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Tableau 16 – Maladies dues aux bacilles tuberculeux et mycobactéries atypiques (régime agricole)

Les travailleurs agricoles exposés aux bacilles tuberculeux et à certaines mycobactéries atypiques peuvent développer des pathologies graves reconnues comme maladies professionnelles. Le tableau 16 du régime agricole encadre cette reconnaissance et ouvre droit à une indemnisation spécifique. Comprendre les conditions de ce tableau est essentiel pour toute victime souhaitant faire valoir ses droits et engager les démarches adaptées.

Bacilles tuberculeux et mycobactéries atypiques : de quoi s’agit-il ?

Les bacilles tuberculeux appartiennent au genre des mycobactéries. Le plus connu est Mycobacterium tuberculosis, germe pathogène responsable de la tuberculose humaine. Dans le milieu agricole, c’est surtout Mycobacterium bovis (bacille bovin) qui représente un risque professionnel majeur. La contamination survient par contact direct avec des animaux infectés ou avec leurs produits.

bacilles tuberculeux
bacilles tuberculeux

Les mycobactéries atypiques, aussi appelées mycobactéries non tuberculeuses, sont des bactéries présentes dans l’environnement (eau, sol). Deux espèces sont spécifiquement visées par le tableau 16 :

  • Mycobacterium marinum : responsable d’infections cutanées, souvent contractées au contact d’eaux contaminées.
  • Mycobacterium fortuitum : à l’origine d’infections pulmonaires, cutanées ou des tissus mous.

Ces infections peuvent se manifester sous des formes variées : tuberculose pulmonaire ou extra-pulmonaire, atteintes cutanées, ganglionnaires ou ostéo-articulaires. Chez les travailleurs agricoles, le risque est directement lié à la manipulation d’animaux porteurs ou de produits d’origine animale.

Maladie professionnelle aussi reconnue au régime général

Cette pathologie est également reconnue au titre du régime général de la Sécurité sociale. Un tableau spécifique dédié (tableau 40) existe pour les salariés relevant de ce régime. Les conditions de prise en charge et les travaux visés diffèrent légèrement.

Tableau 16 : maladies dues aux bacilles tuberculeux et à certaines mycobactéries atypiques (Mycobacterium marinum, Mycobacterium fortuitum)

Le tableau 16 du régime agricole des tableaux des maladies professionnelles fixe les conditions précises de reconnaissance. Il a été créé par le décret n°2005-368 du 19 avril 2005.

DÉSIGNATION DE LA MALADIE DÉLAI DE PRISE
EN CHARGE
– A -Affections dues à Mycobacterium bovis :
– tuberculose cutanée ou sous-cutanée ; 6 mois
– tuberculose ganglionnaire ; 6 mois
synovite, ostéoarthrite ; 1 an
– autres localisations. 6 mois
A défaut des preuves bactériologiques, le diagnostic devra s’appuyer sur des examens anatomopathologiques ou d’imagerie ou, à défaut, par traitement d’épreuve spécifique.
– B -Affections cutanées dues à Mycobacterium marinum et fortuitum :Infection cutanée granulomateuse ulcéreuse prolongée dont l’étiologie doit être confirmée par des examens bactériologiques. 30 jours

Désignation des maladies prises en charge

Le tableau 16 couvre l’ensemble des manifestations cliniques liées à une infection par les bacilles tuberculeux ou les mycobactéries atypiques visées. Cela inclut notamment :

  • La tuberculose pulmonaire (forme la plus fréquente).
  • Les tuberculoses extra-pulmonaires : ganglionnaire, ostéo-articulaire, génito-urinaire, méningée.
  • Les infections cutanées à Mycobacterium marinum (granulome des piscines ou des aquariums).
  • Les infections des tissus mous à Mycobacterium fortuitum.

Chaque pathologie est associée à un délai de prise en charge, c’est-à-dire le délai maximal entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie. Ce délai varie selon la forme clinique.

⚠️ Respecter le délai de prise en charge

Le dépassement du délai de prise en charge prévu par le tableau peut entraîner un refus de reconnaissance. Toutefois, il reste possible de saisir le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) pour établir un lien direct entre la pathologie et l’activité professionnelle.

Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer la maladie

Le tableau 16 prévoit une liste limitative des travaux ouvrant droit à la reconnaissance. Pour les bacilles tuberculeux, sont concernés :

  • Travaux susceptibles de mettre en contact avec des animaux porteurs de bacilles bovins ou exécutés dans des installations où ont séjourné de tels animaux.
  • Travaux exécutés dans les abattoirs, boucheries, charcuteries, triperies ou boyauderies, ainsi que dans les entreprises d’équarrissage.
  • Manipulation et traitement du sang, des glandes, des os, des cornes et des cuirs verts.

Le caractère limitatif de cette liste signifie que seuls les travailleurs exerçant ou ayant exercé ces activités peuvent bénéficier de la présomption d’origine professionnelle. Un salarié agricole exerçant un autre type de travail devra prouver le lien de causalité devant le CRRMP.

⚖️ Article D. 461-1 du Code de la Sécurité sociale

Les tableaux de maladies professionnelles définissent les conditions médicales, le délai de prise en charge et la liste des travaux. La présomption d’origine professionnelle s’applique dès que ces trois conditions sont réunies, sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Reconnaissance de la maladie professionnelle : conditions et démarches

Pour qu’une pathologie liée aux bacilles tuberculeux soit reconnue comme maladie professionnelle, trois conditions cumulatives doivent être remplies :

  1. La maladie figure dans la colonne « Désignation des maladies » du tableau 16.
  2. Le délai de prise en charge entre la fin de l’exposition et la constatation médicale est respecté.
  3. Les travaux exercés figurent dans la liste limitative du tableau.

La déclaration doit être adressée à la Mutualité sociale agricole (MSA) pour les travailleurs relevant du régime agricole. Le formulaire de déclaration doit être accompagné du certificat médical initial décrivant la pathologie.

💡 Cas pratique : éleveur bovin diagnostiqué d'une tuberculose

Un éleveur bovin du Cantal travaille depuis 15 ans au contact direct de son troupeau. Après un amaigrissement progressif et une toux persistante, une tuberculose pulmonaire à Mycobacterium bovis est diagnostiquée. Son activité figure dans la liste des travaux du tableau 16 et le délai de prise en charge est respecté. La MSA reconnaît la maladie professionnelle. L’éleveur perçoit une rente maladie professionnelle proportionnelle à son taux d’incapacité.

Indemnisation et recours pour les victimes de tuberculose professionnelle

La reconnaissance en maladie professionnelle ouvre droit à plusieurs prestations :

  • Prise en charge à 100 % des soins médicaux liés à la pathologie.
  • Indemnités journalières en cas d’arrêt de travail, versées sans délai de carence.
  • Rente d’incapacité permanente si des séquelles persistent après consolidation.
  • Capital décès versé aux ayants droit en cas de décès imputable à la maladie.

Il est important de connaître les différences entre accident de travail et maladie professionnelle, car les démarches et les régimes d’indemnisation ne sont pas identiques.

📌 Points clés sur le tableau 16 du régime agricole

– Le tableau 16 concerne les bacilles tuberculeux et deux mycobactéries atypiques : M. marinum et M. fortuitum.
– La liste des travaux est limitative : élevage, abattoirs, boucheries, équarrissage, manipulation de produits animaux.
– La présomption d’origine professionnelle s’applique si les trois conditions du tableau sont réunies.
– En cas de refus, le CRRMP peut être saisi pour établir le lien direct.
– Un avocat spécialisé peut accompagner la victime pour contester un refus ou obtenir une juste indemnisation.

Contester un refus de reconnaissance ou une indemnisation insuffisante

Un refus de la MSA peut être contesté. La victime dispose de deux mois pour saisir la Commission de recours amiable (CRA). En cas de nouvel échec, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible.

Lorsque la maladie résulte d’une faute inexcusable de l’employeur (absence de mesures de prévention, non-respect des règles sanitaires dans un élevage ou un abattoir), la victime peut obtenir une majoration de sa rente ainsi que la réparation intégrale de ses préjudices : souffrances endurées, préjudice esthétique, perte de qualité de vie.

📞 Maladie professionnelle liée aux bacilles tuberculeux : un avocat peut aider

Un travailleur agricole dont la tuberculose professionnelle a été refusée ou insuffisamment indemnisée peut se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel. L’association AVF oriente gratuitement les victimes vers des professionnels compétents.

