Les infections par les virus des hépatites A, B, C, D et E peuvent être reconnues comme maladies professionnelles dans le régime agricole. Le tableau 33 de ce régime encadre précisément les conditions de cette reconnaissance : type de maladie, délai de prise en charge et travaux susceptibles de provoquer la contamination. Lorsqu’un travailleur agricole contracte une hépatite virale dans le cadre de son activité, il est essentiel de connaître ses droits et les démarches à engager pour obtenir une juste indemnisation.

Hépatites A, B, C, D et E : comprendre les différents virus
Le terme « hépatite » désigne une inflammation du foie. Lorsqu’elle est d’origine virale, elle peut être causée par cinq virus principaux, chacun avec un mode de transmission et une gravité différents :
- Hépatite A (VHA) : maladie infectieuse aiguë du foie, transmise principalement par voie fécale-orale (eau ou aliments contaminés). Elle ne devient généralement pas chronique.
- Hépatite B (VHB) : infection virale potentiellement grave, transmise par le sang et les liquides biologiques. Elle peut évoluer vers une forme chronique, une cirrhose ou un cancer du foie.
- Hépatite C (VHC) : inflammation du foie causée par le VHC, transmise essentiellement par voie sanguine. Elle évolue fréquemment vers la chronicité.
- Hépatite D (VHD) : infection liée au virus delta, qui ne peut se développer qu’en présence du virus de l’hépatite B. Elle aggrave le pronostic de l’hépatite B.
- Hépatite E (VHE) : maladie infectieuse transmise par voie fécale-orale, proche de l’hépatite A. Elle peut être grave chez la femme enceinte et les personnes immunodéprimées.
Les hépatites virales professionnelles sont également reconnues dans le régime général de la Sécurité sociale. Un tableau spécifique dédié (tableau 45) existe pour les salariés relevant de ce régime. Les conditions de reconnaissance diffèrent légèrement entre les deux régimes.
En milieu agricole, l’exposition aux eaux usées, aux déjections animales ou au contact avec des personnes contaminées constitue un facteur de risque significatif. La reconnaissance en maladie professionnelle permet au travailleur de bénéficier d’une prise en charge intégrale de ses soins et, le cas échéant, d’une indemnisation de ses séquelles.
Tableau 33 du régime agricole : infections professionnelles par les virus des hépatites A, B, C, D et E
Le tableau 33 du régime agricole définit les conditions précises dans lesquelles une hépatite virale peut être reconnue comme maladie professionnelle. Il détaille trois éléments fondamentaux : la désignation de la maladie, le délai de prise en charge et les travaux susceptibles de provoquer la contamination.
| DÉSIGNATION DES MALADIES | DÉLAI DE PRISE EN CHARGE |
|---|---|
| I. – Hépatites virales transmises par voie oralea) Hépatites à virus A : | |
| – hépatite fulminante ; | 40 jours |
| – hépatite aiguë ou subaiguë ; | 60 jours |
| – formes à rechutes. | 60 jours |
| Ces pathologies et leur étiologie doivent être confirmées par des examens biochimiques et par la détection du virus A traduisant une infection en cours. | |
| b) Hépatite à virus E | Travaux exposant aux produits biologiques d’origine humaine et aux objets contaminés par eux. |
| – hépatite fulminante ; | 40 jours |
| – hépatite aiguë ou subaiguë. | 60 jours |
| Ces pathologies et leur étiologie doivent être confirmées par des examens biochimiques et par la détection du virus E traduisant une infection en cours. | |
| II. – Hépatites virales transmises par le sang, ses dérivés et tout autre liquide biologique ou tissu humains | |
| a) Hépatites à virus B (en dehors des cas qui auraient été pris en charge au titre d’un accident du travail) : | |
| – hépatite fulminante ; | 40 jours |
| – hépatite aiguë avec ou sans manifestations ictériques ; | 180 jours |
