L’exposition professionnelle aux amines aromatiques peut provoquer des réactions allergiques graves, reconnues comme maladie professionnelle au titre du tableau 15 bis du régime général de la Sécurité sociale. Ce tableau encadre précisément les affections de mécanisme allergique provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et leurs dérivés. Il ouvre droit à une indemnisation pour les salariés concernés, à condition de remplir certains critères médicaux et professionnels. Comprendre ce dispositif est essentiel pour engager les démarches de reconnaissance et obtenir une juste réparation.
Qu’est-ce qu’une amine aromatique ? Définition et risques professionnels

Les amines aromatiques sont des composés chimiques, solides ou liquides, dont la structure moléculaire comprend un cycle aromatique lié à un groupement amine (–NH₂). Elles sont largement utilisées dans l’industrie pour la fabrication de matières colorantes, de produits pharmaceutiques, d’agents de conservation du caoutchouc et de catalyseurs de polymérisation.
Ces substances présentent un potentiel allergisant important. Le contact cutané ou l’inhalation répétée peut déclencher des réactions immunitaires chez les travailleurs exposés. Le tableau 15 bis cible spécifiquement ces affections de mécanisme allergique, distinctes des atteintes toxiques couvertes par le tableau 15 relatif aux affections provoquées par les amines aromatiques.
Il existe différents dérivés des amines aromatiques susceptibles de provoquer ces allergies :
- Dérivés hydroxylés
- Dérivés halogénés
- Dérivés nitrés
- Dérivés nitrosés
- Dérivés sulfonés
- Les produits qui en contiennent à l’état libre
Le tableau 15 couvre les affections toxiques (cancers, atteintes hépatiques) provoquées par les amines aromatiques. Le tableau 15 bis concerne exclusivement les affections de mécanisme allergique : dermatoses, rhinites, asthme. Les deux tableaux peuvent se compléter selon la pathologie diagnostiquée.
Affections de mécanisme allergique provoquées par les amines aromatiques : le tableau 15 bis
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Dermite irritative. | 7 jours |
| Lésions eczématiformes récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané. | 15 jours |
| Rhinite récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par test. | 7 jours |
| Asthme objectivé par explorations fonctionnelles respiratoires récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmé par test. | 7 jours |
Le tableau 15 bis identifie les pathologies allergiques reconnues comme maladies professionnelles lorsqu’elles résultent d’une exposition aux amines aromatiques, à leurs sels ou à leurs dérivés.
Pathologies couvertes par le tableau 15 bis
Les affections allergiques reconnues comprennent principalement :
- Dermites eczématiformes : réactions cutanées allergiques de contact, avec rougeurs, vésicules et démangeaisons
- Rhinites allergiques : inflammation de la muqueuse nasale liée à l’inhalation des composés
- Asthme professionnel : crises respiratoires déclenchées par l’exposition aux amines aromatiques
- Conjonctivites allergiques : irritation oculaire d’origine immunologique
La reconnaissance d’une maladie professionnelle inscrite dans un tableau ouvre droit à une présomption d’origine professionnelle. La victime n’a pas à prouver le lien de causalité, à condition de remplir les conditions du tableau (délai de prise en charge, durée d’exposition, travaux listés).
Délai de prise en charge et conditions
Le délai de prise en charge correspond à la période maximale entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie. Pour les affections allergiques du tableau 15 bis, ce délai varie selon la pathologie :
- Dermites eczématiformes : 15 jours après cessation de l’exposition
- Rhinites et asthme : 7 jours après cessation de l’exposition
Si la maladie est constatée au-delà du délai prévu par le tableau, la présomption d’origine professionnelle ne s’applique plus. La victime peut néanmoins saisir le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) pour faire reconnaître sa pathologie par la voie complémentaire. L’accompagnement par un avocat spécialisé est alors fortement recommandé.
Travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Le tableau 15 bis fournit une liste indicative des principaux travaux pouvant exposer les salariés aux amines aromatiques :
- Utilisation des amines aromatiques, de leurs sels, de leurs dérivés et des produits qui en contiennent à l’état libre
- Fabrication et manipulation de matières colorantes
- Production de produits pharmaceutiques
- Utilisation d’agents de conservation (caoutchouc, élastomères, plastomères)
- Manipulation de catalyseurs de polymérisation
- Contact avec des graisses et huiles minérales contenant ces substances
Un salarié travaille depuis 8 ans dans une usine de fabrication de pièces en caoutchouc. Il développe un eczéma sévère aux mains et aux avant-bras, diagnostiqué comme dermite eczématiforme de contact. Le médecin identifie une sensibilisation aux amines aromatiques utilisées comme agents de conservation. La déclaration est faite dans les 15 jours suivant l’arrêt de l’exposition. La CPAM reconnaît la maladie professionnelle au titre du tableau 15 bis, ouvrant droit à une prise en charge intégrale des soins et à une indemnisation du déficit fonctionnel temporaire.
Démarches de reconnaissance et recours en cas de refus
La reconnaissance d’une affection allergique liée aux amines aromatiques comme maladie professionnelle suit une procédure encadrée. Une déclaration doit être adressée à la CPAM avec un certificat médical initial décrivant la pathologie et son lien potentiel avec l’exposition professionnelle.
Étapes de la déclaration de maladie professionnelle
- Consultation médicale : un médecin établit le certificat médical initial (CMI) mentionnant la pathologie et l’exposition suspectée
- Déclaration à la CPAM : la victime remplit le formulaire Cerfa de déclaration de maladie professionnelle, accompagné du CMI et de l’attestation de salaire
- Instruction par la CPAM : la caisse dispose de 120 jours pour statuer, avec possibilité d’enquête complémentaire
- Décision : reconnaissance ou refus, notifié par courrier
Il est possible de se faire accompagner par un médecin-expert de recours pour préparer le dossier médical et renforcer les chances de reconnaissance.
Le formulaire de déclaration d’accident ou de maladie professionnelle est disponible en ligne. Il doit être rempli avec soin et accompagné de toutes les pièces justificatives pour éviter les retards de traitement.
Contester un refus de reconnaissance
En cas de refus de la CPAM, plusieurs voies de recours existent :
- Commission de recours amiable (CRA) : recours préalable obligatoire dans les deux mois suivant la notification de refus
- Pôle social du tribunal judiciaire : en cas de rejet par la CRA, la victime peut saisir le tribunal compétent
- CRRMP : si les conditions du tableau ne sont pas strictement remplies, le comité peut reconnaître le lien direct entre la maladie et l’activité professionnelle
- Le tableau 15 bis couvre les affections allergiques (dermites, rhinites, asthme) liées aux amines aromatiques
- La présomption d’origine professionnelle s’applique si les conditions du tableau sont réunies
- Le délai de prise en charge est de 7 à 15 jours selon la pathologie
- En cas de refus, un recours devant la CRA, le tribunal ou le CRRMP est possible
- L’accompagnement par un médecin-expert et un avocat spécialisé optimise les chances de reconnaissance
Indemnisation et faute inexcusable de l’employeur
Une fois la maladie professionnelle reconnue, la victime bénéficie d’une prise en charge à 100 % des frais médicaux liés à la pathologie, ainsi que d’indemnités journalières en cas d’arrêt de travail. Si un taux d’incapacité permanente est attribué après consolidation, une rente ou un capital est versé selon le pourcentage retenu.
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié aux amines aromatiques et n’a pas pris les mesures de prévention nécessaires, la victime peut engager une action en faute inexcusable de l’employeur. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément).
Une victime d’affection allergique professionnelle liée aux amines aromatiques peut bénéficier d’un accompagnement juridique pour la reconnaissance de sa maladie, la contestation d’un refus ou l’engagement d’une procédure en faute inexcusable. L’AVF oriente vers des avocats spécialisés en droit du dommage corporel.
