Tableau 81 – Affections malignes provoquées par le bis(chlorométhyle)éther - avf.fr
Le bis(chlorométhyle)éther, aussi appelé chlorométhoxyméthane ou chlorométhyl-méthyléther, est une substance chimique reconnue comme cancérigène pour l’homme. Les salariés exposés à cet agent toxique dans le cadre de leur activité professionnelle peuvent développer un cancer bronchique primitif. Le tableau 81 du régime général des maladies professionnelles encadre les conditions de reconnaissance de ces affections malignes. Comprendre ce tableau est essentiel pour engager les démarches de reconnaissance et obtenir une juste indemnisation.

Qu’est-ce que le bis(chlorométhyle)éther ?
Le bis(chlorométhyle)éther (BCME) est un composé organique chloré utilisé principalement dans la fabrication de produits organiques et comme intermédiaire de synthèse chimique. Il se présente sous forme de liquide volatil dont les vapeurs sont particulièrement dangereuses.
Dans le vocabulaire médical, les affections malignes désignent les cancers. Le BCME est classé cancérigène avéré pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Une exposition prolongée, même à de faibles concentrations, accroît considérablement les risques de cancers du système respiratoire.
Les travailleurs concernés sont principalement ceux employés dans l’industrie chimique, en particulier dans les ateliers de synthèse où le chlorométhoxyméthane est manipulé ou produit comme sous-produit réactionnel.
Le bis(chlorométhyle)éther est l’un des cancérigènes professionnels les plus puissants connus. Même une exposition de courte durée peut entraîner le développement d’un cancer bronchique des années plus tard. Tout salarié ayant été en contact avec cette substance doit faire l’objet d’un suivi médical renforcé.
Les pathologies causées par le BCME peuvent être reconnues en tant que maladie professionnelle. Cette reconnaissance ouvre droit à une prise en charge intégrale des soins et à une indemnisation spécifique.
Contenu du tableau 81 des maladies professionnelles
Le tableau 81 du régime général définit les conditions précises de reconnaissance d’une maladie professionnelle liée au bis(chlorométhyle)éther. Il identifie la pathologie couverte, le délai de prise en charge et les travaux susceptibles de provoquer la maladie.
| DÉSIGNATION DE LA MALADIE | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Cancer bronchique primitif. | 40 ans |
Maladie désignée par le tableau 81
Le tableau 81 couvre une seule pathologie :
- Cancer bronchique primitif – il s’agit d’un cancer qui prend naissance directement dans les bronches, par opposition aux cancers métastatiques ayant migré depuis un autre organe.
Le délai de prise en charge est fixé à 30 ans. Cela signifie que la maladie peut être reconnue comme professionnelle si elle apparaît dans les 30 années suivant la fin de l’exposition au BCME.
Ce délai particulièrement long reflète la période de latence des cancers professionnels. Un ancien salarié de l’industrie chimique ayant quitté son poste depuis plusieurs décennies peut encore faire reconnaître un cancer bronchique comme maladie professionnelle, à condition de prouver l’exposition passée au bis(chlorométhyle)éther.
Travaux concernés : liste limitative
Le tableau 81 comporte une liste limitative des travaux susceptibles de provoquer la maladie :
- Travaux de fabrication du chlorométhyl-méthyléther
Le caractère limitatif de cette liste signifie que seuls les salariés ayant exercé ces travaux précis peuvent bénéficier de la présomption d’origine professionnelle. Toutefois, si un salarié a été exposé au BCME dans un autre contexte, il reste possible de saisir le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) pour obtenir une reconnaissance hors tableau.
Lorsqu’une maladie ne remplit pas toutes les conditions d’un tableau (travaux non listés, délai dépassé), la victime peut demander une reconnaissance par le CRRMP. Ce comité examine le lien direct et essentiel entre la pathologie et l’activité professionnelle.
Reconnaissance en maladie professionnelle : démarches et recours
La reconnaissance du cancer bronchique primitif lié au bis(chlorométhyle)éther comme maladie professionnelle suit une procédure précise auprès de la CPAM.
Les étapes de la déclaration
Le salarié ou l’ancien salarié doit :
- Obtenir un certificat médical initial (CMI) établi par le médecin traitant ou le pneumologue, mentionnant le diagnostic et le lien possible avec l’exposition professionnelle
- Remplir le formulaire de déclaration de maladie professionnelle (Cerfa n°60-3950)
- Adresser le dossier à la CPAM du domicile
La caisse dispose ensuite d’un délai d’instruction de 120 jours (pour les cancers) pour statuer. Elle peut diligenter une enquête administrative et solliciter l’avis du médecin-conseil.
M. Durand, 62 ans, ancien ouvrier dans une usine de chimie fine, est diagnostiqué d’un cancer bronchique primitif. Il a travaillé pendant 15 ans dans un atelier de fabrication de chlorométhyl-méthyléther, jusqu’en 2001. Le diagnostic tombe en 2023, soit 22 ans après la fin de l’exposition. Le délai de prise en charge de 30 ans n’étant pas dépassé, et les travaux figurant sur la liste limitative du tableau 81, la CPAM reconnaît la maladie professionnelle. M. Durand bénéficie d’une prise en charge à 100 % de ses soins et peut prétendre à une rente d’incapacité permanente.
