Les travailleurs agricoles exposés à des poussières végétales, animales ou fongiques peuvent développer des affections respiratoires professionnelles de mécanisme allergique. Le tableau 45 du régime agricole des maladies professionnelles encadre la reconnaissance et l’indemnisation de ces pathologies. Comprendre ce tableau est essentiel pour engager un recours efficace et obtenir une juste réparation du préjudice subi.

Qu’est-ce qu’une affection respiratoire professionnelle de mécanisme allergique ?
Une affection respiratoire de mécanisme allergique est une pathologie des voies aériennes provoquée par une réaction immunitaire anormale à une substance présente dans l’environnement de travail. Le système immunitaire du salarié agricole réagit de manière excessive à un allergène inhalé, ingéré ou touché dans le cadre de son activité.
Ces affections se manifestent sous différentes formes :
- Rhinite allergique : inflammation de la muqueuse nasale avec éternuements, écoulement nasal et obstruction
- Asthme professionnel : crises de dyspnée sifflante liées à l’exposition à un allergène sur le lieu de travail
- Alvéolite allergique extrinsèque (poumon de fermier) : inflammation des alvéoles pulmonaires causée par l’inhalation de poussières organiques
- Syndrome obstructif récidivant ou permanent directement lié à l’activité agricole
Une affection respiratoire de mécanisme allergique suppose une sensibilisation préalable de l’organisme. Ce n’est pas la simple irritation des voies respiratoires. Le diagnostic repose sur des tests immunologiques (prick-tests, dosage des IgE spécifiques) et des épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR). Ces éléments sont déterminants pour la reconnaissance en maladie professionnelle.
Le tableau 45 du régime agricole : conditions de reconnaissance
Le tableau 45 fixe les conditions médicales, professionnelles et administratives nécessaires pour qu’une affection respiratoire allergique soit reconnue comme maladie professionnelle indemnisable au titre du régime agricole.
| Désignation des maladies | Délai de prise en charge |
|---|---|
| A. – Rhinite récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par test. | 7 jours |
| Asthme – ou dyspnée asthmatiforme – objectivé par explorations fonctionnelles respiratoires récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmé par test. | 7 jours |
| B. – Pneumopathie interstitielle aiguë ou subaiguë avec :- signes respiratoires (toux, dyspnée) et/ou signes généraux ;- signes radiologiques ;- altération des explorations fonctionnelles respiratoires ;- signes immunologiques significatifs (présence d’anticorps précipitants dans le sérum contre l’agent pathogène présumé responsable ou, en l’absence, présence d’une alvéolite lymphocytaire au lavage broncho-alvéolaire). | 30 jours |
| C. – Pneumopathie chronique avec signes radiologiques, altération des explorations fonctionnelles respiratoires, lorsqu’il y a des signes immunologiques significatifs. | 3 ans |
| D. – Complications de l’asthme – ou dyspnée asthmatiforme -, de la pneumopathie interstitielle aiguë, subaiguë ou chronique :- insuffisance respiratoire chronique ;- insuffisance ventriculaire droite. | 15 ans |
Maladies désignées et délais de prise en charge
Le tableau 45 couvre plusieurs pathologies, chacune associée à un délai de prise en charge spécifique. Ce délai correspond à la durée maximale entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie :
- Rhinite récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par test : délai de 7 jours
- Asthme objectivé par explorations fonctionnelles respiratoires, récidivant en cas de nouvelle exposition ou confirmé par test : délai de 7 jours
- Alvéolite allergique extrinsèque (syndrome respiratoire avec signes radiologiques, explorations fonctionnelles et immunologiques) : délai de 30 jours
- Insuffisance respiratoire chronique obstructive secondaire à la maladie asthmatique : pas de délai spécifique, mais nécessité de démontrer le lien avec l’exposition
Le tableau 45 a été modifié par le décret n° 2009-1295 du 23 octobre 2009. Il élargit la liste des pathologies reconnues et précise les conditions d’exposition pour les travailleurs du régime agricole.
