Les amines aromatiques sont des substances chimiques présentes dans de nombreux secteurs industriels. L’exposition professionnelle prolongée à ces composés peut provoquer des pathologies graves, allant de troubles hématologiques à des cancers de la vessie. Le tableau 15 des maladies professionnelles du régime général permet aux travailleurs exposés de faire reconnaître ces affections et d’obtenir une indemnisation. Comprendre les conditions de ce tableau est la première étape pour engager un recours efficace.
Qu’est-ce que les amines aromatiques ?
Les amines aromatiques sont des composés chimiques organiques dérivés de l’aniline. Elles se présentent sous forme solide ou liquide. Leur structure moléculaire comprend un ou plusieurs groupes aminés (-NH₂) fixés sur un noyau benzénique.

Ces substances sont largement utilisées dans l’industrie pour la fabrication de :
- Matières colorantes et pigments (teintures textiles, encres)
- Produits pharmaceutiques
- Caoutchouc et matières plastiques (accélérateurs de vulcanisation, antioxydants)
- Pesticides et herbicides
- Produits cosmétiques (certaines teintures capillaires)
Le tableau 15 vise non seulement les amines aromatiques elles-mêmes, mais aussi leurs sels et leurs dérivés, notamment les formes hydroxylées, halogénées, nitrées, nitrosées et sulfonées. Cette liste élargie couvre un spectre très large de substances toxiques rencontrées en milieu professionnel.
Certaines amines aromatiques comme la benzidine, le 2-naphtylamine ou le 4-aminobiphényle sont classées cancérogènes avérés pour l’homme (groupe 1 du CIRC). Leur utilisation est interdite ou strictement réglementée en France, mais des expositions passées peuvent encore donner lieu à des maladies professionnelles aujourd’hui.
Affections provoquées par les amines aromatiques et conditions de reconnaissance
Le tableau 15 des maladies professionnelles répertorie les affections provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et leurs dérivés. Pour qu’une maladie soit reconnue au titre de ce tableau, trois conditions doivent être réunies simultanément.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Troubles neurologiques à type de somnolence, narcose, coma. | 3 jours |
| Cyanose, subictère. | 10 jours |
| Hémoglobinurie lorsque ces maladies comportent une hémolyse et une méthémoglobinémie (en dehors des cas considérés comme accidents du travail). | 10 jours |
| Dermites irritatives. | 7 jours |
Les pathologies désignées par le tableau 15
Les affections reconnues dans ce tableau comprennent principalement :
- Troubles hématologiques : anémie hémolytique, méthémoglobinémie (transformation anormale de l’hémoglobine empêchant le transport de l’oxygène)
- Troubles vésicaux : cystites, hématuries (présence de sang dans les urines)
- Atteintes hépatiques : ictère toxique (jaunisse liée à une atteinte du foie)
- Affections cutanées : dermites eczématiformes, dermites irritatives
Les tumeurs de la vessie causées par les amines aromatiques font l’objet d’un tableau spécifique : le tableau 15 ter relatif aux lésions prolifératives de la vessie. Ce tableau complémentaire couvre les cancers vésicaux avec un délai de prise en charge pouvant atteindre 30 ans après la fin de l’exposition.
Délai de prise en charge
Le délai de prise en charge correspond à la durée maximale entre la fin de l’exposition professionnelle et la constatation médicale de la maladie. Pour le tableau 15, ce délai varie selon la pathologie concernée :
- 30 jours pour les troubles hématologiques aigus (méthémoglobinémie, anémie)
- 30 jours pour les dermites
- 30 jours pour les ictères toxiques
Ces délais relativement courts signifient que la maladie doit apparaître rapidement après l’exposition. Toutefois, pour les pathologies cancéreuses, il convient de se référer au tableau 15 ter qui prévoit des délais bien plus longs.
La reconnaissance d’une maladie professionnelle obéit à un système de présomption d’imputabilité. Si la maladie figure dans un tableau, si le délai de prise en charge est respecté et si le travailleur a exercé un travail listé, la maladie est présumée professionnelle sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.