En cas de refus de la CPAM
Un refus de reconnaissance peut être contesté. La victime dispose de plusieurs voies de recours :
- Commission de recours amiable (CRA) : recours obligatoire avant toute action contentieuse, à exercer dans un délai de 2 mois
- Pôle social du tribunal judiciaire : en cas de rejet par la CRA
- Saisine du CRRMP : si les conditions du tableau ne sont pas intégralement remplies
L’assistance d’un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est fortement recommandée à ce stade. Il est possible de contacter la permanence de l’association pour être orienté vers un professionnel compétent.
En cas de refus de reconnaissance par la CPAM, la victime ne dispose que de 2 mois pour saisir la Commission de recours amiable. Passé ce délai, le recours est irrecevable. Il est indispensable d’agir rapidement.
Indemnisation et faute inexcusable de l’employeur
La reconnaissance en maladie professionnelle au titre du tableau 81 ouvre droit à plusieurs prestations : prise en charge intégrale des soins, indemnités journalières majorées en cas d’arrêt de travail, et rente d’incapacité permanente si des séquelles sont constatées après consolidation.
Au-delà de ces prestations, la victime peut engager une action en faute inexcusable de l’employeur. Cette procédure vise à démontrer que l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié au BCME et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le salarié.
En cas de reconnaissance de la faute inexcusable, la victime obtient :
- La majoration de la rente d’incapacité permanente
- L’indemnisation des souffrances endurées
- La réparation du préjudice esthétique et du préjudice d’agrément
- L’indemnisation de la perte de chance de promotion professionnelle
– Agent en cause : bis(chlorométhyle)éther (chlorométhoxyméthane)
– Maladie reconnue : cancer bronchique primitif
– Délai de prise en charge : 30 ans
– Travaux visés : fabrication du chlorométhyl-méthyléther (liste limitative)
– Recours possibles : CRA, tribunal judiciaire, CRRMP, faute inexcusable de l’employeur
La reconnaissance d’un cancer professionnel et l’action en faute inexcusable nécessitent un accompagnement juridique spécialisé. L’association AVF met les victimes en relation avec des avocats expérimentés en droit du dommage corporel pour défendre leurs droits et obtenir une juste indemnisation.
Références législatives et réglementaires
- Tableau n° 81 – Consulter l’article sur Légifrance
- Créé par Décret n°87-582 du 22 juillet 1987 – art. 5 JORF 28 juillet 1987
- Tableau suivant : Affections provoquées par le méthacrylate de méthyle
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le bis(chlorométhyle)éther et pourquoi est-il dangereux ?
Le bis(chlorométhyle)éther (BCME) est un composé chimique chloré utilisé dans l’industrie chimique. Il est classé cancérigène avéré pour l’homme. L’inhalation de ses vapeurs, même en faible quantité, augmente considérablement le risque de développer un cancer bronchique primitif.
Quel est le délai pour faire reconnaître un cancer lié au BCME comme maladie professionnelle ?
Le tableau 81 fixe un délai de prise en charge de 30 ans. La maladie peut être reconnue si elle apparaît dans les 30 années suivant la fin de l’exposition professionnelle au bis(chlorométhyle)éther.
Peut-on obtenir une reconnaissance hors tableau 81 ?
Oui. Si les conditions du tableau ne sont pas intégralement remplies (travaux non listés, délai dépassé), la victime peut saisir le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce comité évalue le lien direct entre la pathologie et l’activité professionnelle.
Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur dans le cadre du tableau 81 ?
La faute inexcusable est reconnue lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié au BCME et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires. Elle permet d’obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices complémentaires (souffrances, préjudice esthétique, perte de chance professionnelle).
Comment contester un refus de reconnaissance de maladie professionnelle ?
En cas de refus de la CPAM, la victime dispose de 2 mois pour saisir la Commission de recours amiable (CRA). Si le refus est maintenu, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. L’accompagnement par un avocat spécialisé est vivement conseillé.
Témoignages
— Patrick M., ancien ouvrier chimiste, 64 ansMon cancer du poumon a été diagnostiqué en 2021, alors que javais quitté l’usine depuis 18 ans. Je pensais que c’etait trop tard pour faire quoi que ce soit. En contactant avf.fr, on m’a expliqué le tableau 81 et le délai de 30 ans. L’avocat qu’ils m’ont trouvé a monté tout le dossier. Reconnaissance en maladie pro acceptée en 4 mois et procédure de faute inexcusable en cours. Ça change tout pour la prise en charge.
— Nathalie R., veuve d'un salarié décédé d'un cancer bronchiqueMon mari est décédé d’un cancer des bronches à 59 ans. Il avait travaillé 12 ans dans la fabrication de produits chimiques, dont le fameux chloromethyl-methylether. Grâce a un avocat spécialisé, la maladie a été reconnue en professionelle à titre posthume. On a obtenu la rente de conjoint survivant et une indemnisation complémentaire pour faute inexcusable de plus de 85 000€. C’est pas rien quand on se retrouve seule.
— Jean-Claude D., retraité, 71 ansJ’ai bossé dans la chimie de 1975 à 1995. Quand on m’a diagnostiquer un cancer bronchique en 2019, mon pneumologue m’a tout de suite parlé du lien avec mon ancien travail. J’ai fait la déclaration et la CPAM a reconnu la maladie pro sans problème vu que c’etait pile dans le tableau 81. Ma rente d’incapacité est à 67%. Je regrette juste de pas avoir su plus tôt que je pouvais aussi demander la faute inexcusable.


Patrick Kloepfer
Président d'honneur de l'AVF
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