Pour en savoir plus sur les différentes pathologies reconnues, il est utile de consulter la liste des maladies professionnelles et les tableaux correspondants. Les victimes d’agression ou d’accident peuvent également trouver des informations sur les dispositifs d’indemnisation comme le FGTI.
Références légales du tableau 15 bis
- Tableau n° 15 bis – Consulter l’article sur Légifrance
- Modifié par Décret n°2003-110 du 11 février 2003 – art. 2 JORF 13 février 2003
- Tableau 15 – Affections provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et leurs dérivés
- Pour toute question, il est possible de contacter la permanence de l’association.
Questions fréquentes
Quelles maladies sont couvertes par le tableau 15 bis des maladies professionnelles ?
Le tableau 15 bis couvre les affections de mécanisme allergique provoquées par les amines aromatiques, leurs sels et leurs dérivés. Cela inclut principalement les dermites eczématiformes, les rhinites allergiques, l’asthme professionnel et les conjonctivites allergiques.
Quel est le délai de prise en charge pour les allergies aux amines aromatiques ?
Le délai de prise en charge varie selon la pathologie : 15 jours pour les dermites eczématiformes et 7 jours pour les rhinites et l’asthme, à compter de la cessation de l’exposition au risque.
Quelle est la différence entre le tableau 15 et le tableau 15 bis ?
Le tableau 15 concerne les affections toxiques (cancers de la vessie, atteintes hépatiques) causées par les amines aromatiques. Le tableau 15 bis traite exclusivement des réactions allergiques (dermites, asthme, rhinites) liées à ces mêmes substances.
Que faire si la CPAM refuse de reconnaître la maladie professionnelle ?
En cas de refus, la victime dispose de deux mois pour saisir la Commission de recours amiable (CRA). Si le refus est maintenu, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. Le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) peut aussi être sollicité.
Peut-on engager une action en faute inexcusable de l'employeur pour une allergie professionnelle ?
Oui, si l’employeur avait conscience du danger lié à l’exposition aux amines aromatiques et n’a pas mis en place les mesures de protection nécessaires, la victime peut engager une procédure en faute inexcusable. Cela permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices.
Témoignages
— Christophe M., ouvrier en industrie chimique, RhôneJ’ai travaillé 12 ans dans la fabrication de colorants industriels. Au bout de quelques années j’ai commencé à avoir de l’eczéma aux mains, de plus en plus fort. Mon médecin traitant pensait que c’était du stress… C’est un dermatologue qui a fait le lien avec les amines aromatiques. Grâce à avf.fr j’ai été orienté vers un avocat qui m’a aidé pour la reconnaissance en maladie pro. Dossier accepté en 3 mois, et on a même lancé une faute inexcusable parce que mon employeur fournissait pas de gants adaptés.
— Sandra L., technicienne en laboratoire pharmaceutique, Île-de-FranceJ’ai développé un asthme sévère après 6 ans d’exposition à des produits contenant des dérivés d’amines aromatiques. La CPAM avait refusé au début parce que le délai était soit disant dépassé. Avec l’avocat qu’on m’a trouvé on a saisi le CRRMP et ça a été reconnu en maladie professionnelle au bout de 8 mois. Aujourd’hui j’ai un taux d’incapacité de 15% et je touche une rente. C’est pas facile mais au moins c’est reconnu.
— Patrick D., agent de maintenance industrielle, NordPendant des années j’ai manipulé des huiles et graisses dans une usine, sans savoir qu’il y avait des amines aromatiques dedans. Rhinite chronique, yeux qui pleurent tout le temps… j’ai mis longtemps avant de comprendre que c’était lié au boulot. Un collègue m’a parlé de l’association aide aux victimes de france, ils m’ont bien expliqué la procédure. Mon dossier est passé en tableau 15 bis. L’indemnisation a mis du temps mais ça valait le coup de se battre.



