La reconnaissance d’une maladie professionnelle ouvre droit à une prise en charge intégrale des soins et à une indemnisation spécifique. Pourtant, de nombreux salariés ignorent la marche à suivre ou laissent passer les délais. Cette page détaille les étapes de la demande de reconnaissance d’une maladie professionnelle, fournit un modèle de lettre téléchargeable et explique les recours possibles en cas de refus de la CPAM.
Qu’est-ce qu’une maladie professionnelle ?
Une maladie professionnelle est une pathologie directement causée par l’exposition à un risque lié à l’activité professionnelle. Contrairement à un accident du travail, elle se développe progressivement, parfois sur plusieurs années.

Pour être reconnue, la maladie doit généralement figurer dans l’un des tableaux des maladies professionnelles établis par la Sécurité sociale. Chaque tableau précise la maladie concernée, le délai de prise en charge et les travaux susceptibles de la provoquer.
Toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau est présumée d’origine professionnelle. Lorsque la maladie ne figure dans aucun tableau, la victime peut saisir le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP) pour obtenir une reconnaissance hors tableau.
Les pathologies les plus fréquemment reconnues sont les troubles musculo-squelettiques (TMS), les affections liées à l’amiante, les pneumopathies d’hypersensibilité, certaines allergies professionnelles ou encore les douleurs du sacrum et du coccyx liées à des postures de travail contraignantes.
Pourquoi faire une demande de reconnaissance de maladie professionnelle ?
La reconnaissance en maladie professionnelle offre des avantages significatifs par rapport à un arrêt maladie classique. Il est essentiel d’en mesurer les enjeux avant d’entamer la procédure.
Les droits ouverts par la reconnaissance
- Prise en charge à 100 % des frais médicaux, pharmaceutiques, d’hospitalisation et de rééducation liés à la maladie.
- Indemnités journalières majorées : elles sont plus élevées qu’en arrêt maladie ordinaire (60 % du salaire journalier de base les 28 premiers jours, puis 80 %).
- Rente ou capital d’incapacité permanente si un taux d’incapacité est reconnu après consolidation.
- Protection contre le licenciement pendant la période de suspension du contrat de travail.
- Possibilité de demander la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur pour obtenir une indemnisation complémentaire.
En 2023, la Sécurité sociale a reconnu plus de 47 000 maladies professionnelles. Les troubles musculo-squelettiques représentent à eux seuls environ 87 % des cas. Le délai moyen d’instruction d’un dossier est de 120 jours (4 mois).
Comment effectuer la demande de reconnaissance d’une maladie professionnelle ?
La démarche se fait auprès de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) du domicile du salarié. Voici les étapes à suivre.
Étape 1 : Obtenir un certificat médical initial
Le médecin traitant ou le médecin spécialiste établit un certificat médical initial (CMI) décrivant la nature de la pathologie et son lien possible avec l’activité professionnelle. Ce document est indispensable pour constituer le dossier.
Étape 2 : Remplir le formulaire CERFA n° 60-3950
Le salarié doit remplir le formulaire de déclaration de maladie professionnelle (CERFA n° 60-3950), disponible en ligne sur le site ameli.fr ou directement auprès de la CPAM. Les quatre premiers volets doivent être envoyés à la caisse.
Étape 3 : Envoyer la lettre de demande de reconnaissance
Une lettre d’accompagnement adressée à la CPAM formalise la demande. Elle doit être envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception. Le modèle proposé ci-dessous remplit cette fonction.
La demande de reconnaissance doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date à laquelle le salarié est informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et son activité professionnelle. Passé ce délai, la demande est irrecevable. Il ne faut pas confondre ce délai avec la date d’apparition des premiers symptômes.
Pièces justificatives à joindre
- Les deux premiers volets du certificat médical initial.
- Les quatre premiers volets du formulaire CERFA n° 60-3950.
- Une attestation de salaire fournie par l’employeur.
- Tout document complémentaire utile : compte rendu d’examens, historique des postes occupés, fiches de poste, etc.
