L’allergie aux protéines du latex constitue un risque professionnel bien identifié pour les salariés en contact régulier avec le caoutchouc naturel. Professionnels de santé, employés de l’industrie du caoutchouc, agents d’entretien : de nombreux travailleurs développent des réactions allergiques parfois graves. Le tableau 95 du régime général des maladies professionnelles permet la reconnaissance et l’indemnisation de ces affections. Comprendre les conditions de prise en charge est essentiel pour engager un recours adapté.

Qu’est-ce que l’allergie aux protéines du latex ?
Le caoutchouc naturel est un matériau élastique obtenu à partir de la sève (le latex) de certains arbres, principalement l’Hevea brasiliensis. Ce latex contient des protéines allergisantes capables de provoquer des réactions immunitaires chez les personnes sensibilisées.
L’allergie au latex se manifeste par un mécanisme dit d’hypersensibilité immédiate (type I) ou retardée (type IV). Le contact peut être cutané (port de gants), muqueux ou même respiratoire (inhalation de particules de poudre présentes sur les gants poudrés).
L’allergie au latex touche entre 5 % et 17 % des professionnels de santé régulièrement exposés. Elle peut apparaître après plusieurs années d’exposition sans symptôme apparent. Toute réaction cutanée ou respiratoire récurrente au travail doit alerter.
Lorsque cette allergie est directement liée à l’activité professionnelle, il est possible de la faire reconnaître comme maladie professionnelle. Cette reconnaissance ouvre droit à une prise en charge intégrale des soins et à une indemnisation des séquelles.
Les affections couvertes par le tableau 95 du régime général
Le tableau 95 recense les affections professionnelles de mécanisme allergique provoquées par les protéines du latex (ou caoutchouc naturel). Il est rattaché au régime général de la Sécurité sociale.
| DÉSIGNATION DE LA MALADIE | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Urticaire de contact ayant récidivé après nouvelle exposition au risque et confirmée par un test. | 7 jours |
| Rhinite, asthme, conjonctivite aiguë bilatérale, ayant récidivé après nouvelle exposition au risque et confirmés par un test. | 7 jours |
| Réactions allergiques systémiques telles que : urticaire géante, œdème de Quincke, choc anaphylactique, survenus à l’occasion d’une exposition au latex. | 3 jours |
| Lésions eczématiformes ayant récidivé après nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané positif. | 15 jours |
Les pathologies désignées
Le tableau 95 couvre plusieurs types de manifestations allergiques :
- Urticaire de contact : réaction cutanée immédiate au niveau des zones exposées (mains, poignets, avant-bras)
- Rhinite allergique : éternuements, écoulement nasal, obstruction nasale liés à l’inhalation de particules de latex
- Asthme professionnel : crises de dyspnée, sifflements, oppression thoracique survenant au poste de travail ou peu après
- Conjonctivite allergique : irritation, larmoiement, rougeur oculaire
- Réactions anaphylactiques : dans les cas les plus graves, choc anaphylactique nécessitant une prise en charge d’urgence
Le tableau 95 fixe un délai de prise en charge de 7 jours après la fin de l’exposition pour les manifestations cutanées et respiratoires. Passé ce délai, la reconnaissance reste possible mais nécessite un avis du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Il est donc crucial de consulter rapidement et de déclarer la maladie sans tarder.
Les travaux exposant aux protéines du latex
Le tableau fournit une liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies :
- Préparation, emploi et manipulation du latex naturel et des produits en renfermant
- Production et traitement du latex naturel
- Fabrication et utilisation d’objets en latex naturel (gants, sondes, ballons, préservatifs, etc.)
Cette liste est indicative et non limitative. Tout salarié exposé aux protéines du latex dans le cadre de son travail peut prétendre à la reconnaissance, même si son activité n’y figure pas expressément.
