Les résines époxydiques sont omniprésentes dans l’industrie : aéronautique, bâtiment, automobile, électronique. Leur manipulation quotidienne expose des milliers de travailleurs à des pathologies cutanées et respiratoires parfois invalidantes. Le tableau 51 des maladies professionnelles du régime général permet aux salariés atteints de faire reconnaître leur affection et d’obtenir une indemnisation auprès de la Sécurité sociale. Encore faut-il connaître les conditions de prise en charge, les délais à respecter et les démarches à engager. Cette page détaille l’ensemble des informations utiles pour faire valoir ses droits.
Qu’est-ce qu’une résine époxydique et pourquoi est-elle dangereuse ?
Une résine époxydique est une matière plastique thermodurcissable qui se présente sous forme liquide ou solide. Elle est composée d’un pré-polymère et d’un durcisseur qui, une fois mélangés, produisent un matériau rigide et résistant. Ce polymère entre dans la fabrication de colles, vernis, peintures, revêtements de sol et composites hautes performances.

Le danger provient du contact direct avec la résine non polymérisée et ses constituants chimiques. L’exposition peut se faire par voie cutanée, par inhalation de vapeurs ou de poussières lors du ponçage. Les travailleurs développent alors des réactions d’irritation, de sensibilisation allergique ou des affections respiratoires pouvant devenir chroniques.
Les professions les plus touchées sont les peintres industriels, les stratifieurs, les techniciens en composites, les électriciens et les ouvriers du bâtiment utilisant des revêtements époxydiques. Toute personne manipulant ces résines sans protection adaptée peut développer une maladie professionnelle.
Tableau 51 : pathologies reconnues et délais de prise en charge
Le tableau 51 du régime général de la Sécurité sociale répertorie les maladies professionnelles provoquées par les résines époxydiques et leurs constituants. Il fixe pour chaque affection un délai de prise en charge, c’est-à-dire la durée maximale entre la fin de l’exposition au risque et la constatation médicale de la maladie.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Lésions eczématiformes récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané. | 15 jours |
Affections cutanées liées aux résines époxydiques
Les pathologies dermatologiques constituent la majorité des cas déclarés au titre du tableau 51. Il s’agit principalement de :
- Dermites eczématiformes de mécanisme allergique — délai de prise en charge : 15 jours
- Dermites irritatives — délai de prise en charge : 7 jours
Ces affections se manifestent par des rougeurs, des démangeaisons, des vésicules et des fissures cutanées, principalement sur les mains et les avant-bras. Elles peuvent évoluer vers un eczéma chronique en cas de maintien de l’exposition.
Une dermite irritative apparaît dès le premier contact avec la résine et disparaît à l’arrêt de l’exposition. Une dermite allergique (eczéma de contact) nécessite une sensibilisation préalable et peut réapparaître au moindre contact ultérieur, même minime. La distinction est essentielle pour le suivi médical et la reconnaissance en maladie professionnelle.
Affections respiratoires liées aux constituants des résines
Certains constituants des résines époxydiques, utilisés comme durcisseurs ou adjuvants, peuvent induire des maladies respiratoires allergiques professionnelles indemnisables. Ces affections ne relèvent pas directement du tableau 51 mais de tableaux complémentaires :
- Amines aromatiques : rhinite et asthme — tableau 15 bis
- Amines aliphatiques : rhinite et asthme — tableau 49 bis
- Anhydrides d’acides volatils : rhinite et asthme — tableau 66 ; pneumopathie d’hypersensibilité — tableau 66 bis
- Azodicarbonamide : rhinite et asthme — tableau 66
Un salarié exposé aux résines époxydiques peut relever de plusieurs tableaux simultanément. Par exemple, un stratifieur souffrant d’eczéma des mains (tableau 51) et d’asthme professionnel lié aux amines (tableau 49 bis) peut déclarer deux maladies professionnelles distinctes, chacune ouvrant droit à une indemnisation spécifique.
