Tableau 5 – Affections professionnelles liées au contact avec le phosphore et le sesquisulfure de phosphore - avf.fr
L’exposition professionnelle au phosphore et au sesquisulfure de phosphore peut provoquer des pathologies graves, reconnues comme maladie professionnelle par le régime général de la Sécurité sociale. Le tableau 5 des maladies professionnelles encadre précisément les conditions de reconnaissance de ces affections. Pour toute victime souffrant de symptômes liés à une exposition au phosphore dans le cadre de son travail, il est essentiel de connaître ses droits et les démarches à entreprendre pour obtenir une indemnisation adaptée.

Qu’est-ce que le phosphore et le sesquisulfure de phosphore ?
Le phosphore est un élément chimique utilisé dans de nombreux secteurs industriels. Il existe sous plusieurs formes, dont le phosphore blanc (très toxique) et le phosphore rouge (moins dangereux mais toujours nocif en exposition prolongée). Le sesquisulfure de phosphore (P₄S₃) est un composé chimique dérivé du phosphore.
Ces substances sont présentes dans plusieurs domaines d’activité :
- Industrie des pesticides : le phosphore entre dans la composition de nombreux produits phytosanitaires organophosphorés.
- Fabrication de produits pyrotechniques : le sesquisulfure de phosphore est utilisé dans la production d’allumettes et d’engins pyrotechniques.
- Industrie chimique : fabrication de phosphures et d’autres dérivés inorganiques du phosphore.
- Métallurgie : le phosphore intervient dans certains alliages et traitements de surface.
L’exposition régulière à ces substances, par inhalation, contact cutané ou ingestion accidentelle, provoque des atteintes parfois irréversibles. C’est pourquoi le législateur a prévu un cadre de reconnaissance spécifique à travers le tableau 5.
Dans le vocabulaire médical et juridique, une « affection professionnelle » désigne une maladie professionnelle. Les deux termes sont utilisés de manière interchangeable dans les tableaux officiels de la Sécurité sociale.
Tableau 5 : contenu et conditions de reconnaissance
Le tableau 5 du régime général liste les affections provoquées par le contact avec le phosphore et le sesquisulfure de phosphore. Il définit trois éléments indissociables : la désignation de la maladie, le délai de prise en charge et les travaux susceptibles de provoquer ces pathologies.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| A. – Ostéomalacie ou nécrose du maxillaire inférieur. | 1 an |
| B. – Dermite aiguë irritative, ou eczématiforme récidivant en cas de nouvelle exposition au risque. | 15 jours |
| C. – Dermite chronique irritative, ou eczématiforme récidivant au contact du sesquisulfure de phosphore. | 90 jours |
Les pathologies reconnues au tableau 5
Les affections professionnelles liées au phosphore comprennent notamment :
- Dermite : inflammation cutanée causée par le contact direct avec le phosphore ou ses composés.
- Ostéomalacie : ramollissement des os dû à une intoxication chronique au phosphore.
- Nécrose du maxillaire inférieur (ou « phossy jaw ») : destruction osseuse de la mâchoire, pathologie historiquement liée aux ouvriers des fabriques d’allumettes.
- Anémie : diminution du taux d’hémoglobine liée à l’effet toxique du phosphore sur la moelle osseuse.
Le tableau 5 des maladies professionnelles du régime général fixe les conditions de reconnaissance des affections provoquées par le phosphore et le sesquisulfure de phosphore. Il a été modifié en dernier lieu par le décret n°2003-110 du 11 février 2003.
Délai de prise en charge
Le délai de prise en charge correspond à la durée maximale entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie. Pour les affections du tableau 5, ce délai varie selon la pathologie concernée.
Si la maladie est constatée dans ce délai et que la victime a exercé un travail figurant sur la liste indicative, la présomption d’origine professionnelle s’applique. Cela signifie que le salarié n’a pas à prouver le lien entre son travail et sa maladie : c’est à l’employeur ou à la caisse de démontrer le contraire.
