Lorsqu’une maladie ne remplit pas toutes les conditions d’un tableau de maladies professionnelles, ou lorsqu’elle n’y figure pas du tout, la reconnaissance au titre de la législation professionnelle n’est pas automatique. C’est dans ces situations que le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP) intervient. Ce comité médical constitue souvent la dernière étape avant un éventuel recours contentieux. Comprendre son fonctionnement, ses critères et les voies de contestation est essentiel pour toute personne souhaitant faire valoir ses droits à une prise en charge au titre de la maladie professionnelle.
Qu’est-ce que le CRRMP ?
Le CRRMP — Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles — est une instance médicale chargée d’évaluer le lien de causalité entre une pathologie et l’activité professionnelle d’un salarié. Il existe un CRRMP par région en France.

Ce comité est composé de trois médecins :
- Un médecin inspecteur du travail, spécialiste des conditions de travail ;
- Un professeur d’université-praticien hospitalier (PU-PH), expert médical ;
- Un médecin conseil régional de l’assurance maladie.
Ces trois praticiens examinent le dossier transmis par la CPAM et rendent un avis motivé sur l’origine professionnelle — ou non — de la maladie déclarée. La CPAM suit ensuite cet avis pour notifier sa décision au salarié.
Le salarié ne peut pas saisir directement le CRRMP. C’est la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) qui transmet le dossier au comité compétent. La victime doit donc adresser sa demande de reconnaissance à la CPAM, qui décide ensuite de saisir ou non le CRRMP.
Pourquoi le CRRMP est-il saisi ?
Le CRRMP n’intervient pas dans tous les dossiers de maladie professionnelle. Sa saisine est prévue dans deux cas bien précis définis par le Code de la sécurité sociale.
Cas n° 1 : la maladie figure dans un tableau mais les conditions ne sont pas remplies
La pathologie est bien inscrite dans l’un des tableaux des maladies professionnelles, mais une ou plusieurs conditions ne sont pas respectées. Cela peut concerner :
- La durée d’exposition au risque (trop courte par rapport au tableau) ;
- Le délai de prise en charge (maladie déclarée après le délai prévu) ;
- La nature des travaux exercés (non mentionnés dans la liste limitative).
Dans ce cas, le CRRMP doit déterminer si, malgré ces écarts, un lien direct existe entre le travail habituel et la pathologie.
Un ouvrier du bâtiment développe un syndrome du canal carpien, maladie inscrite au tableau 57. Cependant, la durée d’exposition documentée est inférieure au minimum requis par le tableau. La CPAM refuse la prise en charge automatique et saisit le CRRMP, qui examine l’ensemble des éléments médicaux et professionnels pour se prononcer.
Cas n° 2 : la maladie ne figure dans aucun tableau
La pathologie n’est désignée dans aucun tableau de maladies professionnelles. Dans cette hypothèse, le CRRMP ne peut être saisi que si la victime présente une incapacité permanente partielle (IPP) d’au moins 25 %, ou si la maladie a entraîné le décès du salarié.
Cet article prévoit les deux cas de saisine du CRRMP : maladie inscrite dans un tableau mais ne remplissant pas toutes les conditions, ou maladie hors tableau avec une IPP d’au moins 25 % ou décès.
Ce seuil de 25 % d’incapacité est souvent un obstacle pour les victimes atteintes de pathologies graves mais dont le taux d’IPP fixé reste en dessous. Un accompagnement médical rigoureux et un dossier solide sont alors indispensables.
Comment saisir le CRRMP : la procédure à suivre
La victime ne saisit pas le CRRMP directement. La procédure passe obligatoirement par la CPAM. Voici les étapes concrètes.
Constituer un dossier complet auprès de la CPAM
La qualité du dossier transmis au CRRMP est déterminante. Il doit contenir :
- Une demande motivée signée par le salarié ou ses ayants droit ;
- Le certificat médical initial décrivant la pathologie ;
- Un rapport de l’employeur précisant les postes occupés, les conditions de travail et les expositions aux risques ;
- Le rapport du médecin conseil de la CPAM ;
- Tout document complémentaire utile : attestations de collègues, fiches de poste, résultats d’examens, rapports d’expertise.
Le CRRMP statue uniquement sur pièces. Si le dossier manque d’éléments probants — certificats médicaux imprécis, absence de description détaillée des postes — le comité peut rendre un avis défavorable. Il est recommandé de se faire assister par un médecin expert de recours pour consolider le volet médical du dossier.
Transmission et instruction par la CPAM
Une fois le dossier constitué, la CPAM le transmet au CRRMP compétent (celui de la région du domicile du salarié). Le comité instruit le dossier et peut, si nécessaire, demander des examens ou enquêtes complémentaires.
Délais de décision du CRRMP
Le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles dispose d’un délai de 4 mois à compter de sa saisine pour rendre son avis. Ce délai peut être prolongé de 2 mois supplémentaires lorsque des examens ou enquêtes complémentaires sont nécessaires.
4 mois : délai standard de rendu de l’avis. 6 mois maximum en cas d’investigations complémentaires. Au-delà, l’absence de réponse peut être considérée comme un refus implicite, ouvrant la voie à un recours.
