Le bromure de méthyle, longtemps utilisé comme pesticide dans le secteur agricole, est à l’origine de pathologies graves reconnues au titre des maladies professionnelles. Le tableau 23 du régime agricole encadre la reconnaissance de l’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle. Comprendre ce tableau permet à la victime d’une exposition de faire valoir ses droits à une prise en charge intégrale et, le cas échéant, d’engager un recours en faute inexcusable de l’employeur.

Qu’est-ce que le bromure de méthyle et pourquoi est-il dangereux ?
Le bromure de méthyle (CH₃Br) est un composé chimique organique halogéné. Il se présente sous forme de gaz incolore, inodore et extrêmement toxique, bien qu’il soit ininflammable. Ces caractéristiques le rendent particulièrement sournois : un travailleur peut y être exposé sans s’en rendre compte.
Ce gaz a été massivement utilisé dans le monde agricole comme agent fumigant. Il servait principalement à :
- La désinfection des sols avant plantation (cultures maraîchères, floriculture)
- Le traitement des denrées alimentaires destinées à l’exportation (fruits, céréales)
- La lutte contre les rongeurs (rodenticide) et les nématodes dans les exploitations
Depuis le Protocole de Montréal, l’usage du bromure de méthyle a été progressivement interdit en raison de son effet destructeur sur la couche d’ozone. Cependant, de nombreux travailleurs agricoles ont été exposés pendant des décennies. Les effets sur la santé peuvent se manifester longtemps après l’exposition.
Même si le bromure de méthyle n’est plus utilisé en France, une personne ayant travaillé dans le secteur agricole avant son interdiction peut encore développer des symptômes. Les délais de prise en charge du tableau 23 permettent une reconnaissance même plusieurs mois après la fin de l’exposition.
Pathologies reconnues au titre du tableau 23 du régime agricole
Le tableau 23 recense les affections provoquées par l’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle. Les pathologies reconnues se répartissent en deux catégories selon la durée et l’intensité de l’exposition.
Intoxication aiguë par le bromure de méthyle
L’intoxication aiguë survient après une exposition brève mais intense. Elle se manifeste par :
- Des troubles neurologiques : céphalées violentes, vertiges, tremblements, convulsions
- Des troubles digestifs : nausées, vomissements
- Des troubles visuels pouvant aller jusqu’à la cécité temporaire
- Un œdème pulmonaire dans les cas les plus sévères
Intoxication chronique et séquelles à long terme
Une exposition prolongée, même à faible dose, peut entraîner des atteintes durables :
- Polynévrite (atteinte des nerfs périphériques) avec troubles de la sensibilité et de la motricité
- Syndrome cérébelleux (troubles de l’équilibre et de la coordination)
- Troubles psychiques : irritabilité, troubles de la mémoire, dépression
- Atteintes rénales et hépatiques
Le tableau 23 prévoit des délais de prise en charge variables selon la pathologie. Pour les troubles neurologiques chroniques, ce délai peut atteindre plusieurs mois après la cessation de l’exposition. Il est essentiel de consulter un médecin dès l’apparition des premiers symptômes afin de constituer un dossier médical solide.
| DÉSIGNATION DE LA MALADIE | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| Troubles encéphalo-médullaires, tremblements intentionnels, myoclonies, crises épileptiformes, ataxies, aphasie et dysarthrie, accès confusionnels, anxiété pantophobique, dépression mélancolique | 7 jours |
| Troubles oculaires, amaurose ou amblyopie, diplopie. | 7 jours |
| Troubles auriculaires, hyperacousie, vertiges et troubles labyrinthiques. | 7 jours |
| Accidents aigus (en dehors des cas considérés comme accidents du travail), crises épileptiques, coma. | 7 jours |
Tableau réglementaire : intoxication professionnelle par le bromure de méthyle
LISTE INDICATIVE DES PRINCIPAUX TRAVAUX susceptibles de provoquer la maladie :
Manipulation et emploi du bromure de méthyle ou des produits en renfermant, notamment :
- Utilisation comme agent insecticide, rodenticide ou nématicide
- Emploi pour le traitement des sols, dans les conditions fixées par l’arrêté du 25 janvier 1971
Ce décret a créé le tableau 23 du régime agricole relatif à l’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle. Il définit les pathologies, les délais de prise en charge et la liste indicative des travaux exposants.