Si la maladie est constatée après l’expiration du délai de prise en charge prévu au tableau, la présomption d’origine professionnelle ne s’applique plus. Toutefois, une reconnaissance reste possible par le biais du Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP). Un avis médical spécialisé est alors indispensable.
Travaux concernés par le tableau 5
La liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies comprend :
- Préparation, emploi et manipulation du phosphore et du sesquisulfure de phosphore.
- Fabrication de certains dérivés du phosphore, notamment des phosphures.
- Travaux exposant aux vapeurs de phosphore dans des espaces confinés.
Cette liste est indicative et non limitative. D’autres activités professionnelles comportant une exposition au phosphore peuvent justifier une reconnaissance, à condition d’établir le lien avec la pathologie.
Démarches pour faire reconnaître une maladie professionnelle liée au phosphore
Lorsqu’un salarié présente des symptômes compatibles avec les affections du tableau 5, il convient de suivre un parcours précis pour obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle.
Étape 1 : le certificat médical initial
Le médecin traitant ou le médecin du travail établit un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et mentionnant son lien possible avec l’activité professionnelle. Ce document est essentiel : il constitue la première preuve médicale.
Étape 2 : la déclaration à la CPAM
La victime adresse une déclaration de maladie professionnelle à sa caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), accompagnée du CMI et de l’attestation de salaire fournie par l’employeur. Le délai pour effectuer cette déclaration est de deux ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien avec l’activité professionnelle.
Pour connaître en détail les démarches pour faire reconnaître une maladie professionnelle, il est recommandé de se faire accompagner dès cette étape.
Étape 3 : l’instruction par la CPAM
La CPAM dispose d’un délai de trois mois (renouvelable une fois) pour statuer. Elle vérifie que les conditions du tableau sont remplies : pathologie désignée, délai de prise en charge respecté, exposition professionnelle établie.
Un ouvrier travaille pendant douze ans dans une usine fabriquant des pesticides à base de composés phosphorés. Il développe une ostéomalacie diagnostiquée par son médecin. Après déclaration auprès de la CPAM, sa maladie est reconnue au titre du tableau 5. Il bénéficie d’une prise en charge intégrale de ses soins et d’une indemnisation de son incapacité. L’intervention d’un avocat spécialisé lui permet ensuite d’engager une action en faute inexcusable de l’employeur et d’obtenir une majoration de sa rente.
Indemnisation et recours en cas de maladie professionnelle liée au phosphore
Une fois la maladie reconnue, la victime bénéficie d’une prise en charge à 100 % des frais médicaux, d’indemnités journalières en cas d’arrêt de travail et, si des séquelles persistent après consolidation, d’une rente d’incapacité permanente.
L’expertise médicale : une étape déterminante
Le taux d’incapacité permanente partielle (IPP) est fixé par le médecin-conseil de la CPAM. Ce taux conditionne directement le montant de l’indemnisation. Il est possible de contester ce taux devant le tribunal judiciaire (pôle social) si la victime estime qu’il ne reflète pas la réalité de ses séquelles.
Se faire assister par un médecin expert de recours est fortement recommandé pour préparer cette expertise et défendre au mieux les intérêts de la victime.
La faute inexcusable de l’employeur
Si l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié à l’exposition au phosphore et n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger ses salariés, la victime peut engager une procédure en faute inexcusable de l’employeur. Cette action permet d’obtenir :
- La majoration de la rente d’incapacité permanente.
- La réparation intégrale des préjudices non couverts par la Sécurité sociale (souffrances endurées, préjudice esthétique, incidence professionnelle, etc.).
– Le tableau 5 couvre les affections causées par le phosphore et le sesquisulfure de phosphore.
– La reconnaissance repose sur trois critères : pathologie listée, délai de prise en charge respecté, exposition professionnelle.
– La présomption d’origine professionnelle facilite la reconnaissance si les conditions du tableau sont remplies.
– Une action en faute inexcusable permet une indemnisation complémentaire significative.
