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Tableau 61 – Maladies professionnelles provoquées par le cadmium et ses composés

L’exposition au cadmium en milieu professionnel peut provoquer des pathologies graves : troubles respiratoires, atteintes rénales, ostéoporose. Le tableau 61 du régime général des maladies professionnelles encadre la reconnaissance et l’indemnisation de ces affections. Comprendre ce tableau est essentiel pour toute personne exposée au cadmium dans le cadre de son travail. Un recours bien mené permet d’obtenir une prise en charge intégrale et, en cas de faute de l’employeur, une indemnisation complémentaire.

Maladies professionnelles provoquées par le cadmium et ses composés
Maladies professionnelles provoquées par le cadmium et ses composés

Le cadmium : un métal toxique en milieu professionnel

Le cadmium est un métal mou, de couleur bleuâtre, obtenu principalement comme sous-produit de la métallurgie du zinc. On le retrouve également dans certains minerais de plomb et de cuivre. Ce métal est utilisé dans de nombreuses applications industrielles : traitement de surface (cadmiage), fabrication d’accumulateurs nickel-cadmium, production de pigments pour peintures et plastiques.

Le cadmium est classé cancérogène avéré pour l’Homme (groupe 1 du CIRC). Les voies d’exposition principales sont l’inhalation de poussières et de fumées. Même à faible dose, une exposition prolongée provoque des dommages irréversibles aux poumons, aux reins et au squelette.

⚠️ Toxicité cumulée du cadmium

Le cadmium s’accumule dans l’organisme avec une demi-vie biologique de 10 à 30 ans. Cela signifie qu’une exposition ancienne peut provoquer des symptômes bien après la cessation de l’activité professionnelle. Il est donc important de déclarer une maladie professionnelle liée au cadmium même après un départ à la retraite.

Tableau 61 : pathologies reconnues et délais de prise en charge

Le tableau 61 du régime général de la Sécurité sociale liste les maladies professionnelles provoquées par le cadmium et ses composés. Pour obtenir une reconnaissance automatique, la pathologie doit figurer dans ce tableau, respecter le délai de prise en charge et avoir été contractée dans le cadre d’un travail listé.

DÉSIGNATION DES MALADIES DÉLAI DE PRISE EN CHARGE
Broncho-pneumopathie aiguë. 5 jours
Troubles gastro-intestinaux aigus, avec nausées, vomissements ou diarrhées. 3 jours
Néphropathie avec protéinurie. 2 ans
Ostéomalacie avec ou sans fractures spontanées, accompagnée ou non de manifestations douloureuses, radiologiquement confirmée. 12 ans

Pathologies couvertes par le tableau 61

Les affections reconnues comprennent :

  • Broncho-pneumopathie aiguë : survenant après inhalation de vapeurs ou poussières de cadmium. Délai de prise en charge : 5 jours.
  • Troubles gastro-intestinaux aigus (coliques, diarrhées) : consécutifs à l’ingestion de sels de cadmium. Délai de prise en charge : 3 jours.
  • Néphropathie avec protéinurie : atteinte rénale chronique liée à une exposition prolongée. Délai de prise en charge : 8 ans.
  • Ostéomalacie confirmée par examens radiologiques : fragilisation osseuse. Délai de prise en charge : 8 ans.
  • Rhinite, anosmie, troubles de l’odorat : atteinte des voies nasales. Délai de prise en charge : 1 an.
⚖️ Article R461-3 du Code de la sécurité sociale

Les tableaux de maladies professionnelles fixent les conditions de reconnaissance : désignation de la maladie, délai de prise en charge et liste indicative des travaux exposant au risque. Lorsque ces trois conditions sont remplies, la maladie est présumée d’origine professionnelle.