En pratique, les délais varient selon les régions et la complexité du dossier. Pendant l’instruction, la victime ne perçoit pas encore les prestations liées à la reconnaissance de maladie professionnelle, ce qui peut créer une situation financière difficile.
Décision et contestation de l’avis du CRRMP
Le CRRMP rend un avis motivé, favorable ou défavorable, que la CPAM suit pour notifier sa décision au salarié. Il est essentiel de vérifier attentivement le contenu de l’avis rendu : les motifs doivent être précis et étayés.
Contester un avis défavorable du CRRMP
En cas de refus de reconnaissance, plusieurs voies de recours existent.
Étape 1 : Saisir la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CPAM dans un délai de 2 mois suivant la notification du refus. En pratique, la CRA confirme dans la grande majorité des cas la décision initiale.
Étape 2 : Saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Le juge peut alors, conformément à l’article R. 142-24-2 du Code de la sécurité sociale, solliciter l’avis d’un CRRMP d’une autre région. Cette consultation par un comité différent permet un réexamen indépendant du dossier.
1. Vérifier la motivation de l’avis du CRRMP.
2. Saisir la CRA dans les 2 mois suivant le refus.
3. En cas de rejet par la CRA, saisir le pôle social du tribunal judiciaire.
4. Le tribunal peut demander l’avis d’un CRRMP d’une autre région.
5. Se faire accompagner par un avocat spécialisé dès l’étape contentieuse.
Pour approfondir les différentes voies de recours, il est utile de consulter les informations relatives à comment contester une décision de maladie professionnelle.
Lorsque le CRRMP rend un avis défavorable et que la CRA confirme le refus, la saisine du tribunal judiciaire nécessite une argumentation juridique et médicale solide. L’Aide aux Victimes de France peut orienter vers un avocat spécialisé en droit de la sécurité sociale pour accompagner cette démarche.
Adresses des CRRMP : où s’adresser ?
Les CRRMP ne disposent pas d’adresse postale publique directe. Le salarié n’a pas à écrire au comité lui-même. C’est la CPAM du lieu de résidence qui est l’unique interlocuteur.
Pour connaître les coordonnées du CRRMP compétent, il convient de contacter sa caisse primaire d’assurance maladie. Celle-ci pourra indiquer les modalités de transmission du dossier et le CRRMP de rattachement.
Avant même la saisine du CRRMP, il peut être judicieux de faire évaluer son dossier par un médecin expert indépendant. L’annuaire des médecins experts permet de trouver un professionnel apte à renforcer la partie médicale du dossier.
Questions fréquentes
Qui peut saisir le CRRMP ?
Seule la CPAM peut saisir le CRRMP. Le salarié doit adresser sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle à sa caisse primaire, qui décide ensuite de transmettre le dossier au comité compétent.
Quel est le taux d'IPP minimum pour une maladie hors tableau ?
Lorsque la maladie ne figure dans aucun tableau de maladies professionnelles, le CRRMP ne peut être saisi que si le taux d’incapacité permanente partielle est d’au moins 25 %, ou si la maladie a provoqué le décès du salarié.
Combien de temps le CRRMP met-il pour rendre sa décision ?
Le CRRMP dispose de 4 mois pour rendre son avis. Un délai supplémentaire de 2 mois est possible si des examens complémentaires sont nécessaires, soit 6 mois au maximum.
Peut-on contester un avis défavorable du CRRMP ?
Oui. La victime peut d’abord saisir la Commission de Recours Amiable (CRA), puis le pôle social du tribunal judiciaire. Le tribunal peut demander l’avis d’un CRRMP d’une autre région pour un réexamen indépendant.
Le CRRMP peut-il convoquer la victime ?
Le CRRMP statue principalement sur pièces. Il peut toutefois demander des examens complémentaires, mais il ne convoque pas systématiquement la victime pour une audition.
Témoignages
— Laurent M., ancien cariste, MeuseJ’ai déclaré une lombalgie chronique liée a mes 20 ans de manutention. Le tableau 98 était pas totalement rempli parce que mon délai de prise en charge était dépassé de quelques mois. La CPAM a saisi le CRRMP et au bout de 3 mois et demi j’ai reçu un avis favorable. Reconnu en maladie pro, ça a changé ma vie pour les soins et l’indemnisation. Faut pas lacher.
— Sandrine B., aide-soignante, HéraultMa maladie était pas dans les tableaux, un burn-out sévère avec dépression. Mon médecin traitant m’a dit que c’etait lié au travail mais la CPAM a refusé car mon taux d’IPP était a 20%, en dessous des 25%. J’ai contacté avf.fr et ils m’ont orienté vers un avocat qui a contesté le taux. Finalement après expertise judiciaire mon taux est passé a 28% et le CRRMP d’une autre région a reconnu le lien. Ça a pris du temps mais ça valait le coup.
— Mehdi K., technicien maintenance, AinMon dossier au CRRMP a été refusé une première fois. J’ai fait la CRA, refusé aussi. C’est quand j’ai saisi le tribunal avec un avocat spécialisé que ça a bougé. Le juge a demandé l’avis d’un autre CRRMP et la bas ils ont reconnu ma tendinite comme maladie professionnelle. Sans l’avocat j’aurai abandonné, c’est sur.



