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Tableau 47 – Affections consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante (régime agricole)

L’exposition à l’amiante dans le milieu agricole reste une réalité souvent méconnue. Bâtiments d’élevage, hangars, toitures en fibrociment : de nombreux travailleurs agricoles ont été en contact prolongé avec des fibres d’amiante sans le savoir. Le tableau 47 du régime agricole des maladies professionnelles permet de faire reconnaître les affections consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante et d’ouvrir droit à une indemnisation. Comprendre ce tableau est essentiel pour engager les démarches adaptées.

Affections consécutives à l'inhalation de poussières d'amiante
Affections consécutives à l

Poussières d’amiante : de quoi parle-t-on ?

L’amiante est un minéral fibreux autrefois massivement utilisé pour ses propriétés isolantes et résistantes au feu. On le retrouve dans les toitures, les calorifugeages, les joints, les plaques de fibrociment et de nombreux matériaux de construction. En milieu agricole, les bâtiments anciens, les serres et les hangars en contenaient fréquemment.

Lorsque ces matériaux se dégradent ou sont manipulés (découpe, dépose, démolition), de fines fibres d’amiante se dispersent dans l’air. Une fois inhalées, elles se logent durablement dans les poumons et la plèvre. Le terme médical d’affection désigne ici toute maladie provoquée par cette exposition.

Les pathologies liées à l’amiante se déclarent souvent des dizaines d’années après l’exposition. Ce temps de latence, parfois supérieur à 30 ans, complique la prise de conscience des victimes et rend la reconnaissance en maladie professionnelle d’autant plus importante.

⚠️ Un temps de latence très long

Les maladies de l’amiante peuvent apparaître 10 à 40 ans après la dernière exposition. Il ne faut pas écarter l’hypothèse d’une maladie professionnelle même si l’activité agricole remonte à plusieurs décennies.

Quelles affections sont visées par le tableau 47 ?

Le tableau 47 du régime agricole recense les principales pathologies reconnues comme consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante. Il définit pour chacune d’elles un délai de prise en charge (durée maximale entre la fin de l’exposition et l’apparition de la maladie) et, le cas échéant, une durée minimale d’exposition.

DÉSIGNATION DES MALADIES DÉLAI DE PRISE EN CHARGE
A. – Asbestose : fibrose pulmonaire diagnostiquée sur des signes radiologiques spécifiques, qu’il y ait ou non des modifications des explorations fonctionnelles respiratoires. Complications : insuffisance respiratoire aiguë, insuffisance ventriculaire droite. 20 ans
B. – Lésions pleurales bénignes, avec ou sans modifications des explorations fonctionnelles respiratoires : pleurésie exsudative ; plaques pleurales plus ou moins calcifiées bilatérales, pariétales, diaphragmatiques ou médiastinales ; plaques péricardiques ; épaississements pleuraux bilatéraux, avec ou sans irrégularités diaphragmatiques. 20 ans
C. – Dégénérescence maligne broncho-pulmonaire compliquant les lésions parenchymateuses et pleurales bénignes ci-dessus mentionnées. 35 ans
D. – Mésothéliome malin primitif de la plèvre, du péritoine, du péricarde. 40 ans
E. – Autres tumeurs pleurales primitives. 40 ans

Pathologies respiratoires et pleurales

Parmi les affections les plus fréquentes figurent :

  • Asbestose (fibrose pulmonaire) : atteinte progressive du tissu pulmonaire, entraînant essoufflement et toux chronique.
  • Plaques pleurales : épaississements bénins de la plèvre, souvent découverts fortuitement à la radiographie.
  • Épaississements pleuraux diffus : atteinte plus étendue de la plèvre pouvant réduire la capacité respiratoire.
  • Pleurésie exsudative : épanchement de liquide dans la plèvre, parfois récidivant.

Cancers liés à l’amiante

Le tableau 47 couvre également des pathologies graves :

  • Mésothéliome (cancer de la plèvre, du péritoine ou du péricarde) : tumeur quasi exclusivement liée à l’amiante.
  • Cancer broncho-pulmonaire primitif : cancer du poumon dont le lien avec l’amiante est établi.
Régime général et régime agricole

Les affections liées à l’amiante sont aussi reconnues dans le tableau 30 du régime général. Le tableau applicable dépend du régime de protection sociale du salarié au moment de l’exposition. Un travailleur agricole relève du tableau 47.