Modèle de lettre de demande de reconnaissance de maladie professionnelle
Voici un modèle gratuit et téléchargeable à adapter à chaque situation personnelle. Les mentions en rouge doivent être remplacées par les informations propres au demandeur.
Télécharger le modèle de demande de reconnaissance d’une maladie professionnelle
Aperçu du modèle de lettre
Prénom et nom
Adresse
N° de sécurité sociale
N° de téléphone
Adresse de l’organisme d’assurance maladie
Objet : Demande de reconnaissance de maladie professionnelle
Madame, Monsieur,
Par la présente, je demande la reconnaissance de ma maladie professionnelle.
Je travaille dans nom de l’entreprise en tant que préciser le poste.
Je souffre de nom de la pathologie qui est dû à préciser l’origine.
Ci-joint, les deux premiers volets du certificat médical de mon médecin, une attestation de salaire de la part de mon employeur et les 4 premiers volets du CERFA N° 60-3950 relatif à la demande de reconnaissance de maladie professionnelle.
Je vous remercie par avance.
Fait à ville le date du jour
Signature
Il est conseillé d’ajouter dans la lettre des éléments factuels : ancienneté dans l’entreprise, description précise des tâches réalisées, produits manipulés, durée d’exposition. Plus le courrier est détaillé, plus l’instruction sera facilitée. La victime peut aussi joindre des attestations de collègues décrivant les conditions de travail.
Que se passe-t-il après l’envoi de la demande ?
Une fois le dossier réceptionné, la CPAM dispose d’un délai de 120 jours (4 mois) pour statuer. Ce délai peut être prolongé de 3 mois en cas de saisine du CRRMP.
L’instruction du dossier par la CPAM
La caisse vérifie que les conditions du tableau de maladie professionnelle sont remplies : nature de la pathologie, délai de prise en charge, durée d’exposition et liste des travaux. Elle peut demander des examens complémentaires ou une enquête administrative.
Si toutes les conditions du tableau sont satisfaites, une présomption d’origine professionnelle s’applique. La CPAM n’a pas à prouver le lien de causalité : c’est au contraire à l’employeur ou à la caisse de démontrer que la maladie n’est pas d’origine professionnelle pour refuser la prise en charge.
Un opérateur de production dans l’industrie automobile souffre d’un syndrome du canal carpien après 8 ans de travail sur chaîne. Son médecin établit un CMI. La pathologie figure au tableau 57C des maladies professionnelles, le délai de prise en charge de 30 jours est respecté, et les gestes répétitifs sont décrits dans la fiche de poste. La CPAM reconnaît la maladie professionnelle en 3 mois. L’opérateur bénéficie d’une prise en charge à 100 % et d’indemnités journalières majorées pendant son arrêt.
En cas de refus de la CPAM
La CPAM peut refuser la reconnaissance si les conditions du tableau ne sont pas toutes remplies, ou si elle estime que le lien entre la maladie et le travail n’est pas établi. Dans ce cas, plusieurs voies de recours existent :
- Recours amiable devant la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CPAM, dans un délai de 2 mois suivant la notification du refus.
- Recours contentieux devant le Pôle social du tribunal judiciaire, en cas de rejet par la CRA.
- Saisine du CRRMP si la maladie ne figure pas dans un tableau ou si une condition du tableau n’est pas remplie. Le comité évalue si la maladie est directement et essentiellement causée par le travail.
Un refus de la CPAM ne signifie pas la fin de la démarche. L’assistance d’un médecin expert de recours permet de contester efficacement une décision défavorable, notamment lors de l’expertise médicale. Un avocat spécialisé en droit du dommage corporel peut également accompagner la victime dans la procédure contentieuse.
En cas de refus de la CPAM ou de doute sur la procédure, l’association AVF peut orienter la victime vers un avocat spécialisé en maladie professionnelle pour défendre ses droits et maximiser son indemnisation.