Travaux et expositions concernés
Le tableau 45 dresse une liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces affections respiratoires allergiques. Cette liste n’est pas exhaustive : d’autres situations d’exposition peuvent être prises en compte.
Les travaux visés concernent la manipulation ou l’emploi habituel de tous produits, ainsi que les travaux exposant à l’inhalation de poussières provenant notamment de :
- La manipulation de foin moisi ou de particules végétales moisies (poumon de fermier)
- L’exposition aux poussières d’origine aviaire (élevage de volailles, pigeons)
- L’affinage de fromages
- La culture des champignons de couche
- Le broyage ou le stockage des graines de céréales alimentaires : blé, orge, seigle
- L’ensachage de la farine et son utilisation industrielle ou artisanale
- L’élevage des petits animaux de laboratoire
- La préparation de fourrures
- La manipulation, le traitement et l’usinage des bois, ainsi que tous travaux exposant aux poussières de bois
Un éleveur bovin de 52 ans manipule quotidiennement du foin stocké dans une grange humide. Après plusieurs épisodes de fièvre, toux et essoufflement survenant quelques heures après l’exposition, son médecin diagnostique une alvéolite allergique extrinsèque. Les tests immunologiques confirment une sensibilisation aux actinomycètes thermophiles présents dans le foin moisi. La déclaration est effectuée au titre du tableau 45. La MSA reconnaît la maladie professionnelle et l’éleveur bénéficie d’une prise en charge intégrale de ses soins ainsi que d’une rente pour incapacité permanente partielle de 25 %.
Déclarer une affection respiratoire professionnelle au titre du tableau 45
La reconnaissance d’une maladie professionnelle au titre du tableau 45 du régime agricole suppose une démarche déclarative précise auprès de la Mutualité Sociale Agricole (MSA).
Les étapes de la déclaration
La victime doit :
- Consulter un médecin qui établit un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et son lien avec l’activité professionnelle
- Remplir le formulaire de déclaration de maladie professionnelle et l’adresser à la MSA
- Joindre les résultats des examens complémentaires : EFR, tests allergologiques, imagerie thoracique
La déclaration de maladie professionnelle doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien entre la pathologie et l’activité professionnelle. Passé ce délai, le droit à indemnisation est prescrit. Il est impératif d’agir rapidement dès l’apparition des premiers symptômes.
Que faire en cas de refus de la MSA ?
Si la MSA refuse la reconnaissance en maladie professionnelle, la victime dispose de plusieurs voies de recours :
- Recours amiable devant la Commission de Recours Amiable (CRA) dans un délai de 2 mois
- Recours contentieux devant le pôle social du tribunal judiciaire en cas de rejet de la CRA
- Saisine du Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP) si la pathologie ne remplit pas strictement les conditions du tableau 45
L’accompagnement par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est fortement recommandé pour contester un refus. La complexité des dossiers médicaux et la technicité des critères du tableau nécessitent une expertise juridique solide.
Un avocat spécialisé en maladie professionnelle peut analyser le dossier, contester un refus de la MSA et maximiser l’indemnisation. L’association AVF oriente gratuitement les victimes vers des professionnels compétents.
Indemnisation des affections respiratoires professionnelles
Lorsque la maladie professionnelle est reconnue, la victime bénéficie d’une prise en charge intégrale des frais médicaux liés à la pathologie. L’indemnisation comprend également :
- Les indemnités journalières en cas d’arrêt de travail
- Une rente d’incapacité permanente si un taux d’IPP est fixé après consolidation
- L’indemnisation complémentaire en cas de faute inexcusable de l’employeur
Si l’employeur avait connaissance du danger lié aux poussières allergisantes et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires (ventilation, masques FFP, suivi médical renforcé), la victime peut engager une action en reconnaissance de la faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de l’ensemble des préjudices : souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, déficit fonctionnel.
