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CIVI et victime mineure : protection renforcée et procédure d’indemnisation

Lorsqu’un enfant ou un adolescent est victime d’une infraction pénale — agression, violences, abus sexuels, homicide d’un parent —, la loi prévoit un dispositif de protection renforcé. La Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions (CIVI) permet d’obtenir une réparation intégrale du préjudice, même si l’auteur des faits est inconnu ou insolvable. Pour les victimes mineures, la procédure comporte des spécificités essentielles : délais de prescription prolongés, représentation par un administrateur ad hoc, et prise en compte de préjudices propres à l’enfance. Comprendre ces mécanismes est indispensable pour engager un recours efficace devant la CIVI.

Pourquoi la CIVI est essentielle pour les victimes mineures

Les enfants victimes d’infractions se trouvent dans une situation de vulnérabilité particulière. Ils ne peuvent pas agir seuls en justice et dépendent entièrement de leurs représentants légaux. Or, dans de nombreux cas — notamment les violences sexuelles ou les violences intrafamiliales —, l’auteur de l’infraction est précisément un membre de la famille. La CIVI constitue alors un recours fondamental, financé par le Fonds de Garantie des Victimes (FGTI), pour garantir l’indemnisation de l’enfant.

Un droit ouvert quel que soit l'auteur

La CIVI indemnise la victime mineure même lorsque l’auteur est un parent, un proche, un inconnu ou une personne insolvable. Le FGTI se substitue à l’auteur défaillant. Il est également possible de saisir la CIVI lorsque l’auteur est inconnu ou insolvable.

Les infractions les plus fréquemment concernées pour les victimes mineures sont :

  • Violences sexuelles : viol, agression sexuelle, atteinte sexuelle sur mineur
  • Violences physiques : maltraitance, coups et blessures graves
  • Violences psychologiques : harcèlement scolaire avec séquelles, exposition répétée à des violences conjugales
  • Homicide d’un parent : l’enfant est alors victime par ricochet d’un homicide

Qui peut saisir la CIVI au nom d’un enfant mineur ?

Un mineur ne peut pas agir seul en justice. La demande d’indemnisation devant la CIVI doit être formulée par une personne habilitée à le représenter.

Le représentant légal

En principe, ce sont les parents titulaires de l’autorité parentale qui saisissent la CIVI au nom de l’enfant. Cette situation fonctionne bien lorsque l’auteur de l’infraction est un tiers extérieur à la famille.

L’administrateur ad hoc : une protection indispensable

Lorsque les intérêts du mineur sont en opposition avec ceux de ses représentants légaux — par exemple si l’auteur de l’infraction est l’un des parents —, le juge désigne un administrateur ad hoc. Ce tiers indépendant agit en justice au nom et dans l’intérêt exclusif de l’enfant.

⚖️ Article 706-50 du Code de procédure pénale

Lorsque les faits sont commis par un ascendant ou toute personne ayant autorité sur le mineur, le procureur de la République ou le juge d’instruction désigne un administrateur ad hoc pour exercer les droits de la partie civile au nom du mineur.

L’administrateur ad hoc peut :

  • Déposer la requête devant la CIVI
  • Constituer le dossier médical et réunir les pièces justificatives
  • Mandater un avocat spécialisé pour défendre les intérêts de l’enfant
  • Accepter ou contester l’offre d’indemnisation du FGTI
⚠️ Conflit d'intérêts fréquent dans les violences intrafamiliales

Si le parent non auteur des faits refuse d’agir ou minimise les préjudices de l’enfant, il est essentiel de solliciter la désignation d’un administrateur ad hoc. Un signalement au procureur de la République permet d’enclencher cette procédure. Ne pas agir expose l’enfant à une perte de ses droits à indemnisation.

Le tuteur légal

Lorsque l’enfant est placé sous tutelle — par exemple après le décès de ses deux parents ou en cas de retrait d’autorité parentale —, c’est le tuteur ou le conseil de famille qui engage la procédure devant la CIVI.