– L’accompagnement par un avocat spécialisé et un médecin expert est déterminant pour optimiser l’indemnisation.
Une victime d’affection professionnelle liée au phosphore peut bénéficier d’un accompagnement juridique pour faire reconnaître sa maladie, contester un taux d’incapacité ou engager une procédure en faute inexcusable. L’association AVF met en relation avec des avocats spécialisés en droit du dommage corporel.
Références légales du tableau 5
- Tableau n° 5 du régime général – Consulter l’article sur Légifrance
- Modifié par le décret n°2003-110 du 11 février 2003 – art. 2
Questions fréquentes
Quelles maladies sont reconnues au tableau 5 des maladies professionnelles ?
Le tableau 5 du régime général reconnaît les affections provoquées par le contact avec le phosphore et le sesquisulfure de phosphore, notamment la dermite, l’ostéomalacie, la nécrose du maxillaire inférieur et l’anémie. Ces pathologies doivent être constatées dans le délai de prise en charge prévu par le tableau.
Comment faire reconnaître une maladie professionnelle liée au phosphore ?
La victime doit obtenir un certificat médical initial de son médecin, puis adresser une déclaration de maladie professionnelle à la CPAM dans un délai de deux ans. Si les conditions du tableau 5 sont remplies, la présomption d’origine professionnelle s’applique.
Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance au titre du tableau 5 ?
En cas de refus, la victime peut saisir la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CPAM, puis le tribunal judiciaire (pôle social). L’accompagnement par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est vivement conseillé pour contester efficacement cette décision.
Peut-on engager une action en faute inexcusable pour une exposition au phosphore ?
Oui, si l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires. La faute inexcusable permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation de préjudices complémentaires (souffrances, préjudice esthétique, perte de revenus).
Quel est le délai de prise en charge pour les affections du tableau 5 ?
Le délai varie selon la pathologie. Il correspond à la durée maximale entre la fin de l’exposition au phosphore et la première constatation médicale. Si ce délai est dépassé, la reconnaissance reste possible via le CRRMP (Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles).
Témoignages
— Didier M., ancien ouvrier en chimie industrielle, RhôneJ’ai travaillé 18 ans dans une usine de produits chimiques, directement exposé au phosphore. On avait des masques basiques mais c’était pas suffisant du tout. Quand on m’a diagnostiqué une ostéomalacie j’ai d’abord pas compris que c’était lié au boulot. C’est en contactant avf.fr que j’ai été orienté vers un avocat qui m’a expliqué la démarche. Ma maladie pro a été reconnue et on a obtenu la faute inexcusable. Au total j’ai touché 47 000€ de préjudices complémentaires en plus de la rente. J’aurai jamais fait ça seul.
— Nathalie P., technicienne de laboratoire, IsèreAprès 10 ans à manipuler des composés phosphorés j’avais des problèmes de peau chroniques et une anémie sévère. Mon médecin traitant a fait le lien avec mon travail et m’a fait un certificat. La CPAM a reconnu ma maladie professionnelle assez vite car les conditions du tableau 5 étaient claires. Par contre pour le taux d’IPP j’ai du contester parce qu’il était sous-évalué. Avec l’avocat on a obtenu un taux de 25% au lieu de 12%.
— Jean-Claude R., retraité ex-fabricant d'allumettes, GirondeCa paraît d’un autre temps mais j’ai travaillé dans une fabrique d’allumettes dans les années 80-90. Le sesquisulfure de phosphore c’était notre quotidien. J’ai développé des problèmes aux dents et à la machoire que les médecins ont mis longtemps à diagnostiquer. C’est seulement à la retraite qu’un spécialiste a fait le rapprochement. La déclaration en maladie pro a abouti grâce à l’aide d’un avocat spécialisé trouvé via l’association. Mieux vaut tard que jamais.


Patrick Kloepfer
Président d'honneur de l'AVF
“Vous pouvez compter sur l’Association AVF pour vous épauler. Bon courage à chacun ! “
Pour toutes vos questions l’Association AVF est là pour vous répondre du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00