Travaux susceptibles de provoquer ces affections
Le tableau 15 fournit une liste indicative des principaux travaux exposant aux amines aromatiques :
- Préparation, emploi et manipulation des amines aromatiques
- Manipulation de leurs sels et de leurs dérivés hydroxylés, halogénés, nitrosés, nitrés et sulfonés
- Travail dans l’industrie des colorants et pigments
- Fabrication de produits pharmaceutiques utilisant ces composés
- Travail dans l’industrie du caoutchouc et des matières plastiques
Le caractère indicatif de cette liste est important. D’autres activités professionnelles exposant aux amines aromatiques peuvent également ouvrir droit à la reconnaissance, même si elles ne sont pas expressément mentionnées.
Un salarié travaille pendant 12 ans dans une usine de fabrication de teintures textiles. Il manipule quotidiennement des composés à base d’amines aromatiques. Quelques semaines après un épisode d’exposition intense, il développe une méthémoglobinémie diagnostiquée par son médecin. La pathologie figure au tableau 15, le délai de prise en charge de 30 jours est respecté, et son activité correspond aux travaux listés. Sa maladie est reconnue comme professionnelle par présomption.
Démarches pour faire reconnaître une maladie professionnelle liée aux amines aromatiques
La reconnaissance d’une affection liée aux amines aromatiques en tant que maladie professionnelle suit une procédure précise auprès de la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie).
Étapes de la déclaration
- Consultation médicale : le médecin traitant ou le médecin du travail établit un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie constatée
- Déclaration à la CPAM : la victime adresse le formulaire Cerfa de déclaration accompagné du CMI et des deux premiers volets dans un délai de 15 jours suivant la cessation du travail ou la constatation de la maladie
- Instruction par la CPAM : la caisse dispose de 120 jours pour rendre sa décision. Elle peut diligenter une enquête administrative ou solliciter un avis médical
- Décision : en cas d’acceptation, la victime bénéficie d’une prise en charge à 100 % des soins et d’indemnités journalières majorées
La déclaration de maladie professionnelle doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien possible avec l’activité professionnelle. Passé ce délai, le droit à la reconnaissance est prescrit.
En cas de refus de la CPAM
Si la CPAM rejette la demande de reconnaissance, plusieurs voies de recours existent :
- Commission de recours amiable (CRA) : saisine dans les 2 mois suivant la notification du refus
- Pôle social du tribunal judiciaire : si la CRA confirme le refus, la victime peut saisir le tribunal
- Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) : lorsque toutes les conditions du tableau ne sont pas strictement remplies, ce comité peut néanmoins reconnaître le caractère professionnel de la maladie
Il existe aussi des pathologies liées aux dérivés halogénés des hydrocarbures aromatiques qui peuvent être reconnues au titre d’autres tableaux. Un avocat spécialisé peut aider à déterminer le tableau le plus adapté à la situation.
En cas de refus de reconnaissance ou de contestation d’un taux d’incapacité, un avocat spécialisé en droit du dommage corporel peut accompagner la victime dans ses démarches. L’association AVF met gratuitement en relation avec des avocats compétents.
Indemnisation et réparation des préjudices
Une fois la maladie professionnelle reconnue, la victime bénéficie de droits à indemnisation. Le niveau de réparation dépend de la gravité des séquelles et de l’existence éventuelle d’une faute de l’employeur.