Travaux et activités concernés en milieu agricole

Le tableau 47 dresse une liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies. Il s’agit de travaux exposant à l’inhalation de poussières d’amiante, notamment :

  • Travaux d’équipement, d’entretien ou de maintenance effectués sur des matériels ou dans des locaux et annexes revêtus ou contenant des matériaux à base d’amiante.
  • Application, destruction et élimination de produits à base d’amiante : amiante projeté, calorifugeage au moyen de produits contenant de l’amiante, démolition d’appareils et de matériaux contenant de l’amiante, déflocage.
  • Travaux de pose et de dépose de calorifugeage contenant de l’amiante.

En pratique, dans le secteur agricole, cela concerne la manipulation de plaques de fibrociment (toitures de hangars, serres), l’entretien de bâtiments anciens, le remplacement de conduites d’eau en amiante-ciment ou encore la démolition de structures agricoles vétustes.

💡 Cas pratique : un ancien ouvrier viticole

Jean, 67 ans, a travaillé pendant 25 ans dans une exploitation viticole en Dordogne. Il intervenait régulièrement sur l’entretien des bâtiments, notamment le remplacement de plaques de toiture en fibrociment. En 2023, un scanner révèle des plaques pleurales bilatérales. Son médecin traitant fait le lien avec l’amiante. Jean dépose un dossier de maladie professionnelle au titre du tableau 47 du régime agricole et obtient une reconnaissance avec un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) de 10 %. Il saisit ensuite le FIVA pour obtenir une indemnisation complémentaire.

Conditions de reconnaissance en maladie professionnelle

Pour qu’une affection liée à l’amiante soit reconnue au titre du tableau 47, trois conditions cumulatives doivent être remplies :

  • La maladie doit figurer dans la colonne « désignation des maladies » du tableau.
  • Le délai de prise en charge ne doit pas être dépassé (variable selon la pathologie, de 2 ans pour une pleurésie à 40 ans pour un mésothéliome).
  • Les travaux effectués doivent correspondre à la liste indicative ou, à défaut, l’exposition à l’amiante doit être établie.

Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, il reste possible de saisir le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce comité peut établir un lien direct entre la maladie et l’activité professionnelle, même en dehors des conditions strictes du tableau.

⚖️ Décret n°2005-368 du 19 avril 2005 – art. 1

Ce décret a créé le tableau 47 des maladies professionnelles du régime agricole, permettant la reconnaissance des affections consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante pour les travailleurs relevant de la MSA.

Indemnisation des victimes de l’amiante

La reconnaissance en maladie professionnelle ouvre droit à plusieurs formes d’indemnisation. Le salarié agricole peut percevoir des indemnités journalières pendant l’arrêt de travail, puis une rente ou un capital en fonction du taux d’incapacité permanente fixé par le médecin-conseil de la MSA.

Le FIVA : un fonds dédié aux victimes de l’amiante

Le FIVA (Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante) peut indemniser les conséquences liées à l’amiante. Ce fonds intervient en complément de la réparation accordée par le régime de sécurité sociale. Il couvre les préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux : souffrances physiques, préjudice moral, préjudice d’agrément, préjudice des proches en cas de décès.

La victime peut également engager une action en faute inexcusable de l’employeur si celui-ci avait ou aurait dû avoir conscience du danger sans avoir pris les mesures nécessaires. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices.

📊 Indemnisation FIVA

En 2023, le FIVA a versé en moyenne 20 000 € pour des plaques pleurales et plus de 150 000 € pour un mésothéliome. Les montants varient selon la gravité de la pathologie et l’âge de la victime.

📌 Les étapes clés pour la victime

  • Consulter un médecin et obtenir un certificat médical initial (CMI) mentionnant le lien avec l’amiante.
  • Déposer une déclaration de maladie professionnelle auprès de la MSA avec le CMI.
  • Saisir le FIVA pour une indemnisation complémentaire.
  • Envisager une action en faute inexcusable de l’employeur si les conditions sont réunies.
  • Se faire accompagner par un avocat spécialisé en dommage corporel et par un médecin expert de recours.