Liens avec d’autres tableaux de maladies professionnelles
Les affections respiratoires allergiques peuvent relever de plusieurs tableaux selon le régime et la substance en cause. Une personne exposée aux protéines de latex dans le cadre de son travail peut par exemple relever du tableau 95 du régime général relatif aux allergies au latex. De même, certaines expositions croisées avec des substances chimiques peuvent orienter vers d’autres tableaux comme le tableau 62 relatif aux isocyanates organiques.
L’identification du bon tableau est essentielle pour la réussite du dossier. Un médecin expert indépendant peut aider la victime à caractériser précisément sa pathologie et à orienter la déclaration vers le tableau le plus adapté.
– Le tableau 45 couvre les rhinites, asthmes, alvéolites allergiques et insuffisances respiratoires chroniques d’origine professionnelle.
– Les délais de prise en charge varient de 7 à 30 jours selon la pathologie.
– La liste des travaux est indicative et non limitative.
– En cas de refus de la MSA, des voies de recours existent (CRA, tribunal, CRRMP).
– La faute inexcusable de l’employeur ouvre droit à une indemnisation complémentaire significative.
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 45 du régime agricole ?
Le tableau 45 couvre la rhinite allergique, l’asthme professionnel, l’alvéolite allergique extrinsèque (poumon de fermier) et l’insuffisance respiratoire chronique obstructive secondaire à un asthme professionnel. Ces pathologies doivent être confirmées par des examens médicaux spécifiques (EFR, tests immunologiques).
Quel est le délai pour déclarer une maladie professionnelle au titre du tableau 45 ?
La déclaration doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical initial établissant le lien entre la pathologie et l’activité professionnelle. Passé ce délai, le droit à indemnisation est prescrit.
La liste des travaux du tableau 45 est-elle exhaustive ?
Non, la liste des travaux figurant au tableau 45 est indicative. D’autres situations d’exposition professionnelle à des allergènes dans le milieu agricole peuvent être prises en compte, notamment via la saisine du CRRMP.
Que faire si la MSA refuse la reconnaissance de la maladie professionnelle ?
La victime peut contester le refus devant la Commission de Recours Amiable (CRA) dans un délai de 2 mois. En cas de nouveau refus, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. L’assistance d’un avocat spécialisé est vivement conseillée.
Peut-on obtenir une indemnisation complémentaire en cas de faute de l'employeur ?
Oui. Si l’employeur connaissait le risque allergique et n’a pas mis en place les mesures de prévention adéquates, la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir la majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices personnels.
Témoignages
— Thierry M., éleveur de volailles, MorbihanJ’ai été diagnostiqué avec un asthme professionnel après 15 ans d’élevage de poulets. Mon médecin m’a dit que c’était lié aux poussières dans les bâtiments. La MSA avait refusé ma demande au début, j’ai contacté avf.fr et ils m’ont orienté vers un avocat du coin. Au final reconnaissance en maladie pro + rente à 20%. J’aurais du faire la démarche bien plus tôt franchement.
— Marie-Claire D., ouvrière fromagère, Puy-de-DômeÇa faisait des années que je toussais et que j’avais du mal à respirer quand je rentrais dans les caves d’affinage. Mon généraliste pensait que c’etait de l’asthme classique. C’est un pneumologue qui a fait le lien avec mon travail, tests allergiques et tout. Déclaration au titre du tableau 45, reconnue en 4 mois. Prise en charge à 100% et indemnités journalières pendant mon arret. Merci à l’association pour le suivi.
— Laurent B., céréalier, Ille-et-VilaineRhinite chronique depuis que j’ai repris l’exploitation de mon père. Les poussières de blé et d’orge au moment du stockage c’était terrible. J’ai fait ma déclaration moi même mais le dossier médical était incomplet donc refus. Avec l’avocat que m’a conseillé AVF on a refait le dossier avec un médecin expert, et cette fois c’est passé. 12% d’IPP et une rente. C’est pas énorme mais au moins c’est reconnu.



