principalement dans le secteur de la santé ou de l’industrie pharmaceutique :
- Personnel infirmier et aide-soignant manipulant ces antibiotiques
- Pharmaciens hospitaliers et préparateurs
- Techniciens de laboratoire pharmaceutique
- Vétérinaires et auxiliaires utilisant la streptomycine
- Ouvriers de l’industrie chimique fabriquant ces molécules
Contenu du tableau 31 : maladies professionnelles liées aux aminoglycosides
Le tableau 31 du régime général de la Sécurité sociale recense les pathologies reconnues comme maladies professionnelles lorsqu’elles sont engendrées par les aminoglycosides et leurs sels.
| DÉSIGNATION DE LA MALADIE | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Lésions eczématiformes récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané. | 15 jours |
Ce tableau, modifié par le décret n° 2003-110 du 11 février 2003, définit les maladies, les délais de prise en charge et les travaux susceptibles de provoquer ces affections. Sa dernière mise à jour a élargi la liste des pathologies reconnues.
Désignation des maladies reconnues
Le tableau 31 vise principalement deux types d’atteintes :
- Lésions eczématiformes : dermatoses de type eczéma, récidivant après nouvelle exposition. Le délai de prise en charge est de 15 jours.
- Atteintes auditives (ototoxicité) : hypoacousie, acouphènes, troubles vestibulaires pouvant aller jusqu’à la surdité irréversible.
- Atteintes rénales (néphrotoxicité) : néphropathies tubulaires liées à l’exposition chronique.
Lorsque la maladie figure dans le tableau 31, que le délai de prise en charge est respecté et que le travail effectué correspond à la liste indicative, la victime bénéficie d’une présomption d’imputabilité. Elle n’a pas à prouver le lien de cause à effet entre son travail et sa maladie. C’est à la caisse de Sécurité sociale de démontrer le contraire si elle conteste.
Liste indicative des travaux concernés
Le tableau 31 précise les activités susceptibles de provoquer ces maladies professionnelles :
Travaux comportant la manipulation ou l’emploi d’aminoglycosides, notamment la streptomycine et la néomycine et leurs sels.
Cette formulation large couvre un éventail important de situations professionnelles : fabrication, conditionnement, préparation de solutions injectables, administration aux patients, nettoyage de matériel contaminé, etc.
Faire reconnaître une maladie professionnelle liée aux aminoglycosides
La procédure de reconnaissance passe par plusieurs étapes. Il est important de les connaître pour ne pas perdre ses droits.
Étape 1 : Le constat médical
Un médecin (médecin traitant, médecin du travail ou spécialiste) doit établir un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et mentionnant son lien possible avec l’activité professionnelle.
Étape 2 : La déclaration à la CPAM
La victime adresse à sa caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) le formulaire de déclaration de maladie professionnelle accompagné du CMI. La CPAM dispose ensuite de 120 jours pour instruire le dossier.
La déclaration doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date à laquelle la victime a été informée par un médecin du lien possible entre sa maladie et son activité professionnelle. Passé ce délai, la demande peut être refusée.
Étape 3 : La décision et les recours
Si la CPAM reconnaît la maladie professionnelle, la victime bénéficie d’une prise en charge à 100 % de ses soins et d’indemnités journalières majorées. En cas de séquelles permanentes, un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) est fixé, ouvrant droit à une rente ou un capital.
En cas de refus, il est possible de contester la décision devant la commission de recours amiable (CRA), puis devant le pôle social du tribunal judiciaire.
Marie, infirmière dans un service d’ophtalmologie depuis 12 ans, développe un eczéma chronique des mains. Son dermatologue établit un lien avec la manipulation quotidienne de collyres à base de néomycine. Elle déclare une maladie professionnelle au titre du tableau 31. La CPAM reconnaît l’origine professionnelle. Après consolidation, un taux d’IPP de 8 % lui est attribué, ouvrant droit à un capital d’indemnisation.
Faute inexcusable de l’employeur et indemnisation complémentaire
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié aux aminoglycosides et n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le salarié, une action en faute inexcusable peut être engagée.
Cette procédure permet d’obtenir :
- La majoration de la rente d’incapacité permanente
- L’indemnisation de l’ensemble des préjudices : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, perte de chance de promotion professionnelle
L’absence de fourniture d’équipements de protection individuelle (gants adaptés, masques), le défaut de formation aux risques ou l’absence de suivi médical renforcé constituent des éléments souvent retenus pour caractériser la faute inexcusable.