Autres pathologies liées à l’inhalation de substances

L’amiante n’est pas la seule substance inhalée susceptible de provoquer des maladies professionnelles. D’autres expositions en milieu agricole ou industriel peuvent entraîner des pathologies graves. Par exemple, le cancer bronchique primitif provoqué par l’inhalation de poussières ou de vapeurs renfermant des arséno-pyrites aurifères fait l’objet d’un tableau distinct.

De même, les affections périarticulaires liées aux gestes répétitifs constituent une autre catégorie de maladies professionnelles fréquentes en milieu agricole.

D'autres pathologies liées à l'amiante existent

Les affections provoquées par des substances chimiques utilisées en agriculture (pesticides, solvants, dérivés du phénol) sont également reconnues. Le tableau 13 du régime agricole couvre par exemple les affections liées aux dérivés nitrés du phénol et au pentachlorophénol.

📞 Victime de l'amiante en milieu agricole ?

L’association AVF accompagne les victimes de l’amiante dans leurs démarches de reconnaissance en maladie professionnelle et d’indemnisation. Il est possible de contacter la permanence de l’association pour être orienté vers un avocat spécialisé.

Questions fréquentes

Questions fréquentes


Quel est le délai de prise en charge pour un mésothéliome au titre du tableau 47 ?

Le délai de prise en charge pour un mésothéliome (cancer de la plèvre) est de 40 ans après la fin de l’exposition à l’amiante. Ce délai long reflète le temps de latence extrêmement élevé de cette pathologie.


Peut-on obtenir une reconnaissance hors tableau si les conditions ne sont pas remplies ?

Oui. Si la maladie ne remplit pas strictement les conditions du tableau 47, la victime peut demander la saisine du CRRMP. Ce comité examine le dossier médical et professionnel pour établir un lien direct entre l’exposition à l’amiante et la pathologie.


Le FIVA et la maladie professionnelle sont-ils cumulables ?

Oui, les deux démarches sont complémentaires. La reconnaissance en maladie professionnelle donne droit aux prestations de la MSA. Le FIVA verse une indemnisation complémentaire couvrant les préjudices non pris en charge par la sécurité sociale (souffrances, préjudice moral, préjudice d’agrément).


Quelle est la différence entre le tableau 47 et le tableau 30 ?

Le tableau 47 concerne les travailleurs du régime agricole (MSA). Le tableau 30 s’applique aux salariés du régime général (CPAM). Les pathologies reconnues sont similaires, mais le régime de rattachement détermine quel tableau utiliser.


Un proche décédé de l'amiante peut-il être indemnisé ?

Oui. Les ayants droit d’une personne décédée d’une maladie liée à l’amiante peuvent déposer un dossier auprès du FIVA et obtenir une indemnisation au titre du préjudice moral et, le cas échéant, du préjudice économique. Une action en faute inexcusable reste également possible.


Témoignages

J’ai travaillé 30 ans dans ma ferme, j’ai changé des plaques de toit en fibrociment des dizaines de fois sans aucune protection. À 72 ans on m’a trouvé des plaques pleurales. J’ai fait un dossier de maladie professionnelle avec l’aide d’avf.fr, la MSA a reconnu la maladie en 4 mois. Ensuite j’ai saisi le FIVA, j’ai touché environ 18 000 €. C’est pas énorme mais au moins c’est reconnu.

— Marcel D., ancien exploitant agricole, Indre-et-Loire

Mon mari est décédé d’un mésothéliome en 2021. Il avait travaillé dans des serres et des hangars agricoles pendant 25 ans. On savait pas que c’était l’amiante. C’est l’association qui nous a orienté vers un avocat, il a monté le dossier au FIVA et on a obtenu plus de 130 000 € d’indemnisation. Ça remplace pas mon mari mais ça m’a aidée financièrement.

— Catherine L., veuve d'un ouvrier agricole, Vendée

Moi j’avais juste un essoufflement qui trainait depuis des années. C’est mon pneumologue qui a fait le rapprochement avec l’amiante dans les anciens bâtiments du domaine. Scanner, certificat médical, déclaration à la MSA… Tout a été pris en charge. J’ai eu un taux d’IPP de 8 % et une petite rente. C’est pas grand chose mais au moins c’est dans mon dossier médical si ça s’aggrave.

— Thierry R., ouvrier viticole retraité, Dordogne