Indemnisation de base par la CPAM
La reconnaissance au titre du tableau 15 ouvre droit à :
- Prise en charge à 100 % des frais médicaux liés à la maladie
- Indemnités journalières majorées pendant l’arrêt de travail (80 % du salaire à partir du 29ᵉ jour)
- Rente ou capital en cas d’incapacité permanente, selon le taux fixé par le médecin-conseil
La faute inexcusable de l’employeur
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié aux amines aromatiques et qu’il n’a pas pris les mesures de protection nécessaires, la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir une indemnisation complémentaire couvrant l’ensemble des préjudices :
- Souffrances endurées (pretium doloris)
- Préjudice esthétique
- Préjudice d’agrément (perte de loisirs, activités impossibles)
- Perte de chance de promotion professionnelle
- Le tableau 15 couvre les affections provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et dérivés
- Les pathologies visées incluent troubles hématologiques, cutanés, hépatiques et vésicaux
- Le délai de prise en charge est de 30 jours pour la plupart des affections
- Les cancers de la vessie relèvent du tableau 15 ter avec un délai de 30 ans
- En cas de faute inexcusable de l’employeur, l’indemnisation peut être considérablement majorée
Références légales du tableau 15
- Tableau n° 15 – Consulter l’article sur Légifrance
- Modifié par Décret n°95-1196 du 6 novembre 1995 – art. 1
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 15 des maladies professionnelles ?
Le tableau 15 couvre les affections provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et dérivés. Il s’agit principalement de la méthémoglobinémie, de l’anémie hémolytique, de l’ictère toxique, des dermites eczématiformes et des troubles vésicaux comme l’hématurie. Les cancers de la vessie sont traités par le tableau 15 ter.
Quel est le délai de prise en charge du tableau 15 ?
Le délai de prise en charge est de 30 jours pour la plupart des affections listées. Cela signifie que la maladie doit être constatée médicalement dans les 30 jours suivant la fin de l’exposition professionnelle aux amines aromatiques.
Comment déclarer une maladie professionnelle liée aux amines aromatiques ?
La victime doit obtenir un certificat médical initial de son médecin, puis adresser à la CPAM le formulaire de déclaration de maladie professionnelle accompagné de ce certificat. La déclaration doit intervenir dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical.
Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance de la maladie professionnelle ?
En cas de refus, la victime peut saisir la commission de recours amiable (CRA) dans les 2 mois. Si le refus est maintenu, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. Le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) peut aussi être saisi si les conditions du tableau ne sont pas toutes remplies.
Peut-on obtenir une indemnisation complémentaire en cas de maladie liée aux amines aromatiques ?
Oui. Si l’employeur a commis une faute inexcusable en n’assurant pas la protection du salarié malgré la connaissance du risque, la victime peut obtenir une majoration de sa rente et l’indemnisation de préjudices complémentaires comme les souffrances endurées ou le préjudice esthétique.
Témoignages
— Patrick L., ancien ouvrier en chimie, 62 ansJ’ai travaillé pendant 18 ans dans une usine de colorants. On manipulait les amines aromatiques sans vrai équipement de protection, juste des gants basiques. En 2019, on m’a diagnostiqué une hématurie puis des lésions vésicales. Mon médecin m’a dit que c’était probablement lié à mon ancien boulot. J’ai fait ma déclaration à la CPAM, ça a été reconnu en maladie pro au titre du tableau 15 ter. Grâce à avf.fr j’ai été mis en contact avec un avocat qui m’a aidé pour la faute inexcusable. J’ai obtenu plus de 45 000 € d’indemnisation complémentaire. Faut pas laisser tomber.
— Sophie M., technicienne de laboratoire, 48 ansJ’ai développé une anémie sévère y’a 3 ans, mon médecin du travail a tout de suite fait le rapprochement avec les produits qu’on utilisait au labo. La déclaration en maladie professionnelle a été acceptée en 2 mois. Par contre pour le taux d’incapacité j’ai trouvé ça trop bas, 8%. J’ai contesté avec l’aide d’un avocat et on est passé à 15%. Ca change tout pour la rente.
— Rachid K., agent de maintenance, 55 ansPendant des années j’ai nettoyé des cuves qui contenaient des produits chimiques, dont des amines aromatiques. J’ai eu des problèmes de peau chroniques, des dermites qui partaient pas. J’ai mis du temps avant de comprendre que c’étais lié au travail. Un collègue m’a parlé de l’association AVF, ils m’ont expliqué le tableau 15 et orienté vers un avocat. Ma maladie pro a été reconnue. Je regrette juste de pas avoir agi plus tôt.