Cette maladie est également reconnue au titre du régime général de la Sécurité sociale. Les salariés non agricoles exposés au bromure de méthyle relèvent du tableau 26 du régime général.
Faire reconnaître une intoxication par le bromure de méthyle comme maladie professionnelle
La reconnaissance d’une maladie professionnelle liée au bromure de méthyle suit une procédure précise. Voici les étapes principales.
Étape 1 : Consultation médicale et certificat médical initial
La victime doit consulter un médecin qui établira un certificat médical initial (CMI). Ce document décrit les lésions ou pathologies constatées et leur lien possible avec l’exposition professionnelle.
Étape 2 : Déclaration auprès de la MSA
Pour les travailleurs du régime agricole, la déclaration se fait auprès de la Mutualité Sociale Agricole (MSA). Le dossier comprend le CMI, le formulaire de déclaration et tout élément prouvant l’exposition (fiches de poste, attestations de collègues, documents de l’entreprise).
Étape 3 : Instruction et décision
La MSA dispose d’un délai de trois mois (renouvelable une fois) pour instruire le dossier. Si les conditions du tableau 23 sont réunies (pathologie listée, délai de prise en charge respecté, travaux figurant dans la liste), la présomption d’origine professionnelle s’applique.
Un ancien ouvrier agricole ayant travaillé pendant quinze ans dans une exploitation maraîchère développe des troubles neurologiques : tremblements des mains, difficultés de coordination et pertes de mémoire. Son médecin diagnostique une polynévrite. L’ouvrier déclare sa maladie professionnelle auprès de la MSA en joignant ses fiches de poste mentionnant l’utilisation régulière de bromure de méthyle pour la désinfection des sols. Sa pathologie figurant au tableau 23, la reconnaissance est obtenue avec un taux d’incapacité permanente partielle de 25 %.
Contestation et recours en cas de refus de reconnaissance
Un refus de la MSA n’est pas définitif. Plusieurs voies de recours existent pour la victime.
En cas de rejet, il est possible de saisir la Commission de Recours Amiable (CRA) dans un délai de deux mois. Si le refus est maintenu, la victime peut porter l’affaire devant le pôle social du tribunal judiciaire.
Par ailleurs, si la pathologie ne figure pas strictement dans le tableau mais qu’un lien avec l’activité professionnelle est établi, le dossier peut être transmis au Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP).
La victime dispose d’un délai de deux ans à compter de la date du certificat médical initial pour déclarer sa maladie professionnelle. Passé ce délai, la demande peut être rejetée. Il est donc impératif d’agir rapidement.
La faute inexcusable de l’employeur
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger lié au bromure de méthyle et n’a pas pris les mesures de protection nécessaires, la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices : souffrances endurées, préjudice esthétique, perte de qualité de vie.
L’accompagnement par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel est vivement recommandé pour cette démarche. L’association AVF peut orienter la victime vers un professionnel compétent.
Une victime d’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle peut avoir droit à une indemnisation majorée. L’Aide aux Victimes de France met gratuitement en relation avec des avocats spécialisés en faute inexcusable de l’employeur.
Liens avec d’autres pathologies professionnelles chimiques
L’intoxication par le bromure de méthyle présente des similitudes avec d’autres intoxications professionnelles d’origine chimique. Les travailleurs agricoles exposés à des fumigants peuvent également avoir été en contact avec d’autres substances toxiques.
L’intoxication professionnelle par le chlorure de méthyle (tableau 27 du régime général) concerne un composé chimique voisin avec des effets neurologiques comparables.
D’autres tableaux du régime général couvrent des intoxications liées à des substances présentes dans l’environnement agricole et industriel, comme les intoxications par l’hydrogène arsénié ou les affections dues à la silice cristalline.