| – manifestations extrahépatiques dues à l’infection aiguë par le virus B : urticaire, érythème noueux, acrodermatite papuleuse, syndrome de Raynaud, vascularites, polyarthrite, néphropathie glomérulaire, anémie hémolytique ; | 180 jours |
| – hépatite chronique active ou non. | 2 ans |
| Ces pathologies : hépatite fulminante, hépatite aiguë, manifestations extrahépatiques, et leur étiologie doivent être confirmées par des examens biochimiques et par la présence de marqueurs du virus B témoignant d’une infection en cours. | |
| – manifestations extrahépatiques dues à l’infection chronique par le virus B : vascularite dont périartérite noueuse, néphropathie glomérulaire membrano-proliférative ; | 10 ans |
| – cirrhose ; | 20 ans |
| – carcinome hépato-cellulaire. | 30 ans |
| L’étiologie de ces pathologies : manifestations extrahépatiques, cirrhose et carcinome hépato-cellulaire, doit être confirmée par la présence de marqueurs du virus témoignant d’une infection chronique à virus B ou un examen du tissu hépatique montrant les traces de ce virus. | |
| b) Co-infection d’une hépatite B par le virus D : | |
| – hépatite fulminante ; | 40 jours |
| – hépatite aiguë ; | 180 jours |
| – hépatite chronique active. | 2 ans |
| L’étiologie doit être confirmée par la présence de marqueurs traduisant une infection en cours par le virus D | |
| c) Hépatites à virus C (en dehors des cas qui auraient été pris en charge au titre d’un accident du travail) : | |
| – hépatite aiguë avec ou sans manifestations cliniques ; | 180 jours |
| – hépatite chronique active ou non. | 20 ans |
| Ces pathologies et leur étiologie doivent être confirmées par des examens biochimiques et par la présence de marqueurs du virus témoignant d’une infection en cours. | |
| – manifestations extrahépatiques dues à l’infection chronique par le virus C | 20 ans |
| 1. Associées à une cryo-globulinémie mixte essentielle : purpura, vascularites, neuropathies périphériques, syndrome sec, polyarthrite, néphropathie membrano-proliférative ; | |
| 2. Hors de la présence d’une cryo-globulinémie : porphyrie cutanée tardive, lichen plan, urticaire : | |
| – cirrhose ; | 20 ans |
| – carcinome hépato-cellulaire. | 30 ans |
| L’étiologie de ces pathologies : manifestations extrahépatiques, cirrhose et carcinome hépato-cellulaire, doit être confirmée par une sérologie traduisant une hépatite chronique à virus C ou un examen du tissu hépatique montrant les traces de ce virus. |
Maladies désignées et délais de prise en charge
Le tableau 33 couvre les manifestations cliniques suivantes, chacune associée à un délai de prise en charge spécifique :
- Hépatite A : hépatite aiguë avec ou sans ictère (jaunisse). Délai de prise en charge de 30 jours.
- Hépatite B : hépatite aiguë ou chronique, cirrhose, carcinome hépatocellulaire. Délai pouvant aller jusqu’à 180 jours pour la forme aiguë et plusieurs années pour les complications chroniques.
- Hépatite C : hépatite aiguë ou chronique, cirrhose, carcinome hépatocellulaire. Délai de prise en charge de 180 jours pour la forme aiguë.
- Hépatite D : hépatite aiguë ou chronique (co-infection ou surinfection avec le VHB).
- Hépatite E : hépatite aiguë avec ou sans ictère. Délai de 30 jours.
Le délai de prise en charge correspond à la période maximale entre la fin de l’exposition professionnelle au risque et la première constatation médicale de la maladie. Si la maladie se déclare après ce délai, la reconnaissance automatique n’est plus possible. Il faudra alors saisir le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) pour une reconnaissance par voie complémentaire.
Travaux susceptibles de provoquer ces infections professionnelles
Le tableau 33 identifie les activités professionnelles exposant au risque de contamination :
- Travaux exposant au contact d’eaux usées lors de l’installation, l’exploitation et l’entretien des réseaux d’assainissement.