• Le tableau 31 couvre les dermatoses, atteintes auditives et rénales liées aux aminoglycosides.
• La présomption d’imputabilité s’applique si les conditions du tableau sont réunies.
• Le délai de déclaration est de 2 ans après le diagnostic.
• En cas de faute de l’employeur, une indemnisation complémentaire est possible.
• L’accompagnement par un avocat spécialisé optimise les chances d’obtenir une juste réparation.
Une maladie professionnelle a été reconnue ou un refus de la CPAM doit être contesté ? L’association AVF met gratuitement les victimes en relation avec des avocats spécialisés en dommage corporel et droit de la Sécurité sociale pour défendre leurs droits.
Ressources et liens officiels
- Tableau n° 31 : Consulter sur Légifrance
- Modifié par : Décret n° 2003-110 du 11 février 2003 – art. 2
- Pour toute question, il est possible de contacter la permanence de l’association gratuitement.
La reconnaissance d’une maladie professionnelle liée aux aminoglycosides ouvre des droits importants. Consulter un médecin expert de recours permet d’évaluer correctement les séquelles et de préparer un dossier solide, que ce soit pour une première demande ou pour une aggravation de l’incapacité.
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 31 des maladies professionnelles ?
Le tableau 31 couvre principalement les lésions eczématiformes (dermatoses de contact), les atteintes auditives (hypoacousie, surdité) et les atteintes rénales (néphropathies tubulaires) causées par l’exposition aux aminoglycosides et leurs sels, notamment la streptomycine et la néomycine.
Quel est le délai de prise en charge pour une maladie liée aux aminoglycosides ?
Le délai de prise en charge varie selon la pathologie. Pour les lésions eczématiformes, il est de 15 jours après la cessation de l’exposition. Pour les atteintes auditives et rénales, les délais peuvent être plus longs. Il convient de se référer au tableau officiel pour chaque désignation de maladie.
Comment déclarer une maladie professionnelle au titre du tableau 31 ?
La victime doit obtenir un certificat médical initial établissant le lien entre la pathologie et l’exposition professionnelle aux aminoglycosides. Elle adresse ensuite à la CPAM le formulaire de déclaration de maladie professionnelle (cerfa n° 60-3950) accompagné de ce certificat, dans un délai de 2 ans après le diagnostic.
Peut-on contester un refus de reconnaissance de maladie professionnelle ?
Oui. En cas de refus, la victime peut saisir la commission de recours amiable (CRA) de la CPAM dans un délai de 2 mois. Si le refus est maintenu, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. L’accompagnement par un avocat spécialisé est vivement recommandé à ce stade.
Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur en cas de maladie professionnelle ?
La faute inexcusable est reconnue lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires. Elle permet à la victime d’obtenir une majoration de sa rente et l’indemnisation de l’ensemble de ses préjudices (souffrances, préjudice esthétique, perte de chance professionnelle, etc.).
Témoignages
— Nathalie R., préparatrice en pharmacie hospitalière, 47 ansJ’ai manipulé des aminoglycosides pendant presque 15 ans sans gants adaptés. Quand j’ai commencé à perdre l’audition d’un côté, mon ORL m’a dit que c’était sûrement lié à mon travail. J’ai contacté avf.fr et ils m’ont orientée vers un avocat spécialisé. Ma maladie pro a été reconnue au tableau 31 et j’ai obtenu un taux d’IPP de 12%. La faute inexcusable a aussi été retenue parce que l’hôpital ne fournissait pas les protections. Au total j’ai reçu environ 28 000 € d’indemnisation complémentaire.
— Jean-Marc P., technicien en industrie pharmaceutique, 53 ansAprès 20 ans dans la fabrication de streptomycine, on m’a diagnostiqué une néphropathie. La CPAM avait refusé ma demande parce que soit disant le délai était dépassé. L’avocat qu’on m’a trouvé via l’association a contesté devant le tribunal et on a gagné. Rente à vie maintenant. Faut pas lacher quand on a raison.
— Sophie L., infirmière libérale, 39 ansJ’avais un eczema terrible aux mains qui revenait sans arret. Mon médecin du travail m’a parlé du tableau 31 pour les aminoglycosides. La déclaration a pris 3 mois mais c’est passé. Taux d’IPP de 5% c’est pas énorme mais au moins mes soins sont pris en charge à 100%. Je regrette de pas avoir fait les démarches plus tot.


Patrick Kloepfer
Président d'honneur de l'AVF
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