Prévention du risque tuberculeux en milieu agricole

La prévention repose sur plusieurs mesures essentielles dans les exploitations agricoles et les établissements de transformation :

  • Dépistage régulier de la tuberculose bovine dans les cheptels (tests tuberculiniques).
  • Port d’équipements de protection individuelle (masques, gants) lors de la manipulation d’animaux ou de produits à risque.
  • Surveillance médicale renforcée des travailleurs exposés.
  • Respect des protocoles sanitaires dans les abattoirs et les ateliers de découpe.

L’absence de ces mesures de prévention peut constituer un manquement de l’employeur et, le cas échéant, une faute inexcusable ouvrant droit à une indemnisation complémentaire.

📊 La tuberculose bovine en France

Selon le ministère de l’Agriculture, la France a obtenu le statut de pays officiellement indemne de tuberculose bovine en 2001. Toutefois, des foyers persistent dans certains départements (Dordogne, Côte-d’Or, Pyrénées-Atlantiques), exposant encore les éleveurs et les professionnels de la filière à un risque réel de contamination.

Questions fréquentes


Quelles maladies sont couvertes par le tableau 16 du régime agricole ?

Le tableau 16 couvre les tuberculoses (pulmonaire et extra-pulmonaire) causées par les bacilles tuberculeux ainsi que les infections dues aux mycobactéries atypiques Mycobacterium marinum et Mycobacterium fortuitum. Cela inclut les atteintes cutanées, ganglionnaires, ostéo-articulaires et pulmonaires.


Qui peut bénéficier de la reconnaissance au titre du tableau 16 ?

Les travailleurs du régime agricole exerçant des activités figurant dans la liste limitative : éleveurs en contact avec des animaux porteurs de bacilles bovins, employés d’abattoirs, de boucheries, de charcuteries, de triperies, d’entreprises d’équarrissage, ou toute personne manipulant du sang, des glandes, des os, des cornes ou des cuirs verts d’origine animale.


Existe-t-il un tableau équivalent pour le régime général ?

Oui, le tableau 40 du régime général couvre les mêmes pathologies pour les salariés ne relevant pas du régime agricole. Les conditions et la liste des travaux peuvent différer. Il est possible de consulter le tableau 40 du régime général pour comparer.


Que faire en cas de refus de reconnaissance par la MSA ?

La victime peut contester le refus devant la Commission de recours amiable (CRA) dans un délai de deux mois. Si le refus est maintenu, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire est possible. L’assistance d’un avocat spécialisé est fortement recommandée à ce stade.


Peut-on obtenir une indemnisation complémentaire en cas de faute de l'employeur ?

Oui. Si l’employeur n’a pas mis en place les mesures de prévention nécessaires (dépistage des animaux, équipements de protection, surveillance médicale), la victime peut engager une procédure en faute inexcusable. Cela permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices subis.


Témoignages

J’ai chopé la tuberculose y a 3 ans, le médecin du travail m’a dit que c’etait surement lié à mon troupeau. J’ai fais ma déclaration à la MSA et ça a été reconnu maladie pro. J’ai une rente de 18% d’incapacité maintenant. C’est pas énorme mais au moins les soins sont pris en charge. Faut pas hésiter à faire les démarches.

— Philippe, éleveur dans le Cantal

Après 12 ans en abattoir, on m’a diagnostiqué une tuberculose ganglionnaire. La MSA a d’abord refusé en disant que le délai était dépassé. J’ai contacté avf.fr qui m’a mis en relation avec un avocat. Il a saisi le CRRMP et finalement ça a été reconnu. Sans cet accompagnement j’aurais abandonné c’est sur.

— Nadia, ancienne employée d'abattoir en Dordogne

Pendant 30 ans j’ai manipulé des bêtes dans des fermes, y compris des troupeaux pas toujours controlés… A la retraite, tuberculose pulmonaire. Mon ancien employeur m’a dit que ça venait pas du travail. L’avocat que j’ai trouvé grace à l’association a prouvé la faute inexcusable car y avait aucun equipement de protection fourni. J’ai touché une majoration de rente + 15 000€ pour les souffrances.

— Bernard, vétérinaire rural à la retraite