Sophie, infirmière dans un service hospitalier, utilise quotidiennement des gants en latex. Après 6 ans de pratique, elle développe une rhinite persistante puis des crises d’asthme au poste de travail. Des tests allergologiques confirment une sensibilisation aux protéines du latex. Sa pathologie est déclarée au titre du tableau 95. La CPAM reconnaît la maladie professionnelle et Sophie obtient une prise en charge à 100 % de ses soins ainsi qu’une rente pour incapacité permanente partielle de 15 %.
Conditions de reconnaissance de la maladie professionnelle au titre du tableau 95
Pour bénéficier d’une reconnaissance automatique, trois conditions doivent être réunies simultanément :
- La pathologie doit correspondre à l’une des affections désignées dans le tableau
- Le délai de prise en charge doit être respecté (7 jours après cessation de l’exposition)
- L’exposition professionnelle doit être établie par la nature des travaux effectués
Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, la victime peut tout de même engager une demande de reconnaissance par le biais du système complémentaire (CRRMP). Ce comité examine le lien direct entre la maladie et l’activité professionnelle.
Toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau est présumée d’origine professionnelle. La victime n’a pas à prouver le lien de causalité : c’est le principe de la présomption d’imputabilité.
Les démarches à accomplir
La déclaration de maladie professionnelle suit un parcours précis :
- Consultation médicale : obtenir un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et mentionnant le lien possible avec l’exposition au latex
- Déclaration à la CPAM : adresser le formulaire Cerfa n° 60-3950 accompagné du CMI dans un délai à respecter scrupuleusement
- Instruction par la CPAM : la caisse dispose de 120 jours pour statuer (délai pouvant être prolongé en cas de saisine du CRRMP)
- Expertise médicale : un médecin-conseil évalue le taux d’incapacité permanente
Il est recommandé de rassembler systématiquement : les comptes rendus médicaux, les résultats de tests allergologiques (prick-tests, dosage d’IgE spécifiques), les fiches de poste, les attestations de collègues et tout document prouvant l’exposition aux protéines du latex. Ces éléments seront déterminants en cas de contestation.
Indemnisation et recours en cas d’allergie professionnelle au latex
La reconnaissance de la maladie professionnelle donne accès à plusieurs droits :
- Prise en charge à 100 % des frais médicaux liés à la pathologie
- Indemnités journalières majorées pendant l’arrêt de travail
- Rente d’incapacité permanente si un taux d’IPP est fixé après consolidation
- Indemnisation complémentaire en cas de faute inexcusable de l’employeur
La faute inexcusable de l’employeur
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié à l’exposition au latex et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le salarié, une procédure en faute inexcusable peut être engagée. Cette action permet d’obtenir :
- La majoration de la rente d’incapacité permanente
- L’indemnisation intégrale des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, perte de qualité de vie, préjudice d’agrément
Marc travaille dans une usine de fabrication de gants en latex depuis 12 ans. Malgré les plaintes récurrentes de plusieurs salariés souffrant de réactions cutanées, l’employeur n’a jamais substitué les gants en latex par des alternatives sans protéines allergisantes ni mis en place de ventilation adaptée. Marc développe un asthme sévère reconnu au tableau 95. Accompagné par un avocat, il engage une procédure en faute inexcusable. Le tribunal lui accorde la majoration maximale de sa rente et une indemnisation complémentaire de 35 000 € pour ses préjudices personnels.
L’Association d’Aide aux Victimes de France met gratuitement en relation les victimes de maladies professionnelles avec des avocats spécialisés en droit du dommage corporel. Une évaluation de la situation permet de déterminer les recours possibles, notamment la faute inexcusable de l’employeur.
Prévention de l’allergie au latex en milieu professionnel
La prévention repose sur plusieurs mesures que l’employeur est tenu de mettre en œuvre :
- Substitution : remplacer les gants en latex naturel par des gants en nitrile ou en vinyle
- Suppression des gants poudrés : la poudre fixe les protéines allergisantes et favorise leur diffusion aéroportée
- Information et formation des salariés sur les risques liés au latex
- Surveillance médicale renforcée pour les postes exposés
- Aménagement du poste de travail en cas de sensibilisation avérée
– Le tableau 95 couvre les affections allergiques (urticaire, rhinite, asthme, choc anaphylactique) liées aux protéines du latex.