Travaux concernés par le tableau 51
Le tableau 51 comporte une liste limitative des travaux susceptibles de provoquer les maladies reconnues. Cela signifie que seuls les salariés exerçant l’une de ces activités bénéficient de la présomption d’imputabilité professionnelle.
Les travaux visés sont :
- Préparation des résines époxydiques : pesée, mélange des composants, conditionnement
- Emploi des résines époxydiques, notamment :
- Fabrication des stratifiés (composites en fibre de verre, carbone, etc.)
- Fabrication et utilisation de colles à base de résines époxydiques
- Application de vernis et peintures époxydiques
Un peintre industriel travaille depuis 8 ans dans une usine automobile. Il applique quotidiennement des peintures à base de résines époxydiques. Après 5 ans d’exposition, il développe un eczéma des mains qui récidive malgré les traitements. Son médecin traitant établit un certificat médical initial mentionnant une dermite eczématiforme allergique. La CPAM reconnaît la maladie professionnelle au titre du tableau 51. Le salarié bénéficie d’un arrêt de travail indemnisé à 100 % et d’une prise en charge intégrale des soins.
Comment faire reconnaître une maladie professionnelle au titre du tableau 51
La reconnaissance d’une maladie professionnelle liée aux résines époxydiques suit une procédure précise auprès de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM).
Étapes de la déclaration
- Consultation médicale : le médecin traitant ou le médecin du travail établit un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie
- Déclaration de maladie professionnelle : la victime remplit le formulaire Cerfa n° 60-3950 et l’adresse à la CPAM avec le CMI
- Instruction du dossier : la CPAM vérifie les conditions du tableau (pathologie, délai, travaux) et peut diligenter une enquête
- Décision : la CPAM notifie la reconnaissance ou le refus dans un délai de 120 jours
Toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau est présumée d’origine professionnelle. La victime n’a pas à prouver le lien de causalité entre son travail et sa maladie.
En cas de refus de la CPAM, il est possible de saisir la Commission de recours amiable (CRA) puis le tribunal judiciaire, pôle social. L’accompagnement par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel peut s’avérer déterminant à ce stade. Il est également utile de consulter un médecin expert conseil indépendant pour contester les évaluations médicales défavorables.
Estimer son indemnisation
Le montant de l’indemnisation dépend du taux d’incapacité permanente partielle (IPP) attribué par le médecin-conseil de la CPAM après consolidation. Pour obtenir une première estimation, il est possible d’utiliser le simulateur d’indemnisation disponible sur le site.
La déclaration de maladie professionnelle doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical initial établissant le lien possible avec l’activité professionnelle. Passé ce délai, le droit à indemnisation est perdu. Pour mieux comprendre les enjeux de prescription, consulter la page sur les délais de prescription.
Faute inexcusable de l’employeur : une indemnisation complémentaire
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié aux résines époxydiques et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires, la victime peut engager une action en faute inexcusable de l’employeur. Cette procédure permet d’obtenir :
- La majoration de la rente d’incapacité permanente
- L’indemnisation des préjudices extra-patrimoniaux : souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, perte de chance de promotion professionnelle
Un technicien en composites développe un eczéma sévère des mains avec un taux d’IPP de 15 %. Son employeur n’avait jamais fourni de gants adaptés aux résines époxydiques malgré les alertes du médecin du travail. Le tribunal judiciaire reconnaît la faute inexcusable. Le salarié obtient la majoration de sa rente et 12 000 € au titre des souffrances endurées.
La reconnaissance d’une faute inexcusable ou la contestation d’un refus de la CPAM nécessitent un accompagnement juridique adapté. L’association AVF met gratuitement en relation les victimes de maladies professionnelles avec des avocats spécialisés en droit du dommage corporel.