– Le tableau 23 couvre l’intoxication professionnelle par le bromure de méthyle chez les travailleurs agricoles.
– Les pathologies reconnues vont des troubles neurologiques aigus aux atteintes chroniques (polynévrite, syndrome cérébelleux).
– La déclaration se fait auprès de la MSA avec un certificat médical initial.
– En cas de refus, un recours est possible devant la CRA puis le tribunal judiciaire.
– La faute inexcusable de l’employeur ouvre droit à une indemnisation majorée.
Questions fréquentes
Le bromure de méthyle est-il encore utilisé en France ?
Non, l’usage du bromure de méthyle est interdit en France depuis 2005 dans le cadre du Protocole de Montréal. Toutefois, les travailleurs exposés avant cette date peuvent toujours faire reconnaître leur maladie professionnelle si les symptômes apparaissent dans les délais de prise en charge prévus par le tableau 23.
Quelle est la différence entre le tableau 23 du régime agricole et le tableau 26 du régime général ?
Les deux tableaux couvrent la même pathologie : l’intoxication par le bromure de méthyle. Le tableau 23 s’applique aux travailleurs relevant du régime agricole (MSA), tandis que le tableau 26 concerne les salariés du régime général (CPAM). Les pathologies et conditions de reconnaissance sont similaires.
Quel est le délai pour déclarer une maladie professionnelle liée au bromure de méthyle ?
La victime dispose d’un délai de deux ans à compter de la date du certificat médical initial constatant le lien possible entre la maladie et l’exposition professionnelle. Il est fortement recommandé de ne pas attendre pour engager les démarches.
Peut-on obtenir une indemnisation complémentaire en cas d'intoxication au bromure de méthyle ?
Oui. Si l’employeur n’a pas respecté son obligation de sécurité (absence de protection respiratoire, défaut d’information sur les risques), la victime peut engager une action en faute inexcusable. Cette procédure permet d’obtenir la majoration de la rente d’incapacité et la réparation de l’ensemble des préjudices personnels.
Comment prouver une exposition au bromure de méthyle des années après ?
Plusieurs éléments peuvent servir de preuve : fiches de poste, registres de traitement phytosanitaire de l’exploitation, témoignages d’anciens collègues, certificats de travail mentionnant les activités de fumigation. Un avocat spécialisé peut aider à reconstituer le parcours professionnel et rassembler les preuves nécessaires.
Témoignages
— Gérard L., ancien ouvrier maraîcher, Lot-et-GaronneJ’ai travaillé 20 ans dans les serres, on utilisait le bromure de méthyle pour traiter les sols avant chaque saison. Personne nous disait rien sur les risques, on avait meme pas de masque. Aujourd’hui j’ai des tremblements, des vertiges et la mémoire qui flanche. Grâce a avf.fr j’ai été mis en contact avec un avocat qui m’a aidé pour la faute inexcusable. Mon taux d’IPP est passé de 15% a 30% avec la majoration. Je regrette de pas avoir fait les démarches plus tôt.
— Marie-Claire D., veuve d'un chef de culture, Bouches-du-RhôneMon mari est décédé suite a des complications neurologiques. Il avait manipulé du bromure de méthyle pendant des années pour désinfecter les entrepots de fruits. La MSA avait refusé la reconnaissance au départ, mais on a fait un recours devant le tribunal. L’avocat a démontré que la pathologie correspondait bien au tableau 23. Aujourd’hui j’ai obtenu la reconnaissance et une rente. C’est pas grand chose face a la perte mais au moins c’est reconnu.
— Patrick B., ancien salarié agricole, VaucluseJ’ai contacté l’association après avoir lu un article sur les maladies pro dans l’agriculture. Je savais pas que mes problèmes de coordination et mes fourmillements dans les jambes pouvaient etre liés au bromure de méthyle que j’utilisais dans les années 90. L’avocat que m’a orienté avf.fr a monté tout le dossier, et la MSA a accepté en 4 mois. Je touche maintenant une rente pour mon incapacité. Faut pas hésiter a se renseigner meme si l’exposition date de longtemps.