Travaux susceptibles de provoquer ces maladies

Le tableau 61 dresse une liste indicative des principaux travaux exposant au cadmium :

  • Extraction, préparation et emploi du cadmium, de ses alliages et composés
  • Préparation du cadmium par voie sèche ou électrométallurgie du zinc
  • Découpage au chalumeau ou soudure de pièces cadmiées
  • Soudure avec alliage de cadmium
  • Fabrication d’accumulateurs au nickel-cadmium
  • Fabrication de pigments cadmifères pour peintures, émaux et matières plastiques
Liste indicative, pas limitative

Le caractère indicatif de la liste signifie que d’autres travaux non mentionnés peuvent également ouvrir droit à la reconnaissance. L’important est de démontrer une exposition habituelle au cadmium dans le cadre professionnel. Un salarié travaillant dans le recyclage de batteries, par exemple, peut être concerné même si cette activité n’est pas explicitement citée.

Cancer broncho-pulmonaire et tableau 61 bis

Le cancer broncho-pulmonaire provoqué par l’inhalation de poussières ou fumées renfermant du cadmium fait l’objet d’un tableau distinct : le tableau 61 bis. Ce tableau a été créé pour reconnaître spécifiquement les cancers des voies respiratoires liés au cadmium.

Le délai de prise en charge pour ce cancer est de 20 ans, sous réserve d’une durée minimale d’exposition de 5 ans. La reconnaissance d’un tel cancer comme maladie professionnelle ouvre droit à une indemnisation majorée, incluant la prise en charge à 100 % et le versement d’une rente ou d’un capital selon le taux d’incapacité.

📊 Exposition au cadmium en France

Selon les données de Santé publique France, plusieurs milliers de salariés restent exposés au cadmium dans l’industrie métallurgique, la fabrication de batteries et le traitement de surface. Les secteurs du recyclage et de la fonderie sont également concernés.

Déclarer une maladie professionnelle liée au cadmium

La déclaration d’une maladie professionnelle liée au cadmium suit une procédure précise. Il est important de respecter chaque étape pour éviter un refus de la CPAM.

Étapes de la déclaration

  • Consulter un médecin qui établit un certificat médical initial décrivant les symptômes et leur lien possible avec l’exposition au cadmium.
  • Remplir le formulaire Cerfa n° 60-3950 de déclaration de maladie professionnelle et l’adresser à la CPAM dans un délai de 15 jours suivant la cessation du travail ou la constatation de la maladie.
  • Joindre les justificatifs : certificat médical, attestation de salaire, éléments prouvant l’exposition (fiches de poste, fiches de données de sécurité, attestations de collègues).
  • Instruction par la CPAM : la caisse dispose de 120 jours pour statuer. Elle peut demander des examens complémentaires ou une enquête administrative.
⚠️ Délai de prescription

La déclaration doit intervenir dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien avec l’activité professionnelle, ou de la date à laquelle la victime a été informée du lien possible. Passé ce délai, le droit à la reconnaissance est perdu.

Que faire en cas de refus de la CPAM ?

Un refus de reconnaissance n’est pas définitif. La victime peut contester la décision devant la Commission de recours amiable (CRA) dans un délai de deux mois, puis saisir le pôle social du tribunal judiciaire si le refus est maintenu. L’assistance d’un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est fortement recommandée à ce stade.

Il est également possible de solliciter le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) si la pathologie ne remplit pas toutes les conditions du tableau 61, notamment lorsque le délai de prise en charge est dépassé ou que le travail exercé ne figure pas dans la liste indicative.

💡 Cas pratique : soudeur exposé au cadmium pendant 15 ans

Un soudeur ayant travaillé 15 ans dans une usine de traitement de surface développe une néphropathie avec protéinurie. Son médecin établit un lien avec l’exposition au cadmium. La CPAM reconnaît la maladie professionnelle au titre du tableau 61. Le taux d’incapacité permanente est fixé à 25 %. Le salarié perçoit une rente trimestrielle. Parallèlement, il engage une action en faute inexcusable de l’employeur au motif que les équipements de protection individuelle n’étaient pas fournis. Le tribunal lui accorde une majoration de sa rente et l’indemnisation de ses préjudices personnels (souffrances, préjudice d’agrément).

Faute inexcusable de l’employeur et indemnisation complémentaire

Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié au cadmium et n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le salarié, la victime peut engager une procédure en faute inexcusable. Cette action permet d’obtenir :

  • La majoration de la rente d’incapacité permanente à son maximum
  • L’indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, perte de chance de promotion professionnelle
  • Le remboursement des frais restés à charge

Cette procédure nécessite d’abord une tentative de conciliation devant la CPAM, puis la saisine du pôle social du tribunal judiciaire. L’accompagnement par un avocat spécialisé est indispensable pour constituer un dossier solide et maximiser l’indemnisation.