Délais de prescription prolongés pour les victimes mineures

Le législateur a prévu des délais de prescription considérablement allongés pour protéger les victimes mineures, en particulier dans les affaires de violences sexuelles.

📌 Délais de prescription devant la CIVI pour un mineur

  • Règle générale CIVI : la demande doit être déposée dans un délai de 3 ans à compter de la date de l’infraction (ou 1 an après la décision pénale définitive)
  • Spécificité mineur : le délai de prescription ne commence à courir qu’à partir de la majorité de la victime, soit à ses 18 ans
  • Violences sexuelles sur mineur : le délai d’action publique est de 30 ans à compter de la majorité pour les viols commis sur mineurs (soit jusqu’à 48 ans)
  • Relevé de forclusion : le juge peut relever la victime de la forclusion pour motif légitime, ce qui offre une protection supplémentaire

💡 Cas pratique : révélation tardive d'abus sexuels subis dans l'enfance

Marie, 34 ans, révèle des viols subis entre 8 et 12 ans par un membre de sa famille. Elle dépose plainte et saisit la CIVI. Le délai de prescription pénale ne commence qu’à ses 18 ans et court pendant 30 ans. Marie peut donc agir jusqu’à ses 48 ans. Devant la CIVI, elle bénéficie également d’un délai calculé à partir de sa majorité. Elle obtient, après expertise médicale, une indemnisation de 47 000 € couvrant les souffrances endurées, le préjudice sexuel et le déficit fonctionnel permanent.

Ce régime protecteur vise à tenir compte de la réalité psychologique : de nombreuses victimes mineures ne prennent conscience de la gravité des faits, ou ne parviennent à en parler, que des années après. La loi leur accorde le temps nécessaire pour engager un recours.

Les préjudices indemnisables pour une victime mineure

Le calcul de l’indemnisation devant la CIVI repose sur le principe de la réparation intégrale. Pour un enfant, certains postes de préjudice revêtent une importance particulière.

Préjudices temporaires

  • Déficit fonctionnel temporaire : gêne dans la vie quotidienne pendant la période de soins
  • Souffrances endurées : douleur physique et psychique liée à l’infraction et aux traitements
  • Frais médicaux et de suivi psychologique : thérapies, hospitalisations, consultations spécialisées
  • Préjudice scolaire : retard scolaire, déscolarisation, nécessité d’un enseignement adapté

Préjudices permanents

  • Déficit fonctionnel permanent : séquelles physiques ou psychologiques consolidées (stress post-traumatique chronique, phobies invalidantes)
  • Préjudice sexuel : particulièrement reconnu chez les victimes de violences sexuelles, il couvre les troubles de la sexualité future
  • Préjudice d’établissement : difficulté à fonder une vie familiale normale
  • Incidence professionnelle : impact sur la formation et l’insertion professionnelle future
L'expertise médicale de l'enfant : un moment clé

L’expertise médicale est déterminante pour évaluer les préjudices du mineur. Il est recommandé de se faire assister par un médecin-conseil indépendant, choisi par la famille ou l’avocat. L’expert judiciaire peut sous-évaluer les séquelles psychologiques si elles ne sont pas correctement documentées. Un suivi psychothérapeutique régulier constitue une pièce essentielle du dossier.

Le préjudice des proches (victimes par ricochet)

Les parents, frères et sœurs d’un enfant victime peuvent également demander l’indemnisation de leur propre préjudice par ricochet : préjudice d’affection, préjudice moral, troubles dans les conditions d’existence.

Les étapes de la procédure CIVI pour une victime mineure

La procédure suit les conditions de saisine classiques de la CIVI, avec des adaptations liées à la minorité.

Étape 1 – Dépôt de la requête. Le représentant légal, l’administrateur ad hoc ou le tuteur dépose un dossier auprès de la CIVI du tribunal judiciaire du domicile de la victime ou du lieu de l’infraction.