- Travaux exposant au contact d’eaux usées dans les cuisines de restauration collective.
- Travaux au contact de produits biologiques d’origine humaine ou animale susceptibles de contenir les virus des hépatites.
- Travaux dans les laboratoires de biologie ou les établissements de soins vétérinaires.
Un ouvrier agricole intervient régulièrement sur le réseau d’assainissement d’une exploitation. Après plusieurs mois, il développe une fatigue intense et un ictère. Le diagnostic révèle une hépatite A aiguë. La première constatation médicale intervient dans les 30 jours suivant sa dernière exposition. La maladie est déclarée au titre du tableau 33. La MSA (Mutualité Sociale Agricole) reconnaît la maladie professionnelle et prend en charge l’intégralité des soins.
Déclarer une hépatite virale comme maladie professionnelle en régime agricole
La procédure de déclaration suit un parcours précis. Le travailleur agricole doit agir dans les délais pour préserver ses droits.
Étapes de la déclaration
- Consulter un médecin qui établit un certificat médical initial (CMI) décrivant la pathologie et le lien possible avec l’activité professionnelle.
- Déclarer la maladie professionnelle auprès de la MSA en remplissant le formulaire spécifique, accompagné du CMI et de l’attestation de salaire.
- Instruction du dossier par la MSA, qui dispose d’un délai de 120 jours pour rendre sa décision.
- Notification de la décision : reconnaissance ou refus. En cas de refus, un recours est possible.
Lorsque la maladie figure dans un tableau de maladies professionnelles et que les conditions de délai et de travaux sont remplies, la présomption d’imputabilité s’applique. Cela signifie que le salarié n’a pas à prouver le lien de causalité entre sa maladie et son travail : celui-ci est présumé.
En cas de refus de reconnaissance
Si la MSA refuse la reconnaissance, plusieurs voies de recours existent. La victime peut contester la décision devant la Commission de Recours Amiable (CRA), puis, en cas de nouveau refus, saisir le Pôle social du tribunal judiciaire.
Lorsque les conditions du tableau ne sont pas entièrement remplies (par exemple, dépassement du délai de prise en charge), le dossier peut être transmis au CRRMP. Ce comité examine si un lien direct et essentiel existe entre la maladie et le travail habituel de la victime.
D’autres pathologies virales peuvent être reconnues comme maladies professionnelles dans le régime agricole. C’est notamment le cas de la poliomyélite, également causée par un virus et liée à certaines conditions de travail exposant à des eaux contaminées.
Indemnisation des hépatites virales professionnelles
La reconnaissance d’une hépatite virale en maladie professionnelle ouvre droit à plusieurs prestations et indemnisations :
- Prise en charge à 100 % des frais médicaux liés à la maladie (consultations, hospitalisations, traitements, analyses).
- Indemnités journalières en cas d’arrêt de travail, plus favorables qu’en maladie ordinaire.
- Rente d’incapacité permanente si la maladie laisse des séquelles après consolidation, calculée en fonction du taux d’incapacité fixé par le médecin-conseil.
- Indemnisation complémentaire en cas de faute inexcusable de l’employeur (absence de mesures de protection, non-respect des obligations de sécurité).
Selon les données de la MSA et de l’Assurance Maladie, les hépatites virales d’origine professionnelle représentent plusieurs dizaines de cas reconnus chaque année en France, tous régimes confondus. Les formes chroniques d’hépatite B et C peuvent entraîner des taux d’incapacité permanente significatifs, parfois supérieurs à 30 %.
Pour les victimes souffrant de séquelles lourdes (cirrhose, insuffisance hépatique chronique), la question du placement du capital indemnitaire se pose dès la perception des indemnités.
La faute inexcusable de l’employeur
Lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le salarié, une action en reconnaissance de faute inexcusable peut être engagée. Cette procédure permet d’obtenir une majoration de la rente et la réparation intégrale des préjudices (souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d’agrément).