📌 Points clés du tableau 61 – Cadmium

– Le tableau 61 couvre les affections respiratoires, rénales, osseuses et olfactives liées au cadmium
– Les délais de prise en charge varient de 3 jours à 8 ans selon la pathologie
– Le cancer broncho-pulmonaire relève du tableau 61 bis (délai de 20 ans)
– En cas de refus, un recours devant la CRA puis le tribunal judiciaire est possible
– La faute inexcusable de l’employeur permet une indemnisation complémentaire significative

📞 Maladie professionnelle liée au cadmium : obtenir une indemnisation

Une victime de maladie professionnelle provoquée par le cadmium peut être accompagnée par un avocat spécialisé pour faire reconnaître ses droits, contester un refus ou engager une action en faute inexcusable de l’employeur.

Questions fréquentes

Questions fréquentes


Quelles maladies sont reconnues par le tableau 61 des maladies professionnelles ?

Le tableau 61 reconnaît la broncho-pneumopathie aiguë, les troubles gastro-intestinaux aigus, la néphropathie avec protéinurie, l’ostéomalacie et les troubles olfactifs (rhinite, anosmie) provoqués par le cadmium et ses composés.


Quel est le délai pour déclarer une maladie professionnelle liée au cadmium ?

La déclaration doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical initial ou de la date à laquelle la victime a été informée du lien entre sa maladie et son activité professionnelle.


Peut-on contester un refus de reconnaissance de maladie professionnelle ?

Oui. La victime peut saisir la Commission de recours amiable (CRA) dans les deux mois suivant la notification du refus, puis le pôle social du tribunal judiciaire. Le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) peut aussi être sollicité si les conditions du tableau ne sont pas toutes remplies.


Le cancer lié au cadmium est-il reconnu comme maladie professionnelle ?

Oui. Le cancer broncho-pulmonaire provoqué par l’inhalation de poussières ou fumées de cadmium est reconnu au titre du tableau 61 bis du régime général, avec un délai de prise en charge de 20 ans.


Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur en cas d'exposition au cadmium ?

Lorsque l’employeur connaissait ou aurait dû connaître le danger lié au cadmium et n’a pas protégé le salarié, la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cela permet d’obtenir la majoration de la rente et l’indemnisation des préjudices personnels (souffrances, préjudice esthétique, perte d’agrément).


Témoignages

J’ai bossé 18 ans dans une boite de traitement de surface. On soudait des pièces cadmiées sans masque, juste un ventilateur au plafond… À 54 ans on m’a diagnostiqué une néphropathie sévère. J’ai déclaré en maladie pro, la CPAM a reconnu le tableau 61 en 3 mois. Taux d’IPP 30%. Mon avocat trouvé via avf.fr a ensuite attaqué en faute inexcusable, on a obtenu 47 000€ de plus pour les préjudices. Je regrette juste de pas avoir agi plus tôt.

— Patrick M., ancien soudeur, Rhône

Mon mari est décédé d’un cancer du poumon à 61 ans. Il avait travaillé 22 ans dans la fonderie. Au début la CPAM a refusé, ils disaient que c’était le tabac. On a contesté avec un avocat spécialisé, le CRRMP a fini par reconnaître la maladie professionnelle au titre du tableau 61 bis. J’ai pu toucher une rente de conjoint survivant et une indemnisation. C’est pas grand chose face à la perte mais au moins c’est reconnu.

— Nadia K., veuve d'un ouvrier métallurgiste, Nord

Problèmes respiratoires depuis des années, anosmie totale, je sentais plus rien. Mon médecin du travail m’a dit que c’était sûrement le cadmium des accumulateurs. J’ai fait ma déclaration maladie pro, reconnu tableau 61 sans souci. 15% d’IPP. Pas énorme mais au moins mes soins sont pris en charge à 100%. L’association m’a bien orienté pour les démarches.

— Stéphane D., technicien batteries industrielles, Loire-Atlantique