Étape 2 – Instruction par le FGTI. Le Fonds de Garantie examine le dossier et propose une offre d’indemnisation dans un délai de deux mois. Il peut demander une expertise médicale complémentaire.

Étape 3 – Expertise médicale. Pour les victimes mineures, l’expertise doit être conduite par un médecin formé à l’examen des enfants. La présence d’un médecin-conseil de la victime est vivement recommandée.

Étape 4 – Offre ou audience. Si l’offre du FGTI est acceptée, l’indemnisation est versée. En cas de désaccord, l’affaire est examinée en audience devant la CIVI.

Étape 5 – Versement et gestion des fonds. Les sommes allouées à un mineur sont en principe consignées à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu’à la majorité de l’enfant, sauf autorisation du juge des tutelles pour des dépenses dans l’intérêt de l’enfant.

⚠️ Possibilité de demander une provision

En cas d’urgence (frais de soins, nécessité de relogement, suivi psychologique), il est possible de demander une avance provisionnelle auprès de la CIVI. Cette provision peut être versée rapidement, avant même la décision définitive.

L’importance de l’accompagnement par un avocat spécialisé

La procédure CIVI pour une victime mineure nécessite une connaissance approfondie du droit du dommage corporel et de la protection de l’enfance. Un avocat spécialisé en droit des victimes assure plusieurs missions essentielles :

  • Vérifier que tous les postes de préjudice sont identifiés et chiffrés, y compris les préjudices futurs
  • Préparer l’enfant et la famille à l’expertise médicale
  • Contester une offre insuffisante du FGTI
  • Demander une expertise complémentaire si les séquelles évoluent
  • Exercer un recours contre une décision de la CIVI insatisfaisante
📊 Des indemnisations souvent sous-évaluées sans avocat

Selon les données du FGTI, les offres amiables acceptées sans accompagnement juridique sont en moyenne 30 à 40 % inférieures aux montants obtenus après contestation avec l’assistance d’un avocat. Pour les victimes mineures, l’écart peut être encore plus important en raison de la complexité de l’évaluation des préjudices futurs.

📞 Victime mineure d'une infraction : obtenir un accompagnement juridique

L’association AVF met gratuitement en relation les familles de victimes mineures avec des avocats spécialisés en indemnisation du dommage corporel. Un accompagnement juridique adapté permet de protéger les droits de l’enfant et d’obtenir une juste réparation.

Que deviennent les indemnités versées à un mineur ?

Les sommes attribuées à une victime mineure font l’objet d’une gestion encadrée par la loi. Le capital est généralement consigné jusqu’à la majorité. Le juge des tutelles peut toutefois autoriser des déblocages anticipés pour financer des dépenses dans l’intérêt direct de l’enfant : aménagement du domicile, frais de scolarité spécialisée, soins médicaux.

Anticiper la gestion du capital indemnitaire

À la majorité de la victime, le capital est intégralement libéré. Il est alors recommandé de se faire accompagner pour le placement des indemnités afin de préserver ce patrimoine sur le long terme et de financer d’éventuels besoins futurs liés aux séquelles.

CIVI ou SARVI : quelle procédure choisir pour un mineur ?

La question se pose lorsque l’auteur de l’infraction a été condamné par un tribunal pénal. Dans ce cas, deux voies sont possibles : la CIVI et la procédure SARVI.

Pour les victimes mineures ayant subi des infractions graves (violences sexuelles, coups ayant entraîné une ITT supérieure à un mois, tentative d’homicide), la CIVI reste la voie privilégiée. Elle permet une indemnisation intégrale, sans plafond, contrairement au SARVI qui est limité à 1 000 € en dessous de ce seuil et plafonné au-delà.

💡 Cas pratique : agression physique grave sur un enfant de 10 ans

Théo, 10 ans, est victime d’une agression physique dans un centre de loisirs. Il souffre de fractures multiples et développe un syndrome de stress post-traumatique. Ses parents, assistés d’un avocat, saisissent la CIVI. L’expertise médicale conclut à un déficit fonctionnel permanent de 12 %. L’indemnisation totale atteint 62 000 € (souffrances endurées, DFP, préjudice scolaire, frais futurs de suivi psychologique). La somme est consignée à la Caisse des Dépôts jusqu’aux 18 ans de Théo.