– Le délai de prise en charge est de 7 jours après cessation de l’exposition.
– La liste des travaux est indicative : tout salarié exposé peut demander la reconnaissance.
– En cas de manquement de l’employeur aux obligations de prévention, la faute inexcusable peut être invoquée.
– L’accompagnement par un avocat spécialisé permet de maximiser l’indemnisation.
Textes de référence
- Tableau n° 95 du régime général – Consulter sur Légifrance
- Créé par Décret n°97-454 du 30 avril 1997 – art. 1 JORF 8 mai 1997
Pour toute question complémentaire, il est possible de contacter la permanence de l’association.
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 95 des maladies professionnelles ?
Le tableau 95 couvre les affections allergiques provoquées par les protéines du latex (caoutchouc naturel) : urticaire de contact, rhinite, conjonctivite, asthme professionnel et réactions anaphylactiques. Ces pathologies doivent être confirmées par des examens allergologiques.
Quel est le délai de prise en charge pour une allergie au latex ?
Le délai de prise en charge fixé par le tableau 95 est de 7 jours après la cessation de l’exposition au latex. Si la déclaration intervient au-delà, le dossier peut être soumis au CRRMP pour une reconnaissance par voie complémentaire.
Quels professionnels sont les plus exposés à l'allergie au latex ?
Les professionnels de santé (infirmiers, chirurgiens, dentistes, aides-soignants), les travailleurs de l’industrie du caoutchouc, les agents d’entretien et les laborantins figurent parmi les plus exposés. Toutefois, tout salarié manipulant régulièrement des produits en latex naturel peut être concerné.
Comment prouver le lien entre l'allergie au latex et le travail ?
La preuve repose sur les tests allergologiques (prick-tests, IgE spécifiques), les certificats médicaux, les fiches de poste mentionnant l’utilisation de produits en latex et les témoignages de collègues. Si les conditions du tableau sont remplies, la présomption d’imputabilité s’applique automatiquement.
Peut-on obtenir une indemnisation supplémentaire en cas de faute de l'employeur ?
Oui. Si l’employeur n’a pas pris les mesures de prévention nécessaires (substitution du latex, ventilation, information des salariés), la victime peut engager une procédure en faute inexcusable de l’employeur. Cette action permet d’obtenir la majoration de la rente et l’indemnisation des préjudices personnels (souffrances, préjudice esthétique, perte de qualité de vie).
Témoignages
— Nathalie, aide-soignante, GirondeJ’ai commencé a avoir des démangeaisons aux mains y a 3 ans mais je pensais que c’etait juste une irritation. Quand j’ai fait les tests c’était bien une allergie au latex. Mon médecin m’a parlé du tableau 95 et j’ai fait ma déclaration. La CPAM a reconnu la maladie pro en 2 mois. Maintenant j’ai des gants en nitrile et je suis suivie. J’aurais du faire les demarches plus tôt franchement.
— Philippe, ouvrier en usine de gants, EssonneAprès 15 ans dans la fabrication de gants en latex j’ai développé un asthme qui m’empechait de travailler. C’est en passant par avf.fr que j’ai été mis en contact avec un avocat spécialisé. Il a monté un dossier de faute inexcusable parce que l’employeur avait jamais rien changé malgré les alertes. J’ai obtenu une rente majorée + 28 000€ d’indemnités complémentaires. Ça change la vie quand on est bien accompagné.
— Samira, infirmière bloc opératoire, Val-d'OiseAu debut je faisait juste des crises d’eternuements au bloc. Puis c’est devenu de l’asthme, j’ai du être reclassée. Le plus dur c’est que personne m’avais dit que ça pouvait être reconnu en maladie pro. Quand j’ai appris que le tableau 95 existait j’ai fait ma declaration et tout a été accepté. Je touche une rente de 12% et mes soins sont pris en charge à 100%. Renseignez vous c’est important.