Références légales du tableau 51
- Tableau n° 51 du régime général — Article R461-3 du Code de la sécurité sociale
- Modifié par Décret n° 2006-985 du 1er août 2006 — art. 1 JORF 4 août 2006
— Le tableau 51 couvre les dermites eczématiformes et irritatives liées aux résines époxydiques.
— Le délai de prise en charge est de 7 à 15 jours selon la pathologie.
— Les affections respiratoires liées aux constituants relèvent de tableaux complémentaires (15 bis, 49 bis, 66, 66 bis).
— La liste des travaux est limitative : seules les activités de préparation et d’emploi des résines sont visées.
— En cas de manquement de l’employeur à son obligation de sécurité, une action en faute inexcusable permet une indemnisation majorée.
Questions fréquentes
Quelles maladies sont reconnues par le tableau 51 des maladies professionnelles ?
Le tableau 51 reconnaît principalement les dermites eczématiformes de mécanisme allergique (délai de 15 jours) et les dermites irritatives (délai de 7 jours) causées par les résines époxydiques et leurs constituants.
Quels métiers sont concernés par les maladies liées aux résines époxydiques ?
Les travailleurs exposés lors de la préparation des résines époxydiques et de leur emploi sont concernés : fabrication de stratifiés, application de colles, vernis et peintures époxydiques. Les peintres industriels, stratifieurs et techniciens en composites sont parmi les plus touchés.
Comment déclarer une maladie professionnelle liée aux résines époxydiques ?
La victime doit obtenir un certificat médical initial de son médecin, puis remplir le formulaire Cerfa n° 60-3950 et l’adresser à la CPAM dans un délai de 2 ans. La caisse dispose ensuite de 120 jours pour instruire le dossier et notifier sa décision.
Peut-on contester un refus de reconnaissance de maladie professionnelle ?
Oui, il est possible de saisir la Commission de recours amiable (CRA) dans un délai de 2 mois, puis le tribunal judiciaire (pôle social) en cas de nouveau refus. L’assistance d’un avocat spécialisé est recommandée à ce stade.
Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur dans le cadre du tableau 51 ?
Si l’employeur avait conscience du danger des résines époxydiques et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires (gants, ventilation, formation), la victime peut obtenir une majoration de sa rente d’incapacité et l’indemnisation de ses préjudices personnels (souffrances, préjudice esthétique, etc.).
Pour toute question sur la reconnaissance d’une maladie professionnelle au titre du tableau 51 ou sur les recours possibles, il est recommandé de contacter la permanence de l’association.
Témoignages
— Stéphane M., stratifieur, Loire-AtlantiqueJ’ai bossé 12 ans dans une boite de composites pour le nautisme. Au bout de 6 ans j’ai commencé a avoir de l’eczéma sur les mains, ça partait plus. Mon médecin du travail m’a dit de faire une déclaration de maladie pro, tableau 51. La CPAM a reconnu direct vu que c’était pile dans les cases. J’ai eu 8% d’IPP et une petite rente. C’est pas énorme mais au moins c’est reconnu.
— Nathalie D., peintre industrielle, RhôneApres 4 ans a appliquer des peintures epoxy sans ventilation correcte dans l’atelier, j’ai développé un asthme + eczema. L’association avf.fr m’a orientée vers un avocat qui a monté un dossier de faute inexcusable. L’employeur avait jamais fourni de masque FFP3 ni de gants adaptés. On a obtenu la majoration de la rente + 9500€ pour les souffrances. Franchement sans eux j’aurais laissé tomber.
— Yannick R., technicien maintenance, FinistèreMoi c’était des colles epoxy que j’utilisais tous les jours pour des réparations. Dermite allergique reconnue tableau 51 avec un délai de prise en charge de 15 jours pile. J’ai du changer de poste parce que même avec les gants ça revenait. La reconnaissance en maladie pro m’a permi d’avoir un reclassement professionnel. Faut pas trainer pour déclarer, y a un délai de 2 ans a respecter.