Conclusion

La procédure CIVI offre aux victimes mineures un cadre protecteur et adapté à leur vulnérabilité. Délais de prescription prolongés, représentation par un administrateur ad hoc, indemnisation intégrale des préjudices présents et futurs : chaque mécanisme vise à garantir les droits de l’enfant. L’accompagnement par un avocat spécialisé reste déterminant pour obtenir une réparation à la hauteur des souffrances subies. La procédure devant la CIVI ne doit pas être retardée, même si les faits remontent à plusieurs années.

Questions fréquentes


Un mineur peut-il saisir la CIVI seul ?

Non. Un mineur ne peut pas agir en justice par lui-même. La requête doit être déposée par ses représentants légaux (parents), un administrateur ad hoc ou un tuteur. L’administrateur ad hoc intervient obligatoirement lorsque l’auteur de l’infraction est un parent ou une personne ayant autorité sur l’enfant.


Quel est le délai pour saisir la CIVI quand la victime est mineure ?

Le délai de prescription de 3 ans ne commence à courir qu’à partir de la majorité de la victime (18 ans). Pour les viols commis sur mineurs, le délai d’action publique est de 30 ans à compter de la majorité, soit jusqu’à l’âge de 48 ans. Un relevé de forclusion reste possible pour motif légitime.


Les indemnités d'un mineur sont-elles versées directement aux parents ?

Non. Les sommes allouées à un mineur sont en principe consignées à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu’à ses 18 ans. Le juge des tutelles peut autoriser des déblocages anticipés pour des dépenses dans l’intérêt de l’enfant (soins, scolarité adaptée, aménagements).


Quels préjudices sont pris en compte pour un enfant victime ?

L’indemnisation couvre l’ensemble des préjudices : souffrances endurées, déficit fonctionnel (temporaire et permanent), préjudice scolaire, préjudice sexuel, frais médicaux et de suivi psychologique, et préjudice d’établissement. Les préjudices futurs liés aux séquelles sont également évalués.


Peut-on contester l'offre du FGTI pour un mineur ?

Oui. Si l’offre d’indemnisation proposée par le FGTI est jugée insuffisante, le représentant de l’enfant peut la refuser. L’affaire est alors examinée en audience devant la CIVI. Un recours en appel est également possible contre la décision de la commission.


Témoignages

Ma fille a été agressée à 9 ans par un voisin. On savait pas du tout comment faire, on étais perdu. L’avf nous a mis en contact avec une avocate spécialisée qui a tout pris en main. L’administrateur ad hoc a été désigné rapidement et l’expertise s’est bien passé. On a obtenu 38 000€ pour notre fille, c’est consigné jusqu’à ses 18 ans. Sans avf on aurait jamais su qu’on pouvait saisir la CIVI.

— Sandrine M., mère de famille, Bordeaux

Mon neveu a perdu ses deux parents dans des circonstances tragiques. En tant que tuteur j’ai dû saisir la CIVI pour lui, il avait que 7 ans. L’avocat qu’on nous a trouvé a identifié plein de postes de préjudice auxquels on aurait pas pensé. Au final 54 000€ d’indemnisation entre le préjudice d’affection et le reste. L’argent est bloqué pour lui c’est bien comme ça il sera protégé.

— Laurent D., oncle et tuteur, Lyon

J’ai été victime de violences sexuelles de 11 à 14 ans par un membre de ma famille. J’ai réussi a en parlé qu’à 29 ans. Mon avocate m’a expliqué que les délais étaient prolongés pour les mineurs et qu’on pouvais encore agir. La CIVI m’a accordé 52 000€. C’est pas une fortune mais ça m’a aidé a financer ma thérapie et a avancer. Si quelqu’un hésite, faut pas attendre.

— Camille R., ancienne victime mineure, Nantes