Un travailleur agricole victime d’une hépatite virale professionnelle peut contester un refus de reconnaissance ou engager une action en faute inexcusable. L’Association d’Aide aux Victimes de France met en relation avec des avocats spécialisés en droit du dommage corporel et en maladies professionnelles.
Questions fréquentes sur le tableau 33 et les hépatites professionnelles
Questions fréquentes
Comment prouver qu'une hépatite a été contractée dans le cadre du travail agricole ?
Lorsque la maladie figure au tableau 33 et que les conditions sont remplies (délai de prise en charge, travaux exposants), la présomption d’imputabilité s’applique. La victime n’a pas à prouver le lien de causalité. Elle doit simplement fournir un certificat médical initial et la preuve de son exposition professionnelle (attestation employeur, fiches de poste).
Quelle est la différence entre le tableau 33 du régime agricole et le tableau 45 du régime général ?
Le tableau 33 concerne les travailleurs relevant du régime agricole (MSA), tandis que le tableau 45 s’adresse aux salariés du régime général. Les maladies désignées sont similaires, mais les travaux listés et certains délais peuvent différer.
Que faire si la MSA refuse la reconnaissance en maladie professionnelle ?
La victime peut d’abord contester la décision devant la Commission de Recours Amiable (CRA). En cas de maintien du refus, un recours devant le Pôle social du tribunal judiciaire est possible. Si le refus est lié au non-respect d’une condition du tableau, le dossier peut être soumis au CRRMP.
Un travailleur vacciné contre l'hépatite B peut-il être reconnu en maladie professionnelle ?
Si le travailleur développe malgré la vaccination une hépatite B confirmée (ce qui reste rare), la reconnaissance est possible dès lors que les conditions du tableau sont remplies. Par ailleurs, si la vaccination elle-même provoque des effets indésirables graves, une procédure spécifique peut être envisagée.
Quel est le délai pour déclarer une hépatite virale professionnelle ?
La déclaration doit être effectuée dans un délai de 2 ans à compter de la date du certificat médical initial établissant le lien possible avec le travail, ou à compter de la cessation du travail si elle est postérieure.
– Le tableau 33 du régime agricole couvre les hépatites A, B, C, D et E contractées dans le cadre professionnel.
– La présomption d’imputabilité facilite la reconnaissance : si les conditions du tableau sont remplies, le lien de causalité est présumé.
– Les délais de prise en charge varient selon le type d’hépatite (30 à 180 jours pour les formes aiguës).
– En cas de refus, des voies de recours existent (CRA, tribunal judiciaire, CRRMP).
– La faute inexcusable de l’employeur peut ouvrir droit à une indemnisation complémentaire.
Témoignages
— Philippe R., ancien agent d'entretien agricole, CharenteJ’ai chopé une hépatite A en 2021, je bossais sur les réseaux d’assainissement d’une coopérative. Au début je pensais que c’était une gastro qui passait pas… Mon médecin a fait le diagnostic et m’a dit que c’était sûrement lié au boulot. J’ai fait ma déclaration à la MSA, ça a été reconnu en maladie pro en 2 mois. Prise en charge totale, 3 semaines d’arrêt. Si j’avais pas su pour le tableau 33 j’aurais rien fait.
— Sandrine M., cuisinière en restauration collective agricole, Dordognemoi c une hépatite E qu’on m’a diagnostiquée après des semaines de fatigue et de nausées. j’ai contacté avf.fr parceque la MSA trainait sur mon dossier et je savais pas quoi faire. ils m’ont orientée vers un avocat qui a relancé le dossier et tout a été accepté. franchement sans eux je serais encore a attendre…
— Marc D., ouvrier viticole, HéraultHépatite B contractée au travail, reconnue maladie pro après un parcours compliqué. La MSA avait refusé au début parce que le délai était limite. Mon avocat a saisi le CRRMP et ça a fini par passer. J’ai eu une rente de 25% vu que le foie est bien abimé. Ça remplace pas la santé mais au moins financièrement c’est un soulagement. Merci à l’association pour la mise en relation.