Maladie professionnelle et faute inexcusable de l’employeur
Lorsqu’une maladie professionnelle est reconnue, la victime peut engager une action en faute inexcusable de l’employeur. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente d’incapacité ainsi que la réparation intégrale des préjudices subis (souffrances physiques, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, etc.).
La faute inexcusable est établie lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel le salarié était exposé, et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en protéger. Un employeur informé des risques liés à l’amiante mais n’ayant fourni aucun équipement de protection, par exemple, engage sa responsabilité.
– La demande se fait auprès de la CPAM dans un délai de 2 ans.
– Le dossier comprend le CERFA n° 60-3950, le certificat médical initial, l’attestation de salaire et la lettre de demande.
– La CPAM dispose de 120 jours pour rendre sa décision.
– En cas de refus, un recours amiable puis contentieux est possible.
– La reconnaissance ouvre droit à la prise en charge à 100 %, aux indemnités majorées et éventuellement à une rente.
– Une action en faute inexcusable peut compléter l’indemnisation.
Pour toute question complémentaire, il est possible de contacter la permanence de l’association. Les bénévoles d’AVF orientent gratuitement les victimes vers les professionnels adaptés à leur situation.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour déclarer une maladie professionnelle ?
La demande de reconnaissance doit être adressée à la CPAM dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical établissant le lien possible entre la maladie et l’activité professionnelle. Au-delà, la demande est prescrite.
Ma maladie ne figure dans aucun tableau : puis-je quand même demander la reconnaissance ?
Oui. Si la maladie ne figure dans aucun tableau mais qu’elle est directement causée par le travail habituel et qu’elle entraîne un taux d’incapacité permanente d’au moins 25 %, le dossier peut être transmis au CRRMP (Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles) qui rendra un avis.
Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance de ma maladie professionnelle ?
Il est possible de saisir la Commission de Recours Amiable (CRA) dans les 2 mois suivant la notification du refus. En cas de nouveau rejet, un recours contentieux devant le Pôle social du tribunal judiciaire reste ouvert. L’accompagnement par un avocat spécialisé est vivement recommandé.
L'employeur peut-il contester la reconnaissance de la maladie professionnelle ?
Oui, l’employeur peut contester la décision de la CPAM en saisissant la CRA puis le tribunal judiciaire. Cette contestation ne remet pas en cause les droits du salarié tant qu’une décision définitive n’a pas été rendue.
Peut-on obtenir une indemnisation complémentaire au-delà de la rente ?
Oui, si une faute inexcusable de l’employeur est reconnue, la victime peut obtenir la majoration de sa rente et la réparation de ses préjudices personnels (souffrances, préjudice esthétique, perte de qualité de vie). Cette action nécessite généralement l’intervention d’un avocat.
Témoignages
— Nathalie R., aide-soignante, VendéeJ’ai travaillé 15 ans en EHPAD et j’ai fini avec une hernie discale reconnue en maladie pro. Au début j’y croyais pas trop, j’avais peur que ca passe pas. La permanence d’avf.fr m’a expliqué la procédure, orientée vers un avocat et 6 mois après j’avais ma reconnaissance + la faute inexcusable. J’ai touché une rente et des indemnités pour mes souffrances. Faut pas hésiter a se battre.
— Sébastien M., cariste, Loire-AtlantiqueSyndrome du canal carpien des deux mains aprés 12 ans de manutention. Mon employeur a jamais rien fait pour adapter le poste. J’ai envoyé ma lettre a la CPAM avec le modèle trouvé en ligne et c’etait reconnu en 3 mois. Ensuite j’ai fait une faute inexcusable avec l’avocat, j’ai eu la majoration de rente + 18 000€ d’indemnités complementaires. Merci a l’asso pour l’orientation.
— Christine D., secrétaire administrative, AriègeMa maladie (epicondylite) figurait pas exactement dans les conditions du tableau, la CPAM a refusé. J’ai contesté devant la CRA puis le tribunal avec une avocate spécialisée. Au final le juge a reconnu la maladie pro. Ca a pris 14 mois en tout mais je regrette pas du tout. L’important c’est de pas baisser les bras au